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24 mai 2010

L’islam expliqué aux non-musulmans

Je ne suis en rien connaisseur de l’islam, n’étant même pas arabisant, mais, d’après mes informations, et sauf erreurs à rectifier, il me semble qu’on pourrait dire ceci, qui est, un peu abruptement, une présentation de l’islam dans ses aspects les plus pertinents pour un non-musulman (il n’y est donc pas question des « cinq piliers de l’islam« , etc.) :
  1. L’islam tel qu’il se présente est le système intégral de vie qui est naturel à l’humanité (« fitra »), système dont le cœur est une religion au sens courant (mais voir plus bas). A la naissance, tout enfant est musulman, il ne peut en être autrement, et c’est sa famille et son entourage qui en A la naissance, tout enfant est musulman. On ne se « convertit » pas à l’islam, on « revient » à l’islam.font, illégitimement, un juif, un chrétien, un hindouiste, un bouddhiste, un jain, un sikh, un druze, un bahai, un taoïste, un athée, un agnostique, un déiste, un panthéiste, etc. Ce point de doctrine fondamental est tellement important qu’il figure en bonne place dans la Déclaration du Caire des droits de l’homme en Islam (1990), ratifiée par les pays musulmans : l’islam est la « religion de l’innéité » (le reste de l’article 10 doit être interprété attentivement à cette lumière). Tout non-musulman a intérêt à saisir ce point de doctrine, complètement insolite, au vu des conséquences considérables qu’il emporte. L’islam semble bien être la seule « religion » qui émette une pareille prétention.
  2. Du coup, première conséquence, on ne se « convertit » pas à l’islam, on « revient » à l’islam. Par suite il est logiquement impossible d’en sortir : c’est un aller simple, ou, disons, un retour simple. Celui qui y prétend trahit en définitive son humanité, et est donc en principe passible de la mort.
  3. Deuxième conséquence, les juifs et les chrétiens ont faussé l’interprétation des écritures, et même les ont falsifiées, car Adam, Noé, Abraham, Moïse, Salomon, Marie, Jésus, etc., étaient tous, de toute évidence, de bons musulmans. Par conséquent le « dialogue interreligieux » consiste pour juifs et chrétiens à reconnaître ce fait et à se soumettre à l’islam. On trouvera facilement sur Internet des argumentaires musulmans construits sur l’ »évangile de Barnabé », et qui vont dans ce sens. Il faut le redire pour ceux qui ne veulent pas l’entendre : un juif ou un chrétien doit admettre qu’il appartient à une religion de falsificateurs de textes. Il n’est pas certain que tous les prêtres et évêques qui prônent le dialogue avec l’islam aient une claire conscience de ce préalable, qui semble peu propice à une discussion de bonne compagnie.
    On présente souvent l’attitude musulmane envers les fidèles des « religions du livre » comme empreinte de sympathie. Indépendant des bons rapports entre personnes, évidemment toujours possibles, c’est, du point de vue doctrinal, une illusion complète, porteuse de dangers gravissimes.
    Il ne faut pas se contenter de parcourir vaguement le Coran, sinon on ne peut absolument pas comprendre l’islam. Le Coran doit être lu en suivant scrupuleusement la théorie de l’abrogation, qui y est explicitement contenue. La théorie de l’abrogation dispose que, si deux passages du Coran sont incompatibles, c’est le plus récent chronologiquement qui l’emporte. C’est ainsi que les passages sympathiques envers juifs et chrétiens sont en fait annulés, caducs.
    Sur ces questions, et sur ce qui suit, on pourra penser que Bath Ye’or, Jacques Ellul, Alain Besançon, Rémi Brague, pour ne citer que quelques noms, sont bien plus lucides que beaucoup de commentateurs superficiels, qui projettent sur l’islam ce qu’ils désirent qu’il soit, l’alternative étant trop pénible à contempler, fondée qu’elle est sur le présupposé peut-être un peu candide que tout le monde nous veut du bien, et du bien exactement au sens où nous l’entendons.
  4. L’islam n’est pas une « religion » ou une métaphysique comme le christianisme ou le bouddhisme, distinguant en particulier, au départ, Dieu et César, mais se présente virtuellement ou de fait comme un système intégral de vie (social, politique, juridique, moral, économique, etc., jusqu’à la politesse), cadastré minutieusement par la charia. La charia ressemble certes à la Halakha juive, mais on doit se garder d’un parallélisme facile. La différence, et elle s’avère radicale, c’est que les juifs n’ont absolument aucune velléité de gagner les gentils au judaïsme, et n’ont d’ailleurs jamais prétendu que le judaïsme est la religion naturelle de l’humanité : les non-juifs ne sont pas soumis au « joug de la Tora », puisqu’ils doivent suivre la « loi noachique », aux prescriptions minimales.
    D’ailleurs on ne peut pas comprendre réellement l’islam si on n’a pas pris la peine de compulser les hadiths, notamment les plus respectés, ceux de Boukhari ou de Muslim, aisément disponibles en traduction sur Internet. Les sites de consultation juridique sur Internet fourmillent de questions angoissées sur une infinité de vétilles (du moins qui paraissent telles à un athée ou à un chrétien), et les réponses méritent d’être méditées. Un seul exemple : est-il licite de saluer un infidèle avec le « Salam aleikoum » ? Non, dit un puritain, on ne peut lui souhaiter la paix, puisqu’on est en guerre avec lui. Si, dit un autre, aux idées plus larges. Mahomet étant le « beau modèle » pour tous les bons musulmans, le moindre de ses comportements, tels que rapporté par les hadiths, acquiert force de loi, même sur des questions ténues à l’extrême, sur des points d’hygiène intime, par exemple. Un texte comme la Lettre à Diognète (IIème siècle), est totalement étranger à la pensée islamique. En voici quelques passages instructifs, demeurés valables après dix-huit siècles et de profonds changements culturels : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. [...] Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. »
    Poussons plus loin. L’évolution de la civilisation conduit non seulement à une division du travail, mais à une division des lieux, des grandes fonctions. Le Foyer est le lieu de la famille, l’Agora (ou le Palais) est le lieu où se discute et se décide la politique, l’Académie est le lieu où se découvre et s’enseigne le savoir, l’Usine / le Bureau et le Marché sont les lieux où se produisent et s’échangent biens et services, le Temple est le lieu où un culte est rendu à la divinité. Nous avons soigneusement appris à distinguer l’Agora et le Temple (la « séparation des Eglises et de l’Etat » en France), afin d’éviter le double péril du cléricalisme d’une part, de la mainmise de l’Etat sur les religions ou l’athéisme d’Etat d’autre part. Une majorité d’entre nous persiste étrangement à confondre l’Agora et le Marché, en général en prônant l’intervention de l’Etat (vertueux, bienveillant et omniscient) sur l’économie, avec des effets calamiteux et liberticides. Nous avons appris aussi à distinguer l’Académie et le Temple, avec des risques constants de retour à la confusion, et cela des deux côtés. Chose inquiétante, certains scientifiques manifestent des velléités de vouloir demander à l’Agora d’intervenir dans l’Académie (l’affaire du changement climatique montre parfois des tendances inquiétantes à l’idéologisation de la science, avec appel au bras séculier pour mater les mal-pensants). Or c’est dans ce contexte d’une différenciation raisonnée que, sous l’impact de l’islam, le risque apparaît de glisser sur la pente de l’indistinction généralisée, sous l’égide englobante de la charia, d’où une régression culturelle lourde de conséquences.
  5. Le jihad est un devoir central dans l’islam, et ne consiste nullement, ni dans un prosélytisme paisible, ni encore moins dans ce qu’on a appelé le jihad « intérieur », la maîtrise des passions, etc. (« l’islam est une religion de paix », et autres présentations irréalistes, souvent centrées sur un soufisme à l’usage d’intellectuels occidentaux, qui ne semblent guère convaincre les non-musulmans de Malaisie, d’Indonésie et des Philippines, pour ne pas citer les pays arabes ou l’Iran, lesquels vivent quotidiennement une tout autre expérience). Il s’agit bel et bien d’un combat contre les infidèles, par tous moyens, éventuellement par la dissimulation (« taqiyya »), en n’excluant pas les moyens militaires. On trouvera aisément sur Internet l’instructif ouvrage « The Quranic Concept of War » d’un général pakistanais aujourd’hui défunt. La Terre entière appartient à Allah, et, par suite, aux fidèles d’Allah. Il est légitime que ceux-ci s’emparent des biens des ennemis d’Allah.
  6. Comme le jihad ne peut pas aboutir immédiatement, on accepte une trêve avec les infidèles, mais pas plus (on a donc une division du monde en trois domaines, le domaine de l’islam, le domaine de la guerre, et le domaine de la trêve). Une fois les infidèles des « religions du livre » soumis à la domination de l’islam, ceux qui persistent dans leur infidélité acquièrent le statut de dhimmi, c’est-à-dire celui d’un être inférieur, soumis aux lubies de son environnement. On observe avec une certaine mélancolie les résultats pour les juifs et pour les chrétientés d’Orient, qui ne semblent guère corroborer les peintures riantes de l’Andalousie ancienne, où, nous dit-on, ce n’étaient qu’embrassades généralisées. C’est en principe encore pire pour les autres.
  7. Le Coran n’est pas un texte rédigé par un être humain sous l’inspiration divine, mais la parole même d’Allah, directement « descendue » telle quelle en pure langue arabe, verbatim, et, comme telle, incréée. Il est donc impensable de le soumettre à un examen exégétique sérieux (c’est la théorie de l’abrogation qui tient lieu de « mode d’emploi », non sans susciter un problème grave). Ceci rend très délicate une interprétation du texte tenant compte des conditions du contexte d’apparition de l’islam, et encore moins une approche évolutive du texte, qui permettrait une adaptation aux circonstances changeantes dès lors qu’il ne s’agit pas de l’essentiel. C’est ce qui explique que les travaux savants des islamologues occidentaux eux-mêmes doivent soit être rédigés avec une certaine circonspection stylistique (Alfred-Louis de Prémarre), soit être publiés prudemment sous le voile de l’anonymat (Christoph Luxenberg).

Ces caractéristiques ne semblent pas des durcissements circonstanciels et récents de l’islam (il n’y a pas une seule institution qui ne connaisse la corruption), mais sont définitoires et essentielles pour l’immense majorité des musulmans qui connaissent La distinction entre islam et « islamisme » fondamentaliste est donc pour une bonne part une illusion, propagée par les milieux intellectuels, mais sans assise empirique convaincante.quelque chose à leur système doctrinal, tel du moins qu’il a atteint son élaboration de maturité, figée depuis un bon millénaire, en particulier depuis la disparition du moutazilisme. La distinction entre islam et « islamisme » fondamentaliste est donc pour une bonne part une illusion, propagée par les milieux intellectuels, mais sans assise empirique convaincante.
Il serait très abusif d’affirmer que ce tableau ne changera jamais, car nul ne connaît l’avenir. Mais cela suppose des réformes doctrinales de fond, d’une portée considérable, vivement souhaitables pour tous, musulmans et non-musulmans. Reste qu’on ne les voit absolument pas se profiler pour le moment. Et cela même pour des éléments sans implication théologique évidente, comme la polygamie (mais justement, l’islam n’est pas une religion pure et simple). Les non-musulmans sont fondés à interroger régulièrement les musulmans (compétents) pour leur demander quelle est leur position sur tel et tel point, en particulier sur ceux qui sont listés ici. Et il ne s’agit pas de se contenter de réponses ambiguës ou évasives. On notera qu’il ne s’agit en aucun cas de s’interroger sur des questions strictement théologiques ou touchant par exemple au caractère prophétique de la mission de Mahomet, etc., qui, en principe, ne devraient pas être des points litigieux pour un non-musulman. Chacun est libre de ses convictions, libre de les exprimer publiquement, et libre de chercher à convaincre autrui de leur validité, y compris par une activité missionnaire. C’est un point sur lequel la conception largement répandue suivant laquelle la religion doit être « confinée dans la sphère privée » (ce que j’ai appelé le Foyer) est radicalement erronée, car elle est, d’évidence, incompatible avec une société libre, comme il serait impensable de « confiner » strictement « dans la sphère privée » la manifestation pacifique de convictions athées, par exemple, y compris par voie d’affiche, par défilés avec banderoles, etc. Au contraire, pour poursuivre dans la géographie symbolique, il y a un lieu, disons le Speaker’s Corner de Hyde Park, où chacun a accès, les musulmans comme les autres. Ce n’est donc pas du tout là que gît le problème.

Revenons pour finir au cas exemplaire de la polygamie, qui illustre la nécessité de poser des questions et d’avoir des réponses sans faux-fuyants. Au Grand Sanhédrin mis en place par Napoléon en 1807, la question avait été posée de savoir si un juif pouvait avoir plusieurs femmes. Les membres du Sanhédrin, quoique choqués par cette demande, qu’il jugeaient peu courtoise, avaient répondu sans aucune ambiguïté la seule chose qu’ils pouvaient répondre, à savoir que la polygamie avait été abolie officiellement depuis un millénaire chez les Ashkénazes (elle avait disparu de fait, bien avant, au retour d’exil, étant par exemple inconnue à l’époque de Hillel l’Ancien ou de Jésus ; mais en milieu Séfarade, ultérieurement et sous l’influence de l’islam, elle pouvait être pratiquée). Chose que chacun pouvait d’ailleurs vérifier dans la pratique. La même question doit être posée avec insistance à l’islam, mais il est à craindre que la réponse soit toute différente. En tout cas la polygamie est incompatible, non pas seulement avec les « valeurs républicaines », mais avec les valeurs et les us et coutumes de la France et des autres nations occidentales, et cela depuis de nombreux siècles, bien avant que la très récente république apparaisse, et même avant que la France n’apparaisse. Il ne suffira pas de dire que, dans la pratique, le problème est artificiellement majoré, car très peu de musulmans sont polygames. En effet, d’une manière générale, les contraintes économiques font que, dans toutes les sociétés polygames (qui furent peut-être majoritaires, d’après les données ethnographiques, comme le furent les sociétés esclavagistes peu ou prou), seule une minorité restreinte a pu entretenir plusieurs femmes. Mais si Mahomet est en tous points « le beau modèle », comment renoncer explicitement et totalement à la polygamie, à moins de faire preuve d’un sens du développement historique qui semble fortement manquer actuellement ?


Source: www.expressionlibre.net

14 mai 2010

Après les minarets et la burqa, la «Weltwoch» veut bannir l’islam


L’hebdomadaire «de la provocation intelligente» monte d’un cran dans sa campagne contre la religion musulmane

«Hier, l’interdiction de construire des minarets. Aujourd’hui, de la burqa. Et demain?» La Weltwoche pose la question, et y répond en couverture: «Faut-il interdire l’islam? La religion des musulmans n’est pas compatible avec la Constitution fédérale.» Aucun journal suisse n’avait demandé jusqu’ici l’interdiction pure et simple de la religion musulmane en Suisse.

L’hebdomadaire de la «provocation intelligente» comme il se décrit lui-même a franchi le pas. Ce n’est pas un hasard. Si on imprime l’en-tête des articles qu’il a consacrés à l’islam ces huit dernières années, on obtient une liste de 21 pages, où la grande majorité des titres montrent l’islam sous un jour menaçant et rétrograde: «Les imams – la mosquée comme chambre noire»; «La déchristianisation rampante»; «L’islam se trouve encore au Moyen Age»; «Islam – Nous étions trop naïfs», etc.

La médiatisation de Nicolas Blancho, le président du Conseil central islamique suisse (CCIS)? C’est dans la Weltwoche qu’elle a véritablement commencé, sous le titre accrocheur «Ben Laden à Bienne – l’islamiste le plus dangereux de Suisse» (8 avril 2010). Le jeune converti a fait ensuite l’objet de moult portraits dans d’autres titres, certains à charge, d’autres plus nuancés. Le Temps lui a consacré une page le 17 avril, Infrarouge une émission le 27 avril, L’Hebdo et 24 Heures leur première page, respectivement le 6 mai et le 11 mai. La Weltwoche elle-même n’a pas lâché le filon, revenant il y a quinze jours sur «la femme importée du Yémen» du président du CCIS.

L’article de cette semaine, signé Peter Keller, parle encore de Nicolas Blancho et se demande si ce dernier ne représente finalement pas le vrai visage de l’islam. «N’est-ce pas précisément le devoir de chaque musulman de suivre le Coran à la lettre? Un croyant n’entre-t-il pas automatiquement en conflit avec l’ordre juridique suisse?»

La Weltwoche cite le chercheur suisse Lukas Wick, qui a publié l’an dernier «L’islam et l’Etat de droit», l’orientaliste Hans-Peter Raddatz, et le professeur Baber Johansen. Leurs études, résume l’hebdomadaire, montrent que le mouvement de sécularisation, de séparation entre l’Eglise et l’Etat qui a marqué l’histoire européenne n’est pas perceptible dans l’islam, au contraire.

Source: www.letemps.ch

26 avr. 2010

En France, la polygamie est autorisée

« Trois étoiles, trois femmes », titrait le Parisien en 2007

La polygamie est autorisée en France quand elle n’est pas le fait de sombres barbus. Si vous vous appelez Paul Bocuse, vous avez droit non seulement d’être polygame, mais, mieux, de l’assumer et de le revendiquer haut et fort dans une émission de télévision à grande audience.

En 2007, Zone interdite consacrait un reportage au chef cuisiner Paul Bocuse. On y apprenait qu’il avait trois épouses, « Raymonde, son épouse depuis soixante ans et mère de sa fille », « Raymone, son autre compagne depuis une quarantaine d’années et mère de son fils Jérôme » et « Patricia, troisième femme de sa vie, qui est de tous ses voyages. » « Il y en a une pour le déjeuner, une pour le thé et une pour le dîner », plaisante-t-il. « C’est ma vie, elle est faite comme ça », conclut-il sur le sujet en lâchant du bout des lèvres qu’elles « ont dû souffrir ». (source Le Parisien).

En 2005
, LCI.fr titrait un bien neutre « Bocuse a trop d’années pour une seule femme ». En 2006, c’est Libération qui consacrait un portrait particulièrement complaisant à l’égard du cuistot polygame : Paul Bocuse. Monsieur croque-madames. Même le très conservateur Figaro, qui ne manque jamais l’occasion d’accabler les musulmans, évoquait en février 2010 les trois femmes de Bocuse avec une indulgence déconcertante : « le bonheur est-il complexe ? », lui demanda-t-on.

Si le bon sens est la chose la mieux partagée, comme l’écrivait Descartes, en France, l’hypocrisie l’est tout autant.

Source: www.al-kanz.org

23 avr. 2010

Harry au pays des barbus

Par Hicham Hamza

Safari salafi sur TF1. Le 13 avril, la première chaîne diffusa un long reportage consacré aux fondamentalistes musulmans de Marseille. Une nouvelle occasion pour faire parader l’animal de foire préféré de certains médias français : l’islamiste-hostile-aux-lois-de-la-République. Décryptage d‘une mise en scène efficace.

« Un scénario qui met en scène une bande de gamins en délire » selon Nourredine Cheikh, président de la grande mosquée de Marseille. « Le parti pris de TF1 de donner de l’islam l’image d’une religion arriérée », d’après Makhete Cissé, responsable associatif local. Un coup de projecteur sur « un gourou entouré de sa cour de guignols », pour Omar Djellil, directeur de l’association Présence citoyenne. Un reportage « lamentable » , estime le quotidien La Provence, et « honteux », dixit le maire Jean-Claude Gaudin. A Marseille, c’est l’unanimité pour condamner l’émission intitulée « Harry Roselmack en immersion chez les fondamentalistes musulmans ».

Faut-il s’étonner du courroux des Marseillais, et plus généralement de nombreux internautes, à l’encontre du documentaire quand on connaît les préparatifs du tournage ? Dans une interview accordée à la maison mère, Harry Roselmack, rédacteur en chef et narrateur du sujet, admet lui-même n’avoir rien connu des salafistes avant de les rencontrer. Une surprenante légèreté professionnelle de la part du journaliste préféré des Français. Et un aveu qui contredit le but affiché par le conseiller éditorial du reportage, l’universitaire Bernard Rougier, qui qualifia le documentaire de « sociologie de terrain ». Du terrain, certes, il y en a eu, tout autour du quartier de la Cabucelle, et pendant 100 minutes, soit un luxe incroyable pour tout reportage audiovisuel de nos jours. Mais, de la sociologie, pas une trace : aucune enquête sur l‘essor du salafisme, aucun éclairage sur les conditions socio-économiques qui favorisent une telle dérive d’ordre sectaire, aucun retour sur l‘échec de l‘intégration que suggère cette isolation du reste de la société.

L’inspecteur Harry et la menace fantôme

Roselmack rappelle à juste titre le doublement des salafistes en France, en l’espace de cinq ans. 12000 individus selon les dernières estimations. Mais il oublie de préciser la proportion de cette tendance rigoriste et puritaine rapportée à l’ensemble de la population musulmane hexagonale : 0,2 % pour cinq millions d‘individus. Plus grave, le format initial du documentaire a été abandonné par TF1 : il s’agissait dans un premier temps de suivre trois familles pratiquant une tendance fondamentaliste propre à leur religion. Cette approche didactique de l’intégrisme religieux, présent dans l’islam, le christianisme et le judaïsme, aurait sans doute été plus éclairante pour révéler les caractéristiques communes dans les dérives des trois monothéismes. Or, à vouloir finalement se consacrer uniquement au fondamentalisme musulman, à travers l’exemple ultra minoritaire du salafisme, le risque de stigmatisation d’une plus large communauté était patent. TF1 indique avoir renoncé au projet initial pour ne pas tomber dans les « raccourcis » et la « caricature » induits par le manque de temps supposé pour couvrir correctement trois familles différentes en plus d’une heure et demie. Bingo. Ces travers seront finalement bien présents tout au long du reportage, au bénéfice exclusif de l’islam.

Ainsi, sous couvert d’aborder ces personnages excentriques que sont les salafistes, Harry Roselmack a sans cesse balancé entre deux reportages confondus en un : d’une part, l’approche des comportements propres aux radicaux (revendication la burqa, puritanisme moral extrême) et de l’autre, la mise en lumière de la pratique classique du musulman lambda (prières, ablutions).Un basculement intervient par exemple lorsque Harry Roselmack demande à l’imam si « les tâches ménagères, c’est pas trop dur, pour un homme musulman » après lui avoir bien rappelé qu’« on a une vision machiste de la société musulmane ». Ainsi, en une question lapidaire, le journaliste entretient le préjugé de la domination masculine supposé quasi-génétique des musulmans, appliqué ipso facto à un milliard et demi d’êtres humains sur la planète, en dépit de leurs différences culturelles. La caricature se dessine également quand Harry Roselmack demande a Djamel si celui-ci commet un délit (tenter d’emporter illégalement un mouton chez soi pour l’égorger clandestinement) parce que « les règles de sa religion lui imposent ». Quant aux raccourcis, ils sont savoureux par leur évidence : ainsi en va-t-il de jeune salafiste, se disant moralement « remonté » après avoir écouté un prêche, mais qui se voit orienté sournoisement par le journaliste qui lui demande s’il est bien « remonté contre l’Occident » ou encore de Roselmack qui, inquiet de constater l’absence du Code civil dans la bibliothèque de l’imam, en déduit alors que celui-ci place le Coran au dessus des lois de la République. Une idée ingénieuse, au passage, à transmettre au ministre Eric Besson, en recherche actuellement de gadgets symboliques : le gros live rouge juridique dans tous les foyers français comme signe de l’identité nationale et gage de bonne citoyenneté.

Quand Harry rencontre Salim

Au-delà de Djamel, poupin un brin naïf et facilement instrumentalisé tout au long du sujet, la véritable star du reportage est l’imam de la mosquée Ibn Baz de Marseille, et cheikh auto-proclamé, le pagnolesque Salim Abou Islam. Comme dans la tradition du music-hall, Roselmack et lui feront un excellent duo comique, sorte de « sparring partners » qui se sont (miraculeusement) trouvés. Car, entre TF1 et la poignée de prétendus salafistes marseillais, c’est un échange de bons procédés : un joli buzz pour la chaîne qui a réuni un million et demi de téléspectateurs ainsi que 270 000 internautes et une opération marketing réussie pour l’imam et ses compères qui ne pouvaient pas espérer une meilleure tribune pour propager leurs idées rétrogrades. Ce pseudo guide religieux a tout, d’ailleurs, du bon client télévisuel : trublion, agité, outrancier à souhait, machiste (quand il coupe la parole à sa femme enburquanée) et inculte (lorsqu’il demande à ses adeptes le nom du Premier ministre français). Jusqu’à la scène finale où l’imam, comprenant son intérêt à montrer patte blanche, appelle le yéti Ben Laden à la rescousse en condamnant ouvertement le terrorisme, comme si cette réprobation n’allait pas de soi. Plutôt qu’un théologien pondéré, cultivé et sachant s’exprimer dans un français châtié, l’opportuniste cheikh en bois incarne à merveille cette image grotesque et archaïque qui convient aux islamophobes de tout poil, dont la plupart se couvrent du voile gracieux de la laïcité ou du féminisme pour diaboliser, dans le mépris ou avec condescendance, une communauté en particulier.

Charles Villeneuve, sors de ce corps

Le mystère réside finalement dans la part de responsabilité d’Harry Roselmack dans cette débâcle journalistique, où le projecteur s’est finalement braqué sur une poignée d’hurluberlus au détriment de la vaste majorité de leurs coreligionnaires, ou au bénéfice des autres intégristes dont on ne parle jamais (catholiques contre la « réforme Vatican 2 » comme la mouvance St-Jean de Chardonnet, ultra-orthodoxes juifs, protestants de certains courants évangéliques, nouveaux mouvements sectaires, etc). Etrange désinvolture de Roselmack quand on connaît son engagement en tant que militant pour la diversité dans les médias, au sein du club Averroes, ou ses admirations affichées envers ces personnalités exigeantes et iconoclastes que sont la députée Christiane Taubira ou l’esthète audiovisuel par excellence, feu Henry Chapier. Passionné par l’écriture, pour laquelle il se verrait bien renoncer au JT de 20h d‘ici une dizaine d‘années, Harry Roselmack, âgé de 37 ans, voulait d’abord être critique de cinéma dans sa jeunesse avant de s’orienter vers le journalisme. Passé en quelques années de Radio Béton, antenne communautaire antillaise basée à Tours, à Télé Bouygues, l’homme, originaire de la Martinique, aura su bénéficier de la soudaine prise de conscience des patrons de chaînes à l’égard de le tendance monocolore des journalistes à l’écran. Lorsqu’en mars 2006, Etienne Mougeotte annonça, comme conséquence des recommandations de Jacques Chirac au lendemain des émeutes en banlieue, l’arrivée d’Harry Roselmack sur les antennes de LCI et TF1, beaucoup ont cru y voir le premier geste médiatique d’une discrimination positive de grande ampleur. Depuis, le déchantement opère, insidieusement, renvoyant à une question de fond : quel intérêt à recruter des figures des « minorités visibles » si les méthodes et le discours journalistiques demeurent identiques aux prédécesseurs ? La même désillusion avait touché certains téléspectateurs lors du visionnage de la précédente émission de Roselmack consacrée à la banlieue et tournée à Villiers-le-Bel. Sans tomber dans les dérives alarmistes ou racoleuses d’une autre émission mythique de TF1, Le droit de savoir, le nouveau format de reportage long, inspiré d’un concept de la BBC, n’a pas su éviter les caricatures et autres simplifications abusives pour dépeindre le quotidien des habitants des cités populaires. Sur la banlieue comme sur l’islamisme, deux sujets effectivement sensibles et délicats à traiter en télévision, Harry Roselmack semble, à la lecture des nombreux commentaires d’internautes sur différents sites, avoir, au mieux déçu, au pire agacé de nombreux téléspectateurs, et pas seulement des banlieusards ou des musulmans.

Dieu m’a donné la foi

Sur la question religieuse, on pouvait espérer une approche prudente et nuancée du journaliste, qui lui-même ne cache pas sa foi catholique très ancrée (comme d’ailleurs l’ex-PDG de TF1 qui l‘a recruté, Patrick Le Lay), au point d’avoir dédicacé son roman fantastique, paru sous pseudonyme en 2007 et intitulé « Novilu », à Dieu, surnommé « Lui ». Un affichage spirituel particulièrement original pour un journaliste très médiatisé, qui pose la question de son impartialité lorsqu il s’agit de traiter professionnellement une autre religion. Ainsi, par exemple, lorsque Serge Moati, journaliste réputé de gauche, consacre un documentaire à Jean-Marie Le Pen, il est tout à fait légitime de s’interroger sur la distance émotionnelle que réussira -ou non- à prendre l’enquêteur sur l’objet de son reportage. Par moments, le chrétien quasi-mystique Harry Roselmack, plongé en « immersion » -selon le titre de son émission- parmi les fondamentalistes musulmans, paraissait plutôt « submergé » par cette cour des miracles, occupée par ces étranges individus dont il avoua ne rien connaître avant de les rencontrer. Au lieu d’un reportage montrant et expliquant à la fois comment chacun d’entre nous peut devenir ou paraître radical au sein de sa propre religion, le documentaire d’Harry Roselmack n’a cessé de cultiver cette altérité entre « eux », ces « fondamentalistes musulmans » qui « n’acceptent pas toutes les règles de la République » et « nous ». Une mise à distance, sensationnaliste et efficace pour l’audience, mais au risque de cultiver cette peur et ce rejet de « l’Autre », qu’il soit pieux musulman, arabe et barbu, ou simplement différent dans ses mœurs vestimentaires et ses croyances. Mais c’est sans doute oublier qu’à l’instar d’un mouton au jour de l’Aïd, une carrière médiatique vaut bien le sacrifice de quelques bêtes de foire.

Source: www.oumma.com

8 mars 2010

Nous sommes Français et Musulmans !


Par Vincent Geisser

Lorsque la photographe France Keyser est venue me présenter son projet de reportage photos sur les musulmans de France, ma première réaction fut celle d’un spécialiste ayant le sentiment que le sujet était largement épuisé et qu’il n’y avait plus rien à montrer d’original. En effet, depuis la fin des années 1980, le thème de l’islam hexagonal est devenu l’un des marronniers fétiches de la presse française où les représentations de l’Autre musulman se réduisent le plus souvent à du « prêt-à-clicher islamique », à la limite de la caricature : images de femmes voilées fanatisées, d’hommes barbus au regard menaçant, de croyants en prière pris de dos, de foules vociférantes au cri d’Allah Akbar ! (Dieu est grand), d’apprentis jihadistes en partance pour l’Irak ou l’Afghanistan, etc.

A côté de ces images de peur se déploie parfois une touche exotique héritée de la tradition orientaliste : hommes paisibles fumant leur narguilé sur la terrasse ombragée d’un café maure, femmes musulmanes se délectant dans les vapeurs d’un hammam, voyageur occidental se délassant sur le divan d’un salon de thé oriental... Il faut reconnaître qu’entre ces deux images fortement contrastées (le sensationnalisme angoissant et l’exotisme apaisant) qui constituent la trame imaginaire de notre rapport à cet Autre musulman, il n’existe que peu de place pour la représentation de l’islam vécu anonymement par des milliers de citoyens ordinaires qui entendent concilier leur francité et leur islamité de manière harmonieuse.

C’est précisément le défi photographique qu’a voulu relever France Keyser : sortir du prêt-à-clicher islamique pour saisir sur le vif ces Français comme les autres (médecins, commerçants, fonctionnaires, élus, sportifs, responsables associatifs…), dont la foi et la pratique religieuses sont moins vécues comme des traditions importés de là-bas que comme des expressions vivantes de leur citoyenneté ici. Or, le défi n’était pas gagné d’avance. Les traumatismes post-11 septembre ont favorisé la montée d’un climat de méfiance de part et d’autre : tentation voyeuriste d’un côté, repli protecteur de l’autre, le « juste cadrage » n’était pas facile à trouver. Il a fallu près de quatre ans de patience et de maîtrise de l’art de la négociation à France Keyser pour approcher et gagner la confiance de ses photographiés, parvenant à les convaincre que son projet n’était pas la nième édition d’un reportage sensationnaliste sur les dessous de l’islam de France mais bien une représentation originale d’une islamité française apaisée que personne ne montre jamais. On parvient ainsi à un résultat étonnant qui n’a que peu de précédent dans la longue histoire des représentations de l’islam de France : des images extraordinaires de citoyens français et musulmans ordinaires !

De ce point de vue, l’ouvrage photos de France Keyser réussit l’exploit de faire de la vie quotidienne de musulmans de l’Hexagone un documentaire inédit dans un contexte fortement passionnel, où l’on tend à faire de l’islam l’exutoire de toutes nos angoisses et interrogations sur le devenir de l’identité française.

Photographies : France Keyser (photographe professionnelle)
Textes : Vincent Geisser (sociologue au CNRS) et Stéphanie Marteau (journaliste à l’hebdomadaire Marianne).

Source: www.oumma.com