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4 juil. 2010

L’echec de l’équipe de France ; révélateur ?

Par Hassan SAFOUI

Le traitement de ce qu’il convient d’appeler « le psychodrame » de l’équipe de France est révélateur. Les rebondissements et la crise que notre équipe a connus ne sont pas le reflet de la société française, ni de son malaise. Ces faits, ne sont que des faits divers qui se sont produits à l’intérieur du microcosme organisé et formé d’une poignée de dirigeants et de joueurs fussent-ils les meilleurs de France.

Ce qui est révélateur c’est le traitement médiatique, et politique qui en est fait. Comment a-t-on pu faire croire et répéter à l’envie, que la France doit avoir honte, que les valeurs de la France ont été bafouées, que notre « pays » a mal, à cause du comportement des seuls dirigeants et stars de l’équipe nationale ? Depuis quand se permet-on de réduire l’image de tout un pays aux performances de son équipe ? Après l’insulte qu’un joueur capé de l’équipe aurait, selon la presse, adressé au sélectionneur national, nous nous sommes retrouvés devant un traitement plus qu’infantilisant : « c’est scandaleux parce que le sport ce n’est pas ça…Le sport c’est le respect des valeurs, c’est l’esprit de ……etc"

Bref, de grandes phrases pour faire supporter à des footballeurs toutes les tares d’un encadrement basé plus sur l’argent et le sponsoring, que sur l’éducation, puisqu’à la base, on ne demande aux joueurs qu’une chose : marquer des buts pour renflouer les caisses de leurs clubs. Il est donc naturel qu’ils réclament leur part du magot.

Il est d’ailleurs étonnant qu’on réclame à ces joueurs, ce qu’ils ont fini par faire, de renoncer à leur primes et à leurs indemnités. Il doit y avoir en France plein de millionnaires qui, malgré la manière peu recommandable dont ils ont amassé l’argent, personne n’osera leur demander de payer. Pour les footballeurs dont la majorité sont nés sans cuillère en argent, c’est différent, on ne peut jouer dans la cour des millionnaires sans être à chaque fois sommé de se justifier..

Avec la légalisation des jeux de hasard sur internet, le foot reste un sport de référence pour soutirer l’argent aux nigauds prêts à miser une grande part de leurs pauvres salaires, en prédisant la victoire de telle ou telle équipe, pour le plus grand bien des entreprises qui commercialisent ces jeux …

Le foot professionnel n’est pas une école de valeurs, en tout cas ce n’est pas ce qu’on est sensé en attendre, c’est, avant tout, un grand marché où des joueurs s’achètent, et se prêtent, ou des paris tarifés sont lancés, et il serait, à mon sens, hypocrite de l’ériger en sport incarnant les valeurs et l’image de la France.


Autre symptôme que cette triste prestation de l’équipe nationale a révélé, c’est le racisme de certains intellectuels et journalistes. En effet, lorsqu’en 98, la diversité de l’équipe nationale a été saluée, la liesse populaire fût historique, tellement la victoire a fait taire les sentiments négatifs inavouables.

En 2010, après la défaite cuisante, cette diversité est mise à l’index, la banlieue, origine de plusieurs joueurs et méprisée. Un auteur ose proférer des insultes contre les joueurs, tout en leur reprochant la mauvaise éducation, un journaliste soulève la conversion à l’islam de certains joueurs, suggérant l’amalgame entre la défaite morale et footballistique de la France, et l’Islam.

La défaite est donc morale, le respect de la dignité des citoyens est bafoué, une religion insultée, sans que cela n’émeuve personne.
Dans ces temps de crise, on croirait qu’un blanc seing a été accordé pour faire la chasse aux voix les plus racistes et les plus extrêmes au point que celles-ci voient leur contrats sur les grands médias renouvelés, et leur haine, sans freins, déversée.

Après cela, on demande aux joueurs de représenter la France….

La France montre des signes d’échec et d’essoufflement moral, ce qui en est révélateur, ce sont les intellos en faillite, les politiques pyromanes à qui on donne la libre parole jour après jour. Dans cette masse d’enfants de la France ingrats, les quelques joueurs qui auraient dérapé ne sont qu’une minorité….


Source: www.uoif-online.com

24 juin 2010

Politisation et ethnicisation du football. Le ridicule touche moins l’équipe de France que certains de ses commentateurs

Marwan MOHAMMED & Laurent MUCCHIELLI
Sociologues, chercheurs au CNRS

Contre le Brésil en finale de la Coupe du monde 1998, les deux coups de tête victorieux de
Zidane étaient français, marseillais et populaires, des buts « black-blanc-beur ». Le Pen était
alors bien ridicule et bien raciste à dire qu’il n’y avait pas assez de blancs dans cette équipe.
Contre l’Italie en finale en 2006, c’était un coup de tête Kabyle, un coup de tête de cités, pour
l’honneur. Mais on excusait le moment de faiblesse du héros national. En 2010 en revanche,
aucune pitié, c’est l’hallali et ce sont des analyses qui finalement se rapprochent de celles du
Le Pen de tout à l’heure.
Alain Finkielkraut, figure de l’intelligentsia néoconservatrice parisienne, voit dans la déroute
morale et humaine de l’équipe de France de football, le résultat d’une « division ethnique » et
« religieuse », la conséquence de la présence et de l’action négative d’une « équipe de voyous
qui ne connaît qu’une seule morale : celle de la mafia », d’une « génération caillera », « de
gens qui se foutent de la France ». Et ses propos ne sont pas isolés. Sous des formes plus
« soft », ces questions font en réalité le tour des rédactions de presse ces derniers jours. Nousmêmes
avons été sollicités à plusieurs reprises pour nous prononcer sur la dimension raciale
et sur le côté « racaille de banlieues » des problèmes de l’équipe de France. Et nous sommes
proprement scandalisés par ce pseudo-débat, qui menace de nous ridiculiser bien plus que le
comportement des joueurs sur le terrain.
D’abord ce défoulement relève du café du commerce, il ne repose sur aucune analyse
sérieuse. Dans leurs clubs européens, les Bleus sont des grands joueurs au palmarès
impressionnant et au professionnalisme reconnu. On se les arrache à prix d’or. Mais tout d’un
coup, dans la déconfiture hexagonale actuelle, ils sont réduits à leur couleur de peau et à leur
milieu social d’appartenance réel ou fantasmé. Il y a actuellement 10 « blancs » en équipe de
France et 13 « noirs ». Parmi les 13 « noirs », 7 sont originaires des DOM-TOM et 6 d’origine
africaine. Sur les 23 joueurs, seuls 5 sont nés en région parisienne. Enfin, d’un point de vue
religieux, la plupart ne se sont pas prononcés sur leurs appartenances ou non. Impossible donc
de conclure sur cette dimension qui serait centrale dans le naufrage des Bleus selon monsieur
Finkielkraut, expert bien connu en banlieues et en football. Et encore heureux qu’il n’y ait pas
d’Arabe dans cette équipe de « génération caillera » ! Nasri, Benzema et Ben Arfa n’ont pas
été sélectionnés. C’est que les Arabes, comme a dit un ministre de la République française,
« Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes »… Ouf,
on l’a échappé belle !
Ensuite cette obsession raciale nous semble révélatrice d’une très inquiétante évolution dans
le débat politico-médiatique. Cette façon de réduire les personnes et leurs actes à leurs
« origines » est extrêmement dangereuse et totalement odieuse. Cette façon d’identifier une
« racaille de cités qui sommeille » derrière tout jeune homme à la couleur de peau non
blanche est extrêmement dangereuse et totalement odieuse. Ces procédés nient les
personnalités et leur pluralité, ils traduisent un profond mépris pour les milieux populaires et
une forme de racisme en train de se banaliser. Enfin, et surtout, ces commentaires conduisent
à occulter ce que les observateurs avertis voyaient venir depuis au moins quatre ans, à savoir
les dysfonctionnements nombreux et cumulés dans la gestion sportive et humaine de cette
sélection. Là où, du fond de leur canapé, certains fantasment du racial, du religieux et de la
cité mafieuse, le moindre entraineur de foot amateur verrait une incapacité à gérer ce qui
constitue n’importe équipe de foot : des sous-groupes, des égos, des différences, de nombreux
antagonismes qu’il appartient à un staff, de la fédération jusqu’à l’entraîneur, de transcender
pour faire exister une dynamique de groupe.

23 juin 2010

Le fiasco des Bleus : du pain béni pour le Front national

En Afrique, l'équipe de France comptait de nombreux supporters. Sa campagne catastrophique et son comportement hors des terrains inquiètent, car ils vont être instrumentalisés par l'extrême droite, estime Kotch.


Que l'on se comprenne bien : le spectacle offert par les joueurs de l'équipe de France est indigne et les frasques de ces jeunes pourris de fric, aux ego qui tutoient la Tour Eiffel , sont inacceptables et condamnables. Pour avoir subi au Sénégal les turpitudes d'El Hadj Diouf et sa bande [Le meneur de jeu sénégalais avait mené son équipe en quart de final du mondial 2002. El Hadj Diouf avait plusieurs fois insulté des adversaires et leur avait craché dessus], on comprend que les supporters et les autorités françaises soient outrés par le comportement de joueurs qui oublient ce que c'est que de représenter une nation et de porter le maillot national.

Cela dit, certains commentaires entendus sur les chaînes de télé et radio de l'hexagone sur le psychodrame français au Mondial, sont du pain béni pour tous les adeptes de la France Bbr (Bleu blanc rouge) qui n'ont jamais accepté au fond la France Bbb (blanc black beur) de la génération des Thuram, Zidane et Deschamps. Et nul doute qu'avec les pantalonnades de la bande à Anelka, c'est le Front national qui se frotte les mains, ravi d'une telle aubaine pour alimenter sa nauséeuse propagande anti-immigrés. Déjà, avant même le début du Mondial, Marine Le Pen, digne héritière de son père, claironnait qu'elle ne se reconnaissait pas dans l'équipe nationale française, sous-entendant qu'elle la trouvait très peu gauloise.

Mais les saillies de Le Pen fille ne sont rien en comparaison des imprécations d'Alain Fikielkraut qui, déjà à l'époque de Zidane, trouvait que la composition de l'équipe de France était "black-black-black". Le philosophe médiatique multi-cartes ne s'est point gêné pour débiter tout le mal qu'il pensait des co-équipiers de Patrice Evra : "Une de bande voyous qui ne connaît comme morale que celle de la mafia", "onze petites frappes", "génération caillera" et le reste à l'avenant. Et Finkielkraut, histoire de se dédouaner et de contrer toute accusation de racisme, de donner en exemple Jean-Alain Boumsong, joueur issu de l'immigration et qui parle bien le...français !

C'est peut-être la faute la plus grave d'Anelka et compagnie. Ils ont réussi la prouesse de décomplexer la France des petits blancs réactionnaires et épouvantés par le métissage qui ont toujours estimé, mezza voce, que les valeurs de la France foutaient le camp avec la "sur-représentation" des Noirs dans son équipe nationale.


Source: www.courrierinternational.com