2 nov. 2010

"Je ne suis pas qu'une femme en noir"


Sandrine Moulères est devenue Jamila, deuxième compagne de Liès Hebbadj. Derrière son niqab, cette catholique convertie à l’islam justifie sa vie avec un polygame.

Sa silhouette noire surgit au bout de la rue, recouverte de la tête aux pieds. Plus près, on aperçoit des yeux bruns dessinés au khôl. Mais aussi des baskets noires et des gants noirs pour dissimuler les mains. Voici Sandrine Moulères, la conductrice verbalisée pour port de niqab au volant. La deuxième femme de Liès Hebbadj, ce barbu polygame, que le ministre de l’Intérieur voulait déchoir de la nationalité française. Ce vendredi, on la retrouve à deux pas de chez elle, à Rezé, dans la banlieue nantaise. La jeune femme vient de sortir un livre, Les Boucs émissaires de la République (Michalon).

Elle raconte son histoire: comment une petite Française, baptisée et scolarisée dans un lycée catholique, décide de se convertir à l’islam. Agacée qu’on veuille la réduire à son niqab: "Je ne suis pas seulement une femme en noir!" Une attachée de presse de la maison d’édition confirme: "Chez elle, elle reçoit en jean ou en legging, comme vous et moi. Elle est coquette, elle se fait des couleurs, des mèches. Elle a des ongles nickel. Elle mène une vie normale."

La première épouse lui propose de devenir la deuxième

Mais impossible de voir Sandrine sous ce jour. La jeune femme de 32 ans ne veut plus recevoir dans son pavillon. Elle avait accueilli une consoeur, et estime avoir été "trahie": "Nous sommes restées quatre heures ensemble, mais elle n’a rien raconté de positif. Quand elle décrit mon chien, elle dit qu’il gémit derrière la fenêtre. On a l’impression que c’est triste chez moi. On ne sent pas que je suis épanouie." L’inverse du message qu’elle entend faire passer aujourd’hui.

Ce livre, dit-elle, fait office de "thérapie personnelle". Une façon d’évacuer le stress, après la garde à vue pour fraudes aux allocations et le tourbillon judiciaire. "Les journalistes se cachaient derrière ma palissade pour épier mes conversations, se souvient-elle. Ils prenaient en photo mes enfants, qui partaient à l’école. Ils envoyaient des hélicoptères au-dessus de notre maison!" On oublierait presque que c’est elle qui, au départ, a convoqué la presse…

Aujourd’hui, la mère de famille se méfie. On la retrouve donc, dans un parc où elle emmène souvent ses quatre enfants. Elle refuse la photo: "On ne va pas en faire une de plus, pour un battement de cils différent!" Elle choisit ses mots. Parle de sa conversion comme d’un "cheminement". "Je suis assez mathématique dans ma tête", assure cette musulmane qui, après son bac, a travaillé en alternance comme secrétaire comptable chez Renault.

Petite déjà, elle a la foi. Elle parle à Dieu, le soir dans son lit. Elle emprunte la Bible: "Les textes étaient assez obscurs. Cela ne m’a pas tiltée!" Le Coran, avec lequel "les sciences modernes coïncident", dit-elle, lui parle davantage. S’ensuit sa rencontre avec Miriana, l’épouse de Liès Hebbadj, qu’elle "porte dans son coeur, comme une grande sœur".

C’est elle qui lui propose, plus tard, de devenir la deuxième femme de Liès. Elle qui l’accompagne pour acheter son premier niqab. Ce voile, elle le porte depuis une dizaine d’années. Et en appelle à la liberté de chacune: "C’est mon choix de me vêtir comme cela!" Sa fille devra-t-elle le revêtir? "Elle n’a qu’un an. On verra le moment venu." Jamila (de son prénom musulman) défend son mode de vie: "On peut très bien communiquer sans voir le visage. Regardez Internet, Facebook!" Et elle tacle la loi interdisant le port du niqab dans les lieux publics: "C’est grave de forcer une femme à porter le niqab. Mais c’est aussi grave d’obliger une femme à l’enlever."

Elle a également aussi sa vie avec Liès: « Je préfère une polygamie choisie et sincère qu’une polygamie subie et hypocrite ». Car Sandrine ne croit pas qu’un homme puisse être fidèle à une seule femme. « C’est devenu banal d’avoir une maîtresse. Il y a même des agences qui délivrent des alibis aux maris qui trompent leur épouse! » Fille unique d’un couple tiraillé, elle est persuadée de la duplicité des hommes…

"Sandrine est endoctrinée"

De quoi désespérer son père, Jean- Jacques Moulères. "Quand on a divorcé, avec sa mère, ma fille a été perdue dans sa tête. Elle est tombée sur une personne qui a su en profiter, analyse-t-il. Sandrine est endoctrinée." Sa mère a beaucoup pleuré, mais semble aujourd’hui réconciliée avec sa fille. Le père, lui, bloque encore: "Je suis triste. Quand je la vois en corbeau, cela ne passe pas. Ma fille est magnifique, c’est un gros gâchis!"

L’avocat de Sandrine, Jean-Michel Pollono, s’est méfié, lui aussi, quand il a vu débarquer cette ombre noire: "Je lui ai demandé d’enlever son voile, et j’ai demandé à Liès Hebbadj d’aller dans la salle d’attente. Je voulais m’assurer qu’elle était totalement libre de sa tenue, de ses pensées et du battage médiatique que M. Hebbadj voulait faire." Verdict: "Liès n’est pas son mentor. Elle peut même le contredire."

Mais Sandrine croit. "Si Dieu, notre créateur, a autorisé la polygamie, en la restreignant à quatre, c’est que des bienfaits en découlent." Lesquels? "Je ne veux pas m’étaler", bute-t-elle. Avant d’affirmer: "On a les avantages des femmes mariées et des célibataires." C’est-à-dire? L’entraide pour garder les enfants, la possibilité d’étudier ensemble…

Toutes ne partagent pas cette vision idyllique. Comme en témoigne l’avocat de Nina Gomez, la troisième épouse de Liès Hebbadj, aujourd’hui répudiée: "Ma cliente a vécu très difficilement cette communauté, explique Loïc Cabioch. Les histoires de tours donnent plus l’impression d’être des corvées: s’occuper du linge, de la cuisine…" Sandrine, elle, n’entre pas dans les détails. Comment éviter les jalousies? "Trop personnel." Combien y a-t-il d’enfants en tout? "Je n’ai pas envie d’en parler." Et ce métier de "gérante" qu’elle dit exercer? "Je préfère ne pas répondre." Pas question de tout dévoiler.


Source: www.lejdd.fr

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