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6 avr. 2011

Débat sur l'Islam...euh...laicité : le mensonge des membres de l'UMP

Ca passe totalement innaperçu, mais ça revient souvent, mais j'aimerais qu'on me démontre que j'ai tort. Ce pseudo débat, qui par ailleurs ne s'est pas désintégré mais a fait pschiiit, intéresserait vraiment les Français selon l'UMP et ses membres qui veulent se montrer persuasifs. Mais il y a une tuile...

J'entends toujours les membres de l'UMP nous expliquer que les sondages indiquent que ce sujet à tendance paranoiaque est la première préoccupation des Français. A moins qu'il ne s'agisse d'un élément de langage mensonger, j'aimerais qu'on m'indique ces fameux sondages. J'ai entendu Christian Jacob, Jean François Copé et d'autres affirmer celà avec beaucoup d'aplomb et AUCUN JOURNALISTE n'a cru bon demander des comptes et des détails.

Je considère qu'il s'agit d'un élément de langage mensonger repris sans cesse et c'est donc de la désinformation dans la forme la plus grotesque qui soit. La politique politicienne n'est pas le domaine réservé de l'UMP, c'est un fait que nul ne peut contester, mais tout de même, ils caricaturent à eux tous seuls ces manoeuvres de communication grotesques qui finissent par lasser l'opinion et décridibilise toute la classe politique dans son ensemble, car encore une fois, ils ne sont pas les seuls à en user et en abuser, mais voilà une nouvelle fois la limite de ces pratiques fâcheuses qui nuisent au discours et crée l'abstention, bien que Monsieur Sarkozy a avoué lui même en coulisses se moquer éperdument des élections cantonales passées selon Le Parisien.

Mais voilà, déjà que ce débat fut insupportable durant des mois, tout en y ajoutant les dérapages volontaires du triste sire Guéant, bouffon médiatique par excellence et qui mérite en effet sa carte de membre d'honneur du FN, nous sommes plongés, au delà de la défiance, à une déliquescence totale de la droite parlementaire dont le salut ne peut venir que par une défaite cinglante de Nicolas Sarkozy en 2012 qui amènera forcément le changement à l'UMP, avec le respect des mouvements internes différents, si souvent méprisés par le clan Sarkozyste.

La bonne nouvelle, c'est que ce pseudo débat s'achève, la mauvaise nouvelle, c'est qu'on disait celà aussi à propos de l'Identité Nationale, avant vite de déchanter. Nicolas Sarkozy, le pompier pyromane et ses sbires ont peut être déjà conconcté quelque chose d'explosif d'ici les 13 mois ( ça va être long ) qui nous séparent de la fin de son premier mandat...en espérant que ça s'arrêtera là.

Source : www.lepost.fr

5 avr. 2011

Le débat de l'islam et l'état de droit

Par Abdel Hakim Chergui

A l’heure où se multiplient les réactions concernant l’opportunité d’un « débat sur l’islam » (on nous excusera de ne pas céder à l’hypocrisie des mots et de conserver l’intitulé dans sa version originale), les récentes déclarations du secrétaire général de l’UMP ou celles, dans la même lignée, de différents membres du Gouvernement nous forcent à nous joindre au concert des critiques.

Cela étant, et puisque l’heure l’exige, parce que nous sommes des citoyens qui ne s’en cachent pas, et parce que nous sommes aussi des musulmans qui ne se cachent plus, nous essaierons tout de même de nous en distinguer en opposant, aux saillies politiciennes qui n’ont d’autres préoccupations que leur propre intérêt, les arguments du droit et de la justice, qui, eux, servent à tous.

Faudra-t-il à l’envi le répéter ? La laïcité, et à travers elle tout notre système de protection des droits et libertés fondamentaux, obéit à un équilibre, à la fois subtil et fragile, qui fonde sa raison d’être sur la conciliation d’intérêts contraires. En cela réside son exceptionnelle longévité. En cela se nourrit la paix civile qu’elle a eue pour mérite, depuis son origine, d’apporter et de préserver.

Plusieurs points ont été évoqués dans les média. Et tous appellent une réponse adaptée. A travers cette série d’articles, nous nous proposons de sortir des ressorts émotifs auxquels font sciemment appel les responsables de ce « débat » et de rétorquer par des arguments rationnels et, espérons-le, probants.

Entrons en matière. Et commençons.

Sur l’obligation d’user du français…

On nous dit : « Par définition, pour bâtir un islam de France, le français doit être la langue employée dans les mosquées. » (Thierry Mariani, Secrétaire d’Etat aux transports, in Le Figaro, 23/02/2011). On nous rapporte également qu’il serait envisageable pour Jean-François Copé (secrétaire général de l’UMP) : « d’interdire les prêches en arabe ». En définitive, l’idée exprimée ici est somme toute assez simple. La philosophie qu’elle nous propose est au commencement de l’arbitraire et de la tyrannie, tout au bout du populisme. Il s’agit d’imposer une langue pour mieux en contrôler les mots, mieux en dominer les discours et finalement, mieux en asservir les idées. En d’autres lieux et en d’autres temps, nous aurions appelé cela une police du langage et de la pensée…

Interdire aux musulmans d’user de la langue arabe au sein des mosquées pose, au regard du droit, et a minima, trois sortes de difficultés.

Une rapide lecture de nos textes fondateurs nous éclaire quant à la première. « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société » nous apprend l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. En d’autres termes, écarter l’utilisation d’une langue revient à la disqualifier. User de la loi pour ce faire, c’est dire de la langue arabe qu’elle est « nuisible à la Société ». On le comprendra volontiers, outre que cette démarche jette l’opprobre sur une langue, une culture et une civilisation millénaires et que les relents d’un racisme à peine avoué sont trop puissants pour ne pas être perçus : connaît-on une seule démocratie moderne qui, autrement que pour sa langue officielle, s’y serait risqué ?

Quel autre sens accorder à cette idée lorsque l’on sait que l’arabe (dialectal ou littéraire) est officiellement reconnue comme une « langue de France » par la délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF ; service rattaché au ministère de la Culture ayant pour mission d’animer la politique linguistique de la France) et qu’au surplus la Constitution elle-même voit dans le pluralisme des langues un enrichissement national : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. » (Art. 75-1) ?

Plus précisément encore, nous retiendrons que les Sages ont rappelé que les pouvoirs de l’Etat sont circonscrits de telle manière qu’ils ne lui permettent pas de s’immiscer dans la vie privée des individus et, pour ce qui nous concerne, de règlementer leur manière de parler : « Considérant par ailleurs que le législateur ne pouvait de même sans méconnaître l’article 11 précité de la Déclaration de 1789 imposer à des personnes privées, hors l’exercice d’une mission de service public, l’obligation d’user, sous peine de sanctions, de certains mots ou expressions définis par voie réglementaire sous forme d’une terminologie officielle ; » (Considérant n°10, Conseil Constitutionnel, 29 juillet 1994, n°94-345DC, Loi relative à l’emploi de la langue française).

La deuxième difficulté tient au caractère hautement discriminatoire de l’interdiction qui nous est promise. En effet, il n’est pas proposé aux débatteurs d’imposer le français à tous les rites religieux se déroulant sur le territoire de la République ni d’étendre cette mesure de rejet à toutes les autres langues. Ainsi ne sont pas en cause les langues latine, grecque, anglaise ou arménienne dans lesquelles se déroulent quotidiennement d’autres liturgies. A l’évidence, seuls la langue arabe et le rite musulman posent problème. Ce qui, pour tout esprit épris de logique, laisse une interrogation ouverte : quid de l’usage de la langue arabe dans les autres cérémonies religieuses ? Qu’en sera-t-il, par exemple, de ces messes dirigées conformément au rite de l’Eglise d’Orient. Faudra-t-il l’empêcher parce qu’arabe ? Ou le tolérer, parce que non lié à l’islam ? En tout état de cause, la problématique discriminatoire du débat sur l’islam est flagrante : « Les États parties au présent Pacte s’engagent à respecter et à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction aucune, notamment […] de langue […] ». (Art. 2 §1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, entré en vigueur en France le 4 février 1981).

C’est enfin à la laïcité que nous devons notre troisième salve de critiques. Comme on le sait, la loi de 1905 pose le principe de la séparation des Eglises et de l’Etat, cantonnant l’action de ce dernier à la protection de la liberté des individus à pratiquer ou à ne pas pratiquer, seul ou collectivement, le culte de leur choix. Par principe, il est donc fait interdiction à l’Etat de s’ingérer dans l’organisation d’un culte. Organisation qui, au demeurant, ne peut être décidée, et assumée, que par les croyants eux-mêmes. C’est en vertu de ce même principe de laïcité qu’il lui est proscrit de succomber à la tentation d’administrer la manière dont les fidèles d’une religion entendent se conformer aux lois divines. Là encore, n’en déplaise à certains, la Religion (qu’elle soit loi, mystique, spiritualité ou le tout combiné) n’appartient qu’à celles et ceux qui y croient, et cela selon l’unique acception qu’eux seuls peuvent en donner. A cet égard, l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme qui définit et promeut la liberté religieuse semble ici particulièrement opportun.

C’est en effet sur son fondement que la Bulgarie fut condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme après s’être risquée à décider de l’organisation de la communauté musulmane bulgare : « le droit à la liberté de religion tel que l’entend la Convention exclut toute appréciation de la part de l’Etat sur la légitimité des croyances religieuses ou sur les modalités d’expression de celles-ci. Des mesures de l’Etat favorisant un dirigeant d’une communauté religieuse divisée ou visant à contraindre la communauté, contre ses propres souhaits, à se placer sous une direction unique constitueraient également une atteinte à la liberté de religion. » (Affaire Hassan et Tchaouch c. Bulgarie, requête no 30985/96, 26 octobre 2000).

Tout le monde comprendra qu’au vu de ce qui précède, et cela quel que soit l’angle d’approche, la proposition d’interdire l’arabe dans les mosquées constitue une atteinte formelle aux normes les plus fondamentales de notre Etat de droit. En soi, elle ne peut pas être débattue. N’ayant pas plus de sens que d’imaginer être obligé d’user d’une version revisitée du Coran validée en Conseil des Ministres, elle n’est ni discutable ni à discuter. Qu’on veuille l’entendre ou non, elle est une violation de la laïcité, une transgression des engagements internationaux de la France et un manquement aux lois de la République. S’y engager ? C’est alors faire le choix de s’inscrire dans une logique liberticide qui ne peut pas trouver d’autre aboutissement que la négation de ce qui fonde l’Etat de droit. Pourquoi alors y consentir ? Par quelle aliénation accepterait-on de faire d’un « débat », qui en temps normal est l’outil privilégié du pluralisme, l’instrument du jeu le plus antidémocratique qui soit ? On nous pardonnera cette hypothèse : et si lancer sur la place publique l’idée inconcevable de l’imposition du français dans les mosquées était le moyen justement… de ne pas débattre ?

Source : www.uoif-ramf.fr/


Laïcité : trois heures de débat pour clore deux mois de polémique

Par Alexandre Pouchard

"Laïcité : pour mieux vivre ensemble." C'est sous cet intitulé qu'à 16 heures, mardi 5 avril, débute finalement une convention nationale qui aura divisé l'UMP. Il s'agit là du fameux débat sur l'islam et la laïcité voulu par Nicolas Sarkozy, il y a deux mois.


A l'époque, le 10 février, lors de l'émission "Paroles de Français", le président de la République déclare, à propos de l'intégration des musulmans : "Cela pose la question de l'islam et de nos compatriotes musulmans. (…) Il y a, clairement posé, un problème. Nos compatriotes musulmans doivent pouvoir vivre, pratiquer leur religion comme n'importe lequel de nos compatriotes. (…) Mais il ne peut s'agir que d'un islam de France et non pas d'un islam en France." Il constate "l'échec du multiculturalisme" et réaffirme également sa lutte "contre un prosélytisme religieux agressif" sur le territoire national.

Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy officialise le débat au cours d'une réunion à l'Elysée avec la direction de l'UMP. Il sera coordonné par Jean-François Copé, le patron du parti. Ce dernier, en décembre, avait souhaité relancer, en vain, celui sur l'identité nationale. La proposition faisait suite à la polémique provoquée, en décembre dernier, par les propos de Marine Le Pen sur les prières de rue. A la mi-février, c'est finalement à un débat centré sur l'islam et le multiculturalisme que l'Elysée donne sa bénédiction.

UNE FRACTURE À L'UMP

Rapidement, l'initiative suscite des critiques, certains pointant le risque de stigmatisation des musulmans. Après des semaines de polémique dans la presse, des représentants des six cultes de France publieront même, mercredi 30 mars, une tribune pour manifester leur opposition à ce débat et pour réaffirmer leur attachement à la laïcité. La gauche, elle, n'a eu de cesse de reprocher au gouvernement de céder, en cette période de crise, à la tentation du "repli sur soi".

En réponse à la polémique, la majorité tente de rassurer et de dissiper les malentendus : début mars, malgré les propos initiaux de Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé affirme qu'il "n'a jamais été question d'un débat sur l'islam". Mais d'une "réflexion sur notre pacte républicain" et sur la laïcité... Quelques jours avant le débat, le secrétaire général de l'UMP publie même une "Lettre à [son] ami musulman".

Mais malgré les recadrages de l'UMP, un malaise demeure : la majorité reste divisée sur l'opportunité d'une telle discussion. La fracture s'agrandit fin mars, quand le parti majoritaire se trouve secoué par une autre polémique, autour des consignes à appliquer au second tour des cantonales en cas de duel entre des candidats FN et PS : Le "ni front républicain ni FN" prôné par MM. Sarkozy et Copé s'oppose au "barrage contre le FN" défendu par François Fillon ou Nathalie Kosciusko-Morizet.

Le débat sur la laïcité et la place de l'islam en France accentue cette division, qui sera symbolisée par l'affrontement entre François Fillon et Jean-François Copé. Le premier ministre se dit "très mal à l'aise". Cette sortie provoque la colère du secrétaire général de l'UMP, qui l'accuse publiquement de "ne pas jouer collectif". Officiellement ressoudée, la fracture entre le chef du parti et le premier ministre laisse le sentiment qu'il y a deux droites qui cohabitent mal dans la majorité : une qui pense qu'il faut davantage se concentrer sur les sujets économiques et sociaux, ainsi que le recommandent certains centristes, et une autre qui ne veut pas abandonner au FN certains thèmes de droite. Celle-ci est portée par le conseiller élyséen Patrick Buisson ou le collectif d'élus la Droite populaire.

LE DÉFI DES PROPOSITIONS CONCRÈTES

Malgré les semaines de polémique, l'événement a été maintenu. Il a lieu ce mardi 5 avril, dans un hôtel parisien. Certes, on est loin du grand débat suggéré par Nicolas Sarkozy à la mi-février. Plusieurs ténors de la majorité seront absents. Comme François Fillon, surtout, mais aussi Gérard Larcher, le président du Sénat, ou Roselyne Bachelot, ministre des solidarités et de la cohésion sociale. Laurent Wauquiez, le ministre des affaires européennes, sera finalement présent, malgré ses critiques sévères contre le débat. Dix ministres, dont Claude Guéant (intérieur), Gérard Longuet (défense) ou Nadine Morano (apprentissage), seront également au rendez-vous.

La réunion, animée par Valérie Rosso-Debord, députée de Meurthe-et-Moselle, est planifiée finalement sur... trois heures. Mais qu'en sortira-t-il ? Selon Claude Guéant, on trouvera, parmi les thèmes abordés, "les menus dans les cantines scolaires", "la mixité dans les hôpitaux" ou encore "les droits concernant le financement des lieux de culte". Jean-François Copé a fait préciser qu'il présenterait, mardi 5 avril également, vingt-six propositions dont certaines pourraient être appliquées avant 2012 "sans évolution législative". D'autres propositions devraient en revanche faire l'objet d'un "travail législatif ou réglementaire" après l'élection présidentielle, selon l'UMP.

L'enjeu pour la majorité est d'éviter le "tout ça pour ça", ou le sentiment que le résultat n'est pas à la hauteur de la polémique engendrée. L'exercice n'est pas facile. Pour le cas emblématique des prières de rue, qui concernent quelques endroits en France, des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par le ministre de l'intérieur, a fait savoir l'UMP. Mais la marge de manœuvre semble réduite, le gouvernement ayant exclu par avance toute modification de la loi de 1905 instaurant la séparation des Eglises et de l'Etat. Un point semble toutefois acquis : un recueil exhaustif des textes déjà existants relatifs à la laïcité devrait bientôt voir le jour, sous le nom de "Code de la laïcité". Si les solutions concrètes se révèlent peu innovantes, se posera alors la question du bénéfice politique tiré par l'Elysée de ce débat sur la laïcité et l'islam, censé séduire une partie de l'électorat, mais à l'origine d'une polémique de grande ampleur.



Source : lemonde.fr

« Trop de musulmans en France » : quand Sarkozy et Guéant ressuscitent l’esprit de Vichy

scalade. Lundi, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a estimé que « l’accroissement » du nombre de musulmans en France « pose problème ». Des propos similaires à ceux tenus en 2007 par Nicolas Sarkozy lors d’un échange privé avec des dirigeants européens.

« Je poursuis un double objectif : rappeler l’importance de la laïcité, sa réalité, ses conséquences, et décrisper les relations entre les différentes composantes de notre société. La volonté du président de la République est de protéger l’unité nationale » : novice en politique, Claude Guéant semble pourtant déjà maitriser le double langage. A contrario de ces paroles d’apaisement accordées au quotidien Ouest-France, le ministre n’a pas manqué de réaliser, lundi en déplacement à Nantes, un nouveau dérapage contrôlé en indiquant que « l’accroissement » du nombre de musulmans en France et « un certain nombre de leurs comportements posent problème ». S’il voulait accentuer -à la veille du débat sur la laïcité organisé par l’UMP- la « crispation » à l’encontre d’une communauté ou fracturer « l’unité nationale », le bras droit de Nicolas Sarkozy ne s’y prendrait pas autrement.

L’inquiétude à propos du « nombre croissant » de musulmans évoque directement la thèse d’un groupuscule d’extrême droite, méconnu mais de plus en plus influent : le Bloc Identitaire. Interrogé en décembre par Oumma lors des « Assises internationales sur l’islamisation », son président, Fabrice Robert, avait ainsi publié, en préalable de l’évènement, un communiqué dans lequel il s’interrogeait : « Et si notre problème n’était pas qu’il n’y a pas assez de mosquées en France, mais trop de musulmans ? ». Ce à quoi il nous donnait sa réponse en des termes sans équivoque : « A ce défi total, il faudra une réponse totale ».

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Fabrice Robert

Malgré son aspect marginal, ce militantisme idéologique des nouveaux réseaux de l’extrême droite semble gagner les esprits, du Front national à l’UMP en passant par l’Élysée. En novembre 2007, le correspondant de Libération à Bruxelles, Jean Quatremer, avait rapporté une stupéfiante anecdote, passée inaperçue, au sujet de Nicolas Sarkozy : « L’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Selon mes sources, le chef de l’Etat s’est lancé dans un monologue confus d’une vingtaine de minutes, "dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire", contre le "trop grand nombre de musulmans présents en Europe " et leurs difficultés d’intégration. Il a aussi décrit de façon apocalyptique le "choc de civilisation" qui oppose les musulmans à l’occident ». Et Jean Quatremer de conclure : « Elles en ont, en tout cas, retiré la désagréable sensation que Sarkozy, non seulement avait un sérieux problème avec les musulmans, mais avait du mal à maîtriser ses nerfs. »

« Sarkozy, nous voilà » ?

Nicolas Sarkozy, un authentique islamophobe viscéral plutôt qu’un tacticien électoral surfant sur la peur des musulmans ? Son ancien conseiller à la diversité, Abderahmane Dahmane, paraît en tout cas ébranlé par son bref passage à l’Élysée : s’il réserve essentiellement ses critiques à l’endroit de Jean-François Copé, qualifié de « peste pour les musulmans », il n’a pas craint d’appeler ses coreligionnaires à porter une « étoile verte » pour dénoncer la stigmatisation en cours. Une outrance qui a fait flop : les Musulmans de 2011 ne sont certainement pas dans la situation des Juifs de 1942, même si des analogies ont déjà commencé à prendre forme. C’est le régime de Vichy qui, le premier, s’inquiéta du nombre de citoyens « israélites » sur le territoire au point de préconiser, au fur et à mesure, une réglementation spécifique qui allait aboutir à distinguer un « statut des Juifs ». De même que se développait dans l’entre-deux guerres une sorte d’ « antisémitisme primaire », il est dorénavant familier d’observer journalistes décomplexés et politiques en campagne électorale mettre en scène –et dramatiser- le « problème » musulman.

En 1946, dans son ouvrage de « Réflexions sur la question juive », Jean-Paul Sartre faisait une remarque qui semble toujours d’actualité : « Si un homme attribue tout ou partie des malheurs du pays et de ses propres malheurs à la présence d’éléments juifs dans la communauté, s’il propose de remédier à cet état de choses en privant les juifs de certains de leurs droits ou en les écartant de certaines fonctions économiques et sociales ou en les expulsant du territoire ou en les exterminant tous, on dit qu’il a des opinions antisémites. Ce mot d’opinion fait rêver... ».Qu’en est-il aujourd’hui de la banalisation de « l’opinion » islamophobe ? Le sénateur Robert Badinter a récemment donné, avec vigueur, une réponse éloquente. Après avoir fustigé la mise en place d’une « ghettoïsation morale des musulmans », l’homme dont le père fut déporté sous l’Occupation n’a pas hésité à faire un parallèle historique entre le sort des deux communautés. « Ça m’a ramené soixante ans en arrière quand il y avait des "Français d’origine juive". Qu’est-ce que c’est que ça, dans la République ? Assez, avec ça ! »

Source : www.oumma.com

4 avr. 2011

Laïcité/UMP: des musulmans manifestent


Quelques centaines de manifestants, selon les organisateurs - 550 selon la préfecture de police de Paris - ont manifesté aujourd'hui contre le débat sur la laïcité et l'islam organisé mardi par l'UMP.

Partis de la Grande mosquée de Paris dans le 5e arrondissement, hommes, femmes et enfants ont défilé dans Paris derrière une bannière sur laquelle on pouvait lire: "Si ma religion est mon choix et mon droit, vivre ensemble est la seule voie!"

"Moi je ne refuse pas d'essayer de monter une étude, une réflexion sur ce que signifie être Français et musulman aujourd'hui au 21ème siècle, déclarait un manifestant. Mais, résoudre ce problème sur deux tables rondes, en deux heures, est-ce que c'est vraiment sérieux?".

"J'ai quand même vu beaucoup d'événements qui se sont passés dernièrement qui ont montré une certaine montée d'islamophobie, en plus d'un débat politique qui stigmatise la communauté musulmane française", renchérissait une autre.

"Le fait de porter mon voile, je me sens différente des autres et je peux pratiquer ma religion mais dans certaines limites, je ne peux pas tout faire, sous prétexte que l'islam ce n'est pas une religion de la France, ajoutait encore une manifestante. Mais la France, je pense que c'est laïque, donc elle devrait laisser les droits à tout le monde".

Tandis qu'un manifestant demandait à que "tous les citoyens, toutes les confessions aient le même statut", une femme musulmane lançait: "On est des citoyens ici en France, on vit comme tous les Français, on a des droits, des devoirs, alors on veut protéger tout ça!"



Source : www.lefigaro.fr

1 avr. 2011

Ce que veulent les musulmans ? La loi de 1905, c'est tout

Par Dounia Bouzar

Qu'en Allemagne ou en Angleterre, on annonce l'échec du multiculturalisme, c'est une chose. Mais que le président de la République, Nicolas Sarkozy, déclare : "Je ne veux pas d'une société dans laquelle les communautés coexistent les unes à côté des autres. Si on vient en France, on accepte de se fondre dans une seule communauté, la communauté nationale. Si on n'accepte pas cela, on ne vient pas en France", pour ensuite demander un débat sur "les limites que nous mettons à l'islam", est une véritable énigme... Car la diversité religieuse n'a rien à voir avec le communautarisme, sauf à considérer que l'islam déterminerait une fois pour toutes les individus, de manière uniforme.

C'est exactement le contraire : comme les autres, les musulmans comprennent le cas échéant leur religion à partir de leur réalité sociale et de leur culture... Et le gouvernement ne semble toujours pas avoir pris conscience qu'une bonne partie des musulmans nés ici sont de culture française, même s'ils sont de confession musulmane !

Au lieu d'entériner les termes d'un débat posé par Marine Le Pen dans l'objectif de creuser un peu plus la présomption d'altérité autour de l'islam, il aurait été intéressant que le chef de l'Etat rappelle à tous les élus leur responsabilité dans l'application de la loi de 1905. Car justement, si la loi de 1905 était connue et appliquée sur les différents terrains, "aucune communauté ne coexisterait à côté de l'autre" sur le territoire français...

La diversité religieuse, lorsqu'elle est bien gérée, ne mène ni à l'assimilation ni au multiculturalisme ! La laïcité est un système juridique instauré pour que les Français puissent ensemble avoir un destin commun, avec leurs identités multiples, variées, qui peuvent d'ailleurs évoluer. La laïcité est instituée pour qu'il n'y ait plus jamais de morale unique, religieuse ou pas. C'est pour cette raison que la loi de 1905 énonce que la République "assure" la liberté de conscience et garantit "le libre exercice des cultes", sauf entrave à l'ordre public.

Assurer la liberté de conscience, c'est permettre aux citoyens de croire, de ne pas croire, de croire en ce qu'ils veulent, sachant que la liberté de l'un s'arrête où commence celle de l'autre. Plus facile à dire qu'à faire... De nombreux élus, décideurs, manageurs, laissent leur subjectivité personnelle ou le rapport de forces faire la loi : il arrive qu'une majorité de personnes athées harcèle un collègue qui fait son ramadan, pendant qu'à l'étage au dessous une majorité de musulmans pratiquants interdit à une collègue de porter une jupe ou de boire un café.

Alors justement, pour former les responsables d'institution, au lieu d'ouvrir un nouveau procès de l'islam, commençons par cesser le "double discours" sur la laïcité. Obliger les imams à prêcher en français en laissant se dérouler des messes en latin, prêter des salles municipales aux protestants et les refuser aux musulmans, refuser les permis de construire aux mosquées, accepter la viande casher et appréhender la viande halal comme une islamisation de la France, octroyer au dernier moment son jour de l'Aïd au salarié musulman ou Hanoukka au salarié juif, alors que le calendrier français est purement chrétien : la fête de la Nativité, la semaine sainte, la consécration de la Résurrection du Christ, celle de l'élévation de Jésus au ciel, la commémoration de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, sans compter les lundis de Pâques et de Pentecôte, qui sont eux jours fériés.

"Ce n'est pas la même chose, c'est un fruit de l'histoire française !", répond-on aux musulmans pour justifier les discriminations. Mais cette riche histoire française continue, et il y a un choix à faire : soit la France choisit de rester "à tendance chrétienne" en "tolérant les autres religions" selon son bon vouloir, comme d'autres pays européens, soit elle assume la laïcité qu'elle s'est votée au XXe siècle, en appliquant à tous les lois de la même façon, et par ce biais, accepte que les musulmans entrent dans "son histoire". Mais les musulmans ne veulent pas qu'on change cette loi de 1905, ils veulent seulement qu'on l'applique !

Aujourd'hui, la plupart des citoyens français n'ont pas conscience du poids de l'histoire sur la construction des normes. Ils ont le sentiment que la culture occidentale a cessé d'être façonnée par le religieux, et que seule celle de l'Autre continue à être imperméable à la sécularisation. Du coup, Noël et Pâques font partie de la culture commune de tous les Français, croyants ou pas, alors que les fêtes relatives à l'islam sont vécues comme du particularisme ou de la "rébellion communautaire". Appréhender toute initiative individuelle ou collective comme du communautarisme repose sur le fait que l'islam est vécu comme une référence étrangère. C'est justement cela dont souffrent les musulmans nés en France, qui se considèrent ici chez eux, qui ont grandi dans la culture française et qui souhaiteraient voir la référence musulmane intégrée au sein du patrimoine français.

Il va falloir qu'on se le dise : la plupart des normes actuelles sont issues de l'histoire chrétienne, et cela a un impact parfois discriminatoire sur les nouveaux venus. Mais attention, il va s'agir d'atténuer ces effets éventuellement discriminatoires pour certains individus, sans pour autant accepter de droit parallèle communautariste. Une sorte de "pluralisme juridique" qui reconnaîtrait des normes religieuses juives ou musulmanes irait à l'encontre du principal objectif poursuivi par la Constitution française et la loi de 1905 sur la laïcité : dépasser les différences des citoyens pour construire ensemble une nation.

Cela reviendrait à faire reconnaître des ordres normatifs parallèles à celui de l'Etat, et placerait des principes de droit religieux au-dessus du droit positif. Reconnaître des normes de droit religieux de manière collective irait en outre à l'encontre de la liberté individuelle de certain(e)s musulman(e)s - et de certain(e)s juif(ve)s -, qui se retrouveraient liés à une interprétation religieuse contraire à leur propre conviction, ce qui nierait leur droit personnel à la liberté religieuse...

Contrairement à certaines approches multiculturalistes, la loi de 1905 demande de chercher le "plus petit dénominateur commun", afin de continuer à manger ensemble, à nager ensemble, à vivre ensemble, sans pour autant qu'une norme s'impose à tous de façon uniforme. En clair, la France doit maintenant chercher à faire de l'unité avec de la diversité, tout en remettant en question l'uniformité.

Source : LeMonde.fr

Rassemblement contre le « débat » sur la laïcité et l’islam


Non au débat de la honte

Rassemblement contre le « débat » sur la laïcité et l’islam, le 2 avril, place de la République, à Paris

Nous, Les hybrides de la République, mouvement de citoyens, entrepreneurs et progressistes, Saphirnews.com, premier média d’actualité des cultures musulmanes, Respect Mag, magazine urbain, social et métissé, et Les Indivisibles, association de lutte contre les préjugés, appelons le samedi 2 avril, à 14 ...h 30, place de la République, à un rassemblement pour dénoncer et refuser le pseudo-débat sur la laïcité et l’islam orchestré par l’UMP (majorité présidentielle) du 5 avril prochain.

Nous réaffirmons ainsi le refus de l’instrumentalisation politique de la 2e religion de France et la stigmatisation des citoyens français de confession ou de culture musulmane.

Ce procès conforte le discours islamophobe et renforce la libération de la parole raciste et xénophobe.
Nous disons « Non au débat de la honte » et invitons tous les citoyens qui le refusent à se mobiliser et à nous rejoindre samedi 2 avril, place de la République, à 14 h 30.

C'est l'islamophobe qui fait le musulman

Par Karim Miské, réalisateur


Le secrétaire général de l'UMP et le président de la République l'ont annoncé, nous allons avoir droit à un nouveau débat sur l'islam en France. Si l'on se fie aux calamiteux précédents de l'identité nationale et de la burqa, nous pouvons encore une fois nous préparer à devenir la cible des préjugés anti-musulmans les plus primaires exprimés sans aucune retenue par une certaine frange de nos compatriotes, des couches populaires aux intellectuels et aux cercles dirigeants. Ce rejet pathologique de tout ce qui a trait à l'islam que l'on appelle fort justement islamophobie, vise indistinctement toute personne perçue comme musulmane, qu'elle soit croyante, agnostique ou athée, ce qui doit nous amener à repenser la figure du "musulman" exactement comme l'antisémitisme des dix-neuvième et vingtième siècles, avait amené Jean-Paul Sartre à redéfinir celle du "juif". En 1944 le philosophe existentialiste écrivait : "C'est l'antisémite qui fait le juif." En 2011, on peut énoncer : "C'est l'islamophobe qui fait le musulman."

Car dans la France contemporaine, qu'est-ce qui unit le pieux ouvrier à la retraite algérien, le réalisateur athée franco-mauritanien que je suis, l'employée de banque peule soufie de Mantes-la-jolie, l'éducatrice bourguignonne convertie à l'islam et l'infirmier agnostique qui n'a jamais mis les pieds à Oujda d'où viennent ses grand-parents ? Qu'est-ce qui peut bien nous rassembler sinon le fait de vivre au sein d'une société qui nous tient pour musulmans ? Et qui nous rappelle chaque jour – lors des conversations à la machine à café, des flashs d'info, de la lecture des magazines – que nous portons une part de responsabilité dans des phénomènes aussi fondamentaux pour l'avenir de la nation que la burqa ou la prière dans la rue. C'est potentiellement de notre faute si le pacte républicain est mis à mal. Si l'identité de la France est en danger. Et accessoirement si les fillettes afghanes ne vont pas à l'école ou s'il est interdit de bâtir des églises en Arabie saoudite… Tout cela parce que nous sommes porteurs d'un faciès et/ou d'un nom "visiblement" musulman, ou, pire encore, car nous avons eu l'idée saugrenue de nous convertir à l'islam.

Bien sûr, il nous est loisible de feindre l'indifférence, de nous présenter comme des Français, laïques et républicains, amoureux exclusifs de nos terroirs et de nos territoires. Mais combien de temps pouvons-nous sérieusement tenir cette position volontariste alors que nous sommes à tout moment renvoyés à cette identité de Musulmans ? (Et j'écris ce mot avec un M majuscule car il s'agit bien ici d'une catégorie identitaire d'un nouveau type, constituée par le regard de la société indépendamment du rapport à la religion de chacun de ses membres.)

LA PLACE DE L'AUTRE

Dans ses Réflexions sur la question juive, Sartre fait la distinction entre ce qu'il appelle les Juifs "authentiques" et "inauthentiques". Les Juifs authentiques sont ceux qui prennent en compte le regard de la société sur eux, les inauthentiques, ceux qui font comme s'il ne les affectait pas. En tant que Musulmans de France et d'Occident, nous sommes aujourd'hui placés devant ce même choix existentiel entre l'authenticité et l'inauthenticité. Un choix qui n'a rien à voir avec l'appartenance religieuse, le rapport à l'histoire ou les références culturelles de chacun. Il s'agit juste, pour enfin reprendre possession de nos existences diminuées, de penser et d'agir, non pas, comme on nous l'intime, en nous coulant dans le moule d'une pseudo-universalité républicaine qui n'est plus maintenant qu'un mensonge usé jusqu'à la corde, mais bien à partir de la place qui est réellement la nôtre. Cette place du Musulman a pu être au cours de l'histoire celle du Protestant, du Juif, du Noir ou du Rom. C'est tout simplement la place de l'Autre, celui par rapport auquel la société majoritaire tente de se définir. Celui qui la fait vaciller dans son identité lorsque la différence semble sur le point de s'évanouir.

Etre un Musulman "authentique", en France aujourd'hui, ce n'est rien d'autre que cela : assumer cette place paradoxale de l'Autre en-dedans. Et à partir de là, affronter le regard qui nous aliène. Le combattre, ce regard provenant des secteurs de la société les plus réfractaires à son évolution, en prenant appui sur ce qui est devenu notre vécu quotidien. Car, croyants et incroyants, attachés aux cultures "d'origines" ou pas, tous nous savons ce que c'est d'être Musulman en France. Et nous n'en pouvons plus d'être insultés chaque jour par ceux qui nous gouvernent, nous refusons que des journalistes en manque de sensations, des polémistes à la pensée malsaine, et des politiciens manipulateurs se servent de nous pour obtenir audience, renommée et suffrages. Nous ne voulons plus entendre de doctes commentateurs dire à notre place ce que nous vivons, éprouvons et pensons.

Cette place de Musulmans qui nous est assignée, il ne nous reste plus qu'à l'occuper pleinement et en conscience. Et à partir de là, à entreprendre de "nous" libérer, donc de "vous" libérer. Tout comme l'ont fait avant nous les Noirs américains, les femmes du monde entier, les homosexuels. Tout comme le feront après nous toutes les catégories de population forcées par une société aliénée à vivre une citoyenneté incomplète et sous surveillance.


Source : LEMONDE.FR

Des instits du privé à l'école de l'Islam

Alors que le débat sur la laïcité suscite pas mal de controverses, les enseignants de trois écoles privées tourquennoises ont participé hier à une formation inédite à la mosquée de la rue Saint-Maurice. Ils voulaient qu'on leur explique l'Islam pour mieux comprendre et accueillir leurs élèves musulmans.


En jargon pédagogique dans l'enseignement catholique privé, on appelle cela une « formation intra-inter ». Autrement dit une formation qui échappe aux schémas académiques pré-établis par de brillants experts. À Tourcoing, les enseignants des écoles Saint-Pierre, Saint-Mathieu et Saint-Jean ont souhaité tout simplement s'intéresser à l'Islam. « Dans nos écoles sont inscrits des enfants issus de familles musulmanes. On a à coeur de les accueillir le mieux possible, d'éviter toute boulette tout en gardant notre identité. C'est important de connaître la religion de ceux qu'on côtoie » , nous explique une enseignante.
D'où une formation spécifique de deux fois trois heures. « Pour nous c'est un peu une première », reconnaît Thierry Vanholderbeke, animateur pastoral à la direction diocésaine de l'enseignement catholique à l'origine, avec Pascal Dame, délégué diocésain à l'interreligieux et président de Roubaix Espérance, de ce stage inédit.
Hier, une trentaine d'enseignants ont ainsi été accueillis à la mosquée la Sunna rue Saint-Maurice, la doyenne des institutions musulmanes de Roubaix puisqu'elle a vu le jour en 1982. Rachid Sahri, président du collectif des institutions musulmanes de Roubaix et guide de cette visite, n'a éludé aucune question. Y compris celles concernant la place de la femme dans la société islamique. Il a admis que la délimitation entre salles de prières pour hommes et pour femmes pouvait paraître anachronique. « Il y a d'un côté la pratique religieuse et le poids de la tradition. La religion n'a jamais établi de supériorité entre les sexes. Mais dans la tradition, au Maghreb, on fait encore la différence. » Appelant de ses voeux l'Islam à l'ouverture et à la modernité, Rachid Sahri trouve également anormal que les prières se fassent en arabe alors que 80 % des musulmans de Roubaix ne le comprennent plus. De là à envisager un Vatican II de l'Islam ?


Le débat sur la laïcité ? Pour quoi faire ? L'Islam n'a rien de monolithique. « Nous sommes avant tout des citoyens. Les intégristes, ce sont ceux qui pensent qu'ils sont les seuls à avoir tout compris des textes. Chez nous, comme chez vous, vous ne trouverez pas deux personnes qui ont le même rapport à la foi. Le but d'Allah, ce n'est pas d'avoir des petits soldats en uniforme. »

Source : www.nordeclair.fr