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15 oct. 2010

Les musulmans se mettent au vert

Environnement, gestion de l’eau et biodiversité en tant que clés du développement durable, tel a été le thème de la 4e Conférence islamique des ministres de l’Environnement, qui a réuni 57 pays, les 5 et 6 octobre, à Hammamet, en Tunisie. L’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (Isesco) a présenté ses initiatives en matière d’environnement, de ressources hydriques, d’énergies renouvelables et de développement durable, ainsi que sa stratégie pour la préservation des écosystèmes forestiers. Ce programme vise, en coopération avec des organisations internationales et régionales, à renforcer les compétences et à consolider les initiatives nationales dans les domaines des sciences et des nouvelles technologies environnementales. Les participants ont pris conscience de l’impact négatif des dégradations environnementales, en particulier sur les populations les plus vulnérables, dont les jeunes et les enfants, qui représentent plus de la moitié de la population mondiale et plus de 80 % de celle des pays musulmans.

Le secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), Ekmeleddin Ihsanoglu, a ap­pelé les pays membres à renforcer leurs capacités à faire face aux catastrophes et fléaux naturels, et à améliorer le couvert forestier et végétal. Les travaux de la conférence ont aussi porté sur la protection de la bio­sphère et l’adoption d’une stratégie de lutte contre la pollution. Les propositions du président Ben Ali – création, à Tunis, avec l’Isesco, d’un Observatoire régional d’alerte précoce contre les catastrophes naturelles et mise en place d’un Conseil islamique de l’eau, institution scientifique pour l’exploitation rationnelle des ressources hydriques – ont été retenues. La conférence a également proposé de déclarer 2011-2020 décennie­ internationale de la biodiversité.

Environnement, gestion de l’eau et biodiversité en tant que clés du développement durable, tel a été le thème de la 4e Conférence islamique des ministres de l’Environnement, qui a réuni 57 pays, les 5 et 6 octobre, à Hammamet, en Tunisie. L’Organisa

Source: www.jeuneafrique.com

10 mai 2010

Plaidoyer pour une éthique islamique en écologie

Par Nabil Ennasri

Le changement climatique constitue certainement le plus grand défi que l’humanité devra relever au cours du XXIe siècle. L’espèce humaine dispose aujourd’hui de très peu de temps pour renverser le cours d’une tendance qui menace son existence. Les signes manifestes d’une planète malade ne manquent pas, et tout porte à croire que les dysfonctionnements du climat généreront des catastrophes de plus en plus brutales. La manière dont le monde gère aujourd’hui cette crise aura des conséquences directes sur la vie des générations futures.

Une réponse planétaire doit donc être apportée au danger du réchauffement climatique. Comme pour les autres traditions philosophiques ou religieuses, l’islam se doit d’être à la hauteur de ce défi d’un genre nouveau. L’objet de cette contribution est de proposer des pistes pour placer la question de l’écologie au centre de la pensée islamique d’aujourd’hui et d’engager les musulmans dans une prise en compte accrue des préoccupations de l’environnement dans leur vie quotidienne.

I – Un constat alarmant

A part quelques personnalités ou groupuscules aux motivations obscures[1], plus personne ne nie la réalité du dérèglement climatique et que c’est bien l’activité de l’homme qui en est à l’origine. Le Rapport mondial sur le développement humain 2007-2008 consacré à la lutte contre le changement climatique et rédigé par les experts du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)[2] aboutit à des conclusions alarmantes : « il reste à l’humanité moins de dix ans pour retourner la situation ». Si rien n’est fait dans les plus brefs délais, le monde entrera dans une ère d’incertitudes où les foudres du climat auront pour les 40% de la population mondiale la plus pauvre – soit environ 2,6 milliards de personnes – des conséquences apocalyptiques[3]. A terme, c’est l’ensemble de l’humanité qui en subira les effets néfastes et destructeurs.

Lors de l’une des ses dernières réunions, le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat qui regroupe 2500 chercheurs provenant de 130 pays et dont l’ensemble des publications est soumis au consensus), auteur d’un rapport détaillé sur la question en 2007, mettait en évidence que c’est, parmi les scénarios qu’il avait élaborés, « le plus noir » qui se profile désormais[4]. Entre 1990 et 2006, le monde a connu les treize années les plus chaudes depuis 1880, date qui marque le début de l’ère industrielle. Quasiment tous les scientifiques reconnus du monde sont formels : le rejet et l’accumulation des gaz à effets de serre, responsables du réchauffement de la planète, sont beaucoup trop importants et sans la mise en œuvre de mesures draconiennes de réduction, les températures moyennes mondiales risquent d’augmenter de plus de 5°C. Pour situer les choses, le rapport du PNUD indique qu’un tel différentiel de 5°C correspond aux « changements de températures observées depuis la dernière ère glaciaire, une ère où une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord se trouvait sous plus d’un km de glace »

Face à ce péril, le monde a commencé à prendre conscience de l’urgence d’une mobilisation. Seulement, en dépit de tous les rapports et autres mobilisations, l’échec du sommet de Copenhague censé prendre le relais du Protocole de Kyoto démontre tristement que les responsables politiques actuels sont dans l’incapacité d’étendre leur vision au-delà des échéances électorales. Pire, on assiste aujourd’hui à une forme de régression en la matière du fait de la combinaison d’une crise économique, qui relègue au second plan l’impératif écologique, avec une offensive de groupuscules “climato-sceptiques“ aux pratiques peu scrupuleuses[5].

Alors que le changement climatique nécessite plus que jamais des actions d’envergure tant au niveau local que national et mondial, la déception d’avoir échoué à Copenhague, doublée d’un manque de volontarisme politique qu’illustre, en France, l’annulation de la taxe carbone, sont des motifs suffisants de préoccupation. Chaque jour qui passe complique davantage la tâche et considérant l’inertie et le manque de courage des responsables politiques, il revient à la société civile mondiale d’agir dans ce domaine. La gravité de la crise environnementale nécessite, en effet, la mise en mouvement de toutes les composantes de la société, dont les communautés religieuses. C’est dans ce cadre que les musulmans ont le devoir d’apporter leur contribution à la sauvegarde d’une planète à la santé si fragile.

II – L’écologie, une préoccupation première de l’islam

Cette contribution doit d’abord se faire à partir d’une relecture des sources premières de l’islam. En effet, il n’est pas souhaitable que les musulmans soient à l’écart de ce mouvement global destiné à sauver la planète d’une détérioration annoncée. Depuis quelques années, certains penseurs ont ainsi mis en évidence l’urgence d’une acceptation plus profonde de la dimension écologique dans les objectifs supérieurs de la Législation (Mâqasid Ash Shari’a). Cette nouvelle tendance, même timide, mérite d’être débattue, approfondie et diffusée le plus largement possible.

Dans ce cadre, il faut d’abord rappeler que la préoccupation de l’environnement et le respect de la Nature sont au cœur des principes islamiques. Les exemples sont légion où le Prophète Mohamed (Saw) interpellait ses compagnons quant au caractère sacré de la Nature qui les entoure. Dans un célèbre hadîth, le Prophète, passant près de Sa’d ibn Abi Waqqâs qui faisait ses ablutions, l’interpella au sujet du gaspillage que ce dernier faisait de l’eau. Surpris, celui-ci demanda alors : « Y a-t-il gaspillage même dans les ablutions » ? Et le Prophète de répondre : « Oui et ce, même en utilisant l’eau courante d’une rivière »[6]. Ce refus du gaspillage, comme, en d’autres endroits de sa Sîra, son intérêt pour la préservation des arbres, des animaux, des récoltes et de tous les autres éléments de la Nature – même en temps de guerre – donnent la mesure du respect de l’environnement dans la tradition islamique qui devient ainsi un principe premier devant réguler les comportements humains. L’universitaire Tariq Ramadan relève, à juste titre, qu’ « il ne s’agit pas d’une écologie née du pressentiment des catastrophes (qui sont engendrées par les actions des hommes) mais d’une sorte d’“écologie en amont“, qui fait reposer les rapports de l’homme avec la nature sur un socle éthique associé à la compréhension des enseignements les plus profonds »[7]. Au bout du compte, les préoccupations des deux écologies finissent par se rejoindre même si leurs sources diffèrent.

De même, rappelons que la Révélation est parsemée d’occurrences invitant à la contemplation et à la méditation des signes. Le Coran est articulé autour d’une pluie de références enseignant que tous les éléments de la Terre se prosternent, l’homme et la nature communiant dans cette dévotion : « Et c’est devant Dieu que se prosternent, bon gré mal gré, tous ceux qui sont dans les Cieux et sur la Terre, ainsi que leurs ombres qui s’inclinent devant Lui matin et soir[8] ». Signe révélateur de l’importance des éléments de la Nature au sein de la philosophie islamique, le titre de nombreuses sourates (chapitres) du Coran renvoient à l’écosystème qui entoure l’humanité : La « Vache », les « Bestiaux », « L’éléphant » pour les animaux ; le « Soleil », « L’étoile », la « Lune » pour ce dont regorge le cosmos. La rivière de « Kawthar », le mont « Tour », le « Tonnerre », le « Tremblement de terre », la « Caverne » comme éléments naturels, l’« Argile », le « Fer » comme matières premières, etc.

La Terre est ainsi considérée comme un dépôt (amana) dont l’homme à la responsabilité de gérer dans le cadre d’une interdépendance harmonieuse. En définitive, on constate que le rapport du croyant avec la Nature ne peut être fondé que sur la contemplation et le respect : « Dans la création des Cieux et de la Terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les vaisseaux qui sillonnent la mer, chargés de tout ce qui peut être utile aux hommes ; dans l’eau que Dieu précipite du ciel pour vivifier la terre, après sa mort, et dans laquelle tant d’êtres vivants foisonnent ; dans le régime des vents et dans les nuages astreints à évoluer entre ciel et terre ; dans tout cela n’y a-t-il pas autant de signes éclatants pour ceux qui savent réfléchir ?[9] »



[1] L’heure du choix, Hervé Kempf, Le Monde, 21 février 2010. Auteur de plusieurs ouvrages qui traitent du réchauffement climatique, l’auteur est journaliste au Monde chargé des questions d’écologie. Cf. également, Plus de 600 scientifiques, s’estimant dénigrés, réclament l’organisation d’un vrai débat sur le climat, Le Monde, 9 avril 2010.

[2] Rapport mondial sur le développement humain 2007-2008 édité pour le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), 2007, 1 UN Plaza New York, 10017, USA.

[3] Alors que les nations riches sont responsables de la grande majorité des gaz à effet de serre, ce sont les pauvres de la planète qui devront payer le prix le plus élevé du changement climatique. C’est cette situation inique qui fait dire à l’archevêque Sud-africain Desmond Tutu que nous nous dirigeons vers un “Apartheid“ en matière de crise écologique. Parmi ceux qui subiront de plein fouet ces répercussions, on trouve beaucoup de pays à la population majoritairement musulmane. Les cas les plus aiguës se concentreront dans des pays comme le Bangladesh ou l’Indonésie où les cyclones, couplés avec les effets de la déforestation, risquent d’engendrer des difficultés insurmontables. Cf. Au Bangladesh, les premiers réfugiés climatiques, Le Monde Diplomatique, Avril 2007.

[4] Le plus noir des scenarios climatiques se profile, Le Monde, 13 mars 2009.

[5] Rappelons qu’un équilibre est possible entre croissance économique et respect de l’environnement. Ainsi, les pays de l’OCDE ont, à travers l’Agence internationale de l’énergie (AIE), adopté la devise des « trois E », c’est-à-dire la sécurité d’approvisionnement (Energy security of supply), l’efficacité économique (Economic efficiency) et la protection de l’environnement (Environment protection) « sans sacrifier un objectif aux autres ». Cf. “Les grandes batailles de l’énergie“, Jean Marie Chevalier, Editions Gallimard, 2004.

[6] Hadîth rapporté par Ahmad et Ibn Majah.

[7] “La réforme radicale : Ethique et libération“, Tariq Ramadan, Presses du Châtelet, Paris, 2008.

[8] Sourate Ar Ra’d, (Le Tonnerre), Verset 15.

[9] Sourate Al Baqara (La Vache), Verset 164.


Source: www.oumma.com

3 mars 2010

Reconsidérer l’environnement selon la dimension islamique

Par Hajer Bernaoui

« N’ont-ils donc jamais parcouru la terre afin d’avoir des coeurs pour comprendre ou des oreilles pour entendre ? Car ce qui devient réellement aveugle ce ne sont pas les yeux mais ce sont les cœurs qui sont dans les poitrines. »

Le Pèlerinage, V. 46, traduction du Dr. Salah ed-Dine Kechrid

Les questions liées à l’environnement sont devenues aujourd’hui une préoccupation majeure aux vues notamment des nombreux dérèglements observés et observables à l’œil nu. Force est alors de constater que la nature n’est plus simplement un réservoir dans lequel l’homme peut puiser indéfiniment. La perspective que nous optons de prendre est celle qui met en regard l’Islam à l’environnement qui est conçu comme un chapelet de signes sur lesquels nous pouvons méditer. Dieu, dans sa Grande Miséricorde, a d’ailleurs crée le monde de façon ordonnée et équilibrée « En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence, » (La famille d’Imrane, S3 V190). D’après l’Islam, l’être humain peut tirer profit des richesses de cet univers à la condition sine qua none que cela se fasse en toute mesure et intelligence. Mais quelle est la position de la religion musulmane quant à la notion d’environnement ?

Le sujet est très vaste et nous choisissons de nous borner dans ce bref exposé à redéfinir le concept d’environnement puis à relever l’opposition nature-civilisation générant la situation de crise actuelle puis à relever des exemples concrets mais forts de l’ampleur du désastre. Enfin, nous tenons à proposer quelques petites astuces efficaces pour être à la hauteur de la responsabilité imposée par Dieu.

Pour bien cerner un concept il est bien venu de le redéfinir ; qu’entendons-nous donc par environnement ? Jamais un terme est aussi mal compris que lorsqu’il est utilisé presque mécaniquement et quel que soit le champ d’application. Selon les travaux du Docteur Mohammad Assayed Jamil, l’environnement se définit comme l’espace dans lequel évolue l’homme et où interagissent trois dimensions : l’écologie (l’homme est une espèce parmi d’autres), la socio-économie (l’organisation de la vie via ses traditions, ses lois…) et la culture (les systèmes de valeurs). Ces trois axes forment donc le concept en question et interfèrent les uns avec les autres. En outre, l’autre idée essentielle veut que la notion-clé d’environnement implique fondamentalement deux systèmes : le mode naturel (le sol, les eaux, la faune, la flore et l’interaction entre les différents éléments) et le mode civilisationnel (l’habitat, les rues, la technologie créée par l’homme). C’est dans ce rapport de force que les inquiétudes environnementales prennent forme.

Il est à noter que l’Islam ne dénigre en aucun cas les progrès techniques qu’a connu l’humanité ; bien au contraire, l’une des places les plus convoitées est manifestement celle des savants. L’Islam enjoint chaque fidèle à se diriger vers plus de science ainsi qu’à profiter pleinement des ressources de la terre qui sont placées au service de l’homme « Ne voyez-vous pas que Dieu a soumis à votre service ce qui est dans les cieux et en terre et vous a comblés de Ses bienfaits apparents et non apparents ? » (Lokman, S31 V20). Le progrès et les révolutions technologiques sont encouragés et parfaitement admis si cela se fait dans le cadre d’une utilisation fonctionnelle, responsable et consciente des conséquences sur l’environnement. La modération de rigueur envisagée par l’Islam contraste avec l’actuelle dépravation de la nature : l’homme outrepasse les limites et dérègle l’équilibre et l’ordre de la création.

L’environnement civilisationnel met à mal l’environnement naturel et, dans ce conflit, certains méfaits sont irrémédiables. Pour éveiller les consciences et démontrer l’urgence de la situation, il est utile de mettre en évidence certaines catastrophes. L’Islam nous sensibilise à l’équilibre de l’univers conçu comme un signe pour les gens doués de raison mais comment ne pas s’alarmer face à l’exploitation outrancière des ressources naturelles ! Nous savons pertinemment que les forêts sont les poumons de la Terre. Le charbon qui nous sert à nous réchauffer en est issu tout comme certaines huiles, médicaments et autres papiers. Les forêts préservent intactes la proportion des gaz accumulés dans l’atmosphère et participent à la formation des pluies. Or ce que nous savons moins bien c’est que l’homme rase ces forêts de la carte terrestre par but lucratif comme il est question en Colombie. De même, certaines espèces s’abritant dans ces mêmes forêts sont irrémédiablement décimées par l’homme. Continuons. Nous savons que l’eau, premier élément existant sur la terre et citée à plusieurs reprises dans le Coran, nous fournit en sel alimentaire ainsi qu’en sels minéraux ou encore en perles « C’est Lui qui soumet la mer afin que vous en mangiez une viande fraîche et que vous en sortiez une parure que vous portez […]» (Les Abeilles, S16 V14). Or ce que nous savons moins bien c’est que ces mêmes mers sublimées par le Livre Sacré se transforment progressivement en dépotoir au gré des diverses pollutions et autres marées noires. « La corruption est apparue sur terre et dans la mer pour ce que les gens ont acquis de leurs propres mains afin qu’Il leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont fait, peut-être reviendront-ils. » (Les Romains, S30 V41)

Si sensibiliser les esprits par les drames actuels qui se déroulent sous nos yeux est une forme de lutte évidente contre une léthargie terrifiante, l’autre aspect de cette lutte est de reconsidérer nos mauvaises habitudes quotidiennes. Dieu a fait de l’homme le lieutenant de la terre et cette responsabilité exige une vraie implication. Quelques réflexes simples peuvent nous aider à protéger la nature et tenir compte des injonctions divines.

* LES DÉCHETS : ne pas jeter les détritus par terre même lorsque nous les considérons comme minimes (mégots, capuchons de bouteille, bout de papier, chewing gum…)
* L’EAU : éviter autant que possible le gaspillage même voire surtout lors des ablutions selon le hadith de Prophète (PSL) « le Prophète (PSL) passa un jour près de Sa’d qui faisait ses ablutions, « Que signifie ce gaspillage, Sa’d ? » lui dit-il. « Peut-il y avoir du gaspillage dans les ablutions ? – Oui, répondit le Prophète, même si tu te trouves au bord d’un cours d’eau. » (rapporté par Ibn Mâja).
* RESPECTER LA FAUNE ET LA FLORE : ne pas faire souffrir les animaux et faire preuve de bonté envers eux ainsi que planter autant que faire se peut des arbres car « Si la fin du monde venait à survenir alors que l’un d’entre vous tenait dans sa main une plante, alors s’il peut la planter avant la fin du monde, qu’il le fasse ! » (Rapporté par Ahmad).

Nous souhaiterions conclure en rappelant que le souci écologique est un devoir du Musulman puisque le respect de l’environnement fait entièrement parti du devoir religieux. Le défi à relever est de trouver en nous assez de sagesse pour parvenir à un équilibre entre nos désirs et nos devoirs.

Le Prophète (PSL) a dit « Chaque musulman qui plante une plante [arbre ou autre], alors tout ce qui en sera mangé sera compté pour ce musulman comme acte de charité. Tout ce qui en sera volé sera compté pour lui comme acte de charité. Tout ce qu’un animal en mangera sera compté comme acte de charité. Tout ce qu’un animal en mangera sera compté comme acte de charité. » (Rapporté par Muslim).

Et si nous apprenions à avoir la main verte !

18 janv. 2010

Le respect de la Nature au cœur du Coran

Par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu

Cosmos, Nature… Selon le Livre sacré, la Création tout entière a pour fonction la louange divine. C’est le sens profond de la Présence dans toutes les formes de la vie. Le rythme des astres, leurs trajectoires, la variation des vents, les nuages soumis entre le Ciel et la Terre, les animaux offerts aux hommes pour assurer leurs transports, leurs vêtements et leur nourriture, les légumes et les fruits proposés en abondance… Tout ce qui nous entoure dans la Nature est manifestation de l’Esprit créateur. Il se cache jusque dans le rythme hyper ralenti des minéraux, comme le découvre la physique quantique. Oui, selon le Coran, les montagnes ont aussi une âme.

Les versets « écolos »
Le Coran propose de nombreuses réponses aux questions écologiques actuelles. Plus de trois cents versets ont un rapport direct avec ce thème du respect de la Création sous toutes ses formes. Dès la sourate « La Vache », l’exhortation commence [s. 2, v. 60] : « Mangez et buvez des dons que Dieu vous a octroyés ; ne semez pas le trouble sur la Terre ! » La sourate « Les Bestiaux » enchaîne [s. 6, v. 38] : « Nulle bête rampant sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne vive en société à l’instar de vous-mêmes. Et nous n’avons rien omis dans le Livre éternel. Puis c’est vers leur Seigneur qu’ils feront tous retour. »

À travers la lecture de ces versets, un principe ressort de manière récurrente : Dieu a mis la Terre, les animaux, la Création au service de l’homme, qu’il a institué sur Terre comme lieutenant, vicaire de Dieu (khalîfa, en arabe) [Coran, s. 2, v. 30]. Par cet acte, Il témoigne son amour à l’humanité. En même temps, ce dépôt confié à l’homme constitue une grande responsabilité : l’être humain devra en répondre devant le Créateur le Jour de la résurrection.

Le vivant
Comment nous comportons-nous à l’égard de la Création et des créatures ? Nous avons perdu le sens du vivant, estime le cheikh Khaled Bentounès dans son dernier ouvrage, La Thérapie de l’âme (Éd. Koutoubia).

Il rappelle l’histoire de Salomon et des fourmis [Coran, s. 27, v. 18-19], que le roi sauve en les prévenant du danger d’écrasement qui les guette. « Lorsque l’alchimie du vivant s’opère en l’homme, la Création devient semblable à une symphonie musicale ou à une équation mathématique, dont il est possible de déchiffrer et de comprendre le langage. Nous prenons conscience que nous ne faisons plus qu’un avec la Création et que nous sommes capables de lire en elle tous les signes subtils qu’elle recèle », écrit le cheikh.

Hélas, les hommes ont perdu leur relation sacrée avec la Nature et les conséquences commencent à s’en faire sentir.

Menaces
Devant les viols incessants, au nom du profit, de ce que l’on pourrait appeler les « droits de la
Nature », le commandant Cousteau déjà s’inquiétait : « Sommes-nous en train d’assister au commencement de notre inéluctable génocide ? » La députée européenne Éva Joly annonçait récemment qu’il y avait 100 000 réfugiés par jour sur la planète à cause du dérèglement climatique, dû en partie aux activités humaines.

Certes, la démographie croissante du globe − nous sommes plus de 6 milliards d’habitants − en est responsable, mais les hommes ont pris l’habitude d’assujettir la Nature sous toutes ses formes pour augmenter leurs profits. Ils spéculent en Bourse sur les denrées et affament ainsi une partie de l’humanité, condamnant la Terre et ses créatures vivantes à l’extinction.

Tristesse
L’harmonie nécessaire entre l’homme et la Nature est rompue. Plutôt que d’être ses gardiens, les hommes, éternels colons, ont asservi la Terre. Si l’on considère avec Rûmî ou Ibn Arabî qu’il y a un lien étroit entre la moindre de nos cellules et l’Univers tout entier, les hommes ont de quoi s’inquiéter : ils ont transgressé le pacte qui les relie au Créateur, failli dans leur mission.

Et, sur ce point, chaque croyant est responsable. Comment mange-t-il ? Quelle eau consomme-t-il ? Comment gère-t-il ses déchets ? Utilise-t-il ou consomme-t-il des pesticides ? Est-il conscient des conséquences de ses choix alimentaires sur sa santé et sur l’environnement ? Quel est son bilan de CO2 ? Combien de km parcourt-il avec sa voiture ?

Poésie
Khalil Gibran répond en poète dans La Voix du maître : « J’ai entendu le ruisseau se lamenter comme une veuve pleurant son enfant mort et j’ai demandé : “Pourquoi pleures-tu, mon pur ruisseau ?” Et le ruisseau répondit : “Parce que je suis contraint d’aller à la ville où l’homme me méprise et me préfère les boissons plus fortes et fait de moi le réceptacle de ses déchets, souille ma pureté et change ma qualité en ordure.” Et j’ai entendu les oiseaux se plaindre et j’ai demandé : “Pourquoi pleurez-vous, mes beaux oiseaux ?” Et l’un d’eux s’approcha, se percha au bout d’une branche et dit : “Les enfants d’Adam viendront bientôt dans ce champ avec leurs armes mortelles et nous feront la guerre comme si nous étions leurs ennemis. Nous nous disons adieu car nous ne savons pas lequel d’entre nous échappera à la rage de l’homme. La mort nous suit partout où nous allons.” Je me suis demandé : “Pourquoi l’homme détruit-il ce que la Nature a construit ?” »


Fassad
Selon le Dr Hussein A. Amery, de la Colorado School of Mines, « tout ce qui dégrade le bon fonctionnement des règles [naturelles] actuelles du monde terrestre est fassad, c’est-à-dire crée un déséquilibre dans le mode de vie agréable des humains ». Fassad, c’est – peut-on lire dans le dictionnaire (Al Munjid, 1994) − prendre une chose de manière injustifiée et injuste. On peut tout simplement dire : corruption…

Un khalife missionné par le Créateur évite le fassad, puisque le Coran [s. 2, v. 11] appelle l’homme à ne pas commettre le mal sur la Terre. Le problème qui s’annonce est de taille pour l’humanité. Le Livre sacré poursuit : « La corruption est apparue sur la terre et dans la mer du fait des agissements des hommes. Dieu leur fera expier une partie de leurs péchés, afin qu’ils reviennent peut-être de leurs erreurs. »

Et la sourate « Le Tonnerre » [s. 13, v. 25] pourrait servir de conclusion : « Ceux qui violent le pacte de Dieu après s’y être engagés, qui sèment la corruption sur la Terre, ceux-là seront voués à la plus détestable des demeures. »

Source: www.saphirnews.com