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18 avr. 2011

Témoignage : l’islam un bienfait pour la société

Par Emilie Nourra de Materner avec un grand Aime


Inutile de vous dire qu’aujourd’hui en France, être musulman n’est pas une sinécure. L’islam joue le rôle d’épouvantail pour des politiques incapables de proposer des solutions concrètes aux problèmes de notre pays. Certains d’entre nous se sentent abattus et rasent les murs, pour éviter d’attirer l’attention et d’éveiller la suspicion voire le mépris de leurs concitoyens. Ne pas faire de vague, vivre sa vie, point barre. D’autres en revanchent pensent, à juste titre je crois, qu’il est impératif d’être acteur de sa propre vie, un membre actif de sa communauté et de la société dans son ensemble. S’impliquer dans le milieu associatif, générer des emplois, créer des espaces d’échanges et d’information sur la toile ou ailleurs.

Nous sommes musulmans. C’est notre croyance, ce qui nous fonde. Nous avons tous également des compétences diverses, chacun à notre niveau, à adapter selon de nos tâches quotidiennes, nos obligations. Pourquoi ne pas nous servir de ces atouts dont nous disposons pour aller au-delà de l’intra-communautaire et tenter d’apporter notre contribution à la collectivité ? Inutile de s’assimiler, d’abandonner la Sunnah lorsqu’on s’investit pour les autres, de faire bonne figure en tentant de plaire à tout prix aux non musulmans. Je vais vous faire part de mon expérience personnelle.

D’une association communautaire

Je suis convertie à l’islam depuis une dizaine d’années. Militante depuis toujours. J’ai choisi l’islam pour religion et ce choix n’a fait qu’appuyer mon désir de partage et de discussion. Mon projet (qui est également celui de toutes celles qui m’ont rejointes par la suite dès les débuts de MM en 2004) s’inscrit dans une démarche non pas d’œcuménisme naïf mais plus dans un souci d’affirmer nos valeurs tout en étant ouvert aux personnes d’autres confessions (et à celles qui n’en ont pas).

D’abord un site puis un forum qui a vu naître des conversions de quelques unes de ses membres non musulmanes au fil des années. Une association et un blog ensuite qui mettent en avant une certaine conception de la parentalité à la lumière de l’islam, tout en offrant à ses membres ou à ses lecteurs des interventions, contributions, articles de personnes non musulmanes qui ont un savoir à transmettre dans un domaine qui leur est propre.

à une association ouverte à toutes les mamans

Au début, nous nous sommes présentées uniquement comme des « Mamans Musulmanes ». En effet l’idée était de mettre à disposition de ces mères des ressources sur le net pour informer non seulement sur l’éducation en islam mais aussi sur le maternage proximal. Nous avons compris rapidement qu’il fallait élargir cet horizon et accueillir toutes les mères, même si bien entendu, il n’était pas question de mettre de côté notre foi, bien au contraire. Il s’agissait tout simplement de traiter des thèmes liés à la maternité, à la naissance, à l’écologie, à la santé sous différents angles.

Ces thèmes n’intéressent pas que les musulmans, c’est une évidence. Pour une autre mère, une maman reste une maman, quelle soit musulmane, chrétienne ou athée. Notre manière de voir les choses est un plus à mon sens, qui peut aussi montrer que nous ne sommes pas des si différents des autres.

Nous sommes vues aujourd’hui comme des personnes à part entière, au-delà du voile. Pas toujours certes, mais cela se fait petit à petit. Lorsque nous intervenons sur des sites, ou dans des réunions, nous parlons en tant de femmes, nous partageons notre vécu et notre expérience. C’est une grande victoire car nous participons activement au débat et à la société sur des questions concrètes. Nous avons des choses à dire et elles sont entendues.

Chaque musulman aujourd’hui peut et doit mettre en valeur ses qualités non seulement au profit de la communauté mais aussi de la société toute entière. La meilleure des da’awa se fait par le comportement, wa Allahou’ alem. J’aime me dire que par un sourire avenant, un échange d’idées fructueux, la personne en face de moi aura une autre idée de mes coreligionnaires. J’aime me dire que ces petites choses, si nous nous réformons et si nous montrons le meilleur de nous même pourront renverser la vapeur. Loin des révoltes, des manifestations ou des discours politiciens, être soi-même et s’affirmer dans ce que l’on a de mieux en soi, c’est je le crois la meilleure manière d’avancer, in cha Allah.


Source : ajib.fr

30 mars 2011

La presse musulmane féminine décolle en Allemagne


Le lancement de nouveaux magazines de modes féminins destinés aux musulmanes renouvelle le genre. Des revues comme « Imra’ah » affichent désormais des femmes voilées en une et des sujets comme l’épilation féminine font leur apparition.


Des magazines féminins pour musulmanes commencent à voir le jour en Allemagne. Entre clichés et tabous, ces revues veulent apporter leur contribution au virulent débat sur l’intégration qui secoue le pays depuis des mois. Loin des « Elle », « Brigitte » et « Jolie » et de leurs mannequins à boucles blondes, « Imra’ah » (« Femme » en arabe) présente en une des femmes qui portent le voile.

Une représentation négative

Le magazine, lancé à l’été 2010, se présente comme le premier féminin allemand pour musulmanes. « La presse féminine est abondante en Allemagne mais quand on est une musulmane pratiquante, on n’est représenté dans aucune de ces publications », explique la fondatrice du journal, Sandra Adeoye. « Dans nos pages mode, les femmes n’ont pas les épaules dénudées, ne portent pas de mini-robes ou de jupes courtes », détaille-t-elle. Les robes des mannequins sont élégantes et longues, ornées parfois de strass. Les 3,8 à 4,3 millions de musulmans que compte l’Allemagne - soit entre 4,6 % et 5,2 % de la population - sont encore largement sous-représentés dans le monde politique ou économique. « Je suis une musulmane convertie, quand j’ai commencé à m’intéresser à ma religion, je me suis aperçue à quel point l’islam est présenté de manière négative dans les médias occidentaux », souligne Sandra Adeoye, fille d’une Allemande et d’un Nigérian. « Elles ne sont évoquées que lorsqu’elles sont victimes de violences domestiques ou quand elles sont contraintes de porter le voile », renchérit la directrice de publication de « Gazelle », Sineb El Masrar. Ce magazine, lancé en 2006, s’adresse plus généralement aux immigrées dans leur grande diversité et tente de privilégier une approche intellectuelle. La revue, publiée jusqu’ici seulement deux fois par an, a par exemple consacré un long article aux couples binationaux : « Moi, la musulmane et mon conjoint allemand » avec les témoignages d’une Turque et d’une Iranienne mariées à des Allemands.

Les Allemandes n’ont pas de problèmes d’épilation

D’autres périodiques, notamment sur l’internet, tentent de voir le jour, comme Cube-mag qui veut « renforcer l’identité des jeunes musulmans. » Dans les rubriques plus classiques telles que la mode ou les cosmétiques, ces médias féminins veulent aussi imposer leur différence. « On trouve dans les magazines allemands des recettes avec du porc ce qui évidemment pose problème pour une musulmane », détaille Sandra Adeoye. Et Sineb El Masrar de rire : « Prenez le problème de l’épilation. Les Allemandes n’ont pas du tout cet immense problème de pilosité qu’ont les femmes des pays du Sud! »


Source : http://fr.zaman.com.tr/

21 mars 2011

Islam, laïcité: les femmes instrumentalisées

Par Fatima Lalem

Est-il nécessaire de rappeler, alors que la journée de la femme s'est tenue tout récemment, qu'en France comme dans de nombreux autres pays dans le monde, il reste de nombreux droits à acquérir et à défendre pour les femmes? Les enjeux liés aux droits des femmes sont en outre réactualisés à travers les mouvements révolutionnaires actuels au Maghreb et au Machrek: faut-il rappeler que bon nombre de femmes qui se battent dans ces pays entendent inscrire le principe de laïcité et des droits des femmes comme un enjeu central pour le combat démocratique?

Dans le même temps, ici en France, on voudrait porter un débat sur l'islam en utilisant, encore une fois, les arguments de la place des femmes et de la laïcité pour le justifier. Qui peut être dupe de cette énième instrumentalisation?

Voilà qu'après avoir pris pour cible l'été dernier les Roms et les gens du voyage, après avoir voulu créer, de fait, deux catégories de citoyens en souhaitant déchoir de la nationalité des Français d'origine étrangère, après nous avoir imposé un débat sur l'«identité nationale», prétexte à tous les amalgames et tous les dérapages, ce pouvoir s'apprête encore à jeter nos compatriotes les uns contre les autres. Nous n'avons pas besoin de ce débat qui risque de stigmatiser une partie de nos compatriotes, mais d'une véritable action politique qui favorise le respect de nos valeurs républicaines et de nos lois, au premier rang desquelles le principe constitutionnel de l'Egalité entre les femmes et les hommes.

Si l'une des préoccupations de ce gouvernement était réellement la promotion de cette égalité, alors pourquoi ne compte-t-il ni ministère dédié ni même un secrétariat d'Etat aux droits des femmes?

Ce que demandent les femmes, c'est une égalité salariale garante de leur autonomie alors qu'aujourd'hui encore leur salaire moyen est inférieur de 20% à celui des hommes. Revendication très ancienne... puisque la première loi évoquant la parité salariale date de1972! Elles veulent pouvoir vivre décemment alors qu'elles sont six fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel, deux fois plus nombreuses à occuper des emplois précaires et que leur pension de retraite est inférieure de 42% à celle des hommes.

Ce qu'elles demandent à nos gouvernants, c'est qu'ils agissent concrètement pour que, dans nos quartiers, l'égalité entre femmes et hommes soit une réalité tangible, pour que les droits des femmes ne soient pas niés au nom de la tradition ou de l'obscurantisme comme cela est trop souvent le cas.

Ce qu'elles demandent, c'est que sur tout le territoire national, il soit possible pour une jeune fille, quelle que soit son origine ou sa religion, de faire les études qu'elle souhaite et de fréquenter qui elle désire.

Ce qu'elles demandent, c'est de pouvoir, sans entraves, disposer librement de leur corps. C'est que la loi sur l'IVG soit vraiment appliquée, alors même que la récente réforme hospitalière, guidée par la seule rentabilité économique, impose des restructurations et des coupes budgétaires qui mettent gravement en cause ce droit chèrement acquis.

Ce qu'elles demandent c'est la possibilité d'accéder aux responsabilités, tant dans l'entreprise que dans la vie politique, alors qu'aujourd'hui, en France, seulement un député sur cinq est une femme.

Ce qu'elles demandent, c'est une action déterminée pour que cessent les violences faites aux femmes. Celles-ci étaient censées être la «grande cause nationale de 2010», mais force est de constater que les structures d'information, de prévention et d'accueil sont sous-dotées par l'Etat et qu'aujourd'hui, en France, une femme meurt encore tous les 2 jours ½ sous les coups de son compagnon.

Certains me rétorqueront que ce débat sur l'islam a surtout pour but de rappeler l'importance du principe de laïcité dans notre pays et de dénoncer l'intégrisme musulman qui s'attaque systématiquement aux femmes et défigure le vrai visage de l'islam. Qui peut croire que ce débat résoudrait ces problèmes?

Le combat pour un islam républicain mérite mieux que cette volonté de désigner une sorte d'«ennemi» de l'intérieur. Il faut rappeler qu'il existe un islam de la République, compatible et respectueux de celle-ci, qu'il faut protéger et défendre tout en étant d'une extrême fermeté contre toutes les tentations communautaristes qui sont autant de sources de morcellement pour notre société.

Je ne peux m'empêcher de mettre en parallèle la velléité répétée de ce gouvernement et du parti présidentiel à inscrire des débats qui ciblent les musulmans et leur attitude pour le moins très distanciée face aux mouvements révolutionnaires qui ont secoués les sociétés tunisiennes, algériennes, égyptiennes et libyennes.

Comment peuvent-ils rester aveugles face à ces femmes qui, loin de vouloir être considérées comme des victimes, se sont battues et continuent à se battre pour leurs droits et leurs libertés en refusant d'êtres condamnées à la sphère intime? Comment ne pas voir combien les femmes tunisiennes luttent actuellement pour sauvegarder leurs acquis, réclamer de nouveaux droits et instaurer la séparation du religieux et du politique dans leur pays? Comment ne pas voir le combat des femmes algériennes luttant pour leur liberté et demandant à cor et à cri l'abolition du Code de la famille inspiré de la charia? Ces femmes qui luttent pour la démocratie sont les premières à être vigilantes et à refuser de se voir dépossédées des révolutions qu'elles ont contribué à mener. Actrices de l'effondrement des régimes de Ben Ali ou de Moubarak, elles ne laisseront pas l'avenir de leurs pays se faire sans elles.

Il faut cesser de vouloir à tout prix instrumentaliser les combats des femmes. A contrario, il est urgent et fondamental pour notre République de répondre à leurs aspirations et à leurs revendications légitimes.


Source : http://blogs.mediapart.fr

Jupe et string obligatoires

Par Alain Gresh

Il fut un temps, pas si lointain, où les jeunes filles de notre douce France fréquentaient des lycées (non mixtes) en jupe, les pantalons leur étant strictement interdits. Les temps ont bien changé. Aucune tenue ne choque plus personne.

Pourtant, la tenue des jeunes filles semble redevenir un enjeu majeur : à partir de quelle longueur de robe celles-ci sont-elles vraiment « libérées » ? Faut-il montrer ses genoux pour faire la preuve que l’on est « libérée » ? Ou bien la mini-jupe serait-elle le seul signe de « libération » ? Ces angoissantes questions hantent l’administration d’un lycée de la région parisienne.

Comme le rapporte un communique du Collectif contre l’islamophobie en France (« Des lycéennes convoquées pour... port de robe longue unie ! ») :

« Après les propos nauséabonds de Marine le Pen sur les prières musulmanes, après l’ingérence de l’Etat dans les affaires religieuses avec le débat sur l’Islam, après la sortie scandaleuse du ministre de l’Education Nationale sur les mères musulmanes accompagnant les sorties scolaire, c’est au tour du Lycée Auguste Blanqui, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) d’être le théâtre d’un nouveau scandale islamophobe. Depuis quelques jours, plusieurs lycéennes sont convoquées, l’une après l’autre, par la proviseure adjointe et la CPE, parce qu’elles portent…une robe longue unie ! »

Le site Soutien Palestine (« Musulmanes, ôtez cette robe longue qui nous insupporte », 15 mars) rapporte le témoignage de ces jeunes filles :

« Ce mardi matin, une élève de seconde est venue à la rencontre d’une autre jeune fille scolarisée pour sa part en classe de terminale, afin de lui faire part de ce qu’elle avait péniblement vécu vendredi dernier au sein de l’établissement. Celle-ci lui a rapporté avoir été convoquée par la proviseure adjointe du lycée ! L’objet de cette convocation était la ferme condamnation du vêtement portée par cette élève, à savoir une longue robe unie ! La proviseure adjointe lui a signifié qu’au nom du règlement intérieur de l’établissement qui applique le principe de laïcité en vigueur en France, elle ne pouvait pas arriver ainsi vêtue au sein de son établissement scolaire ! Explication de la proviseure : “Cette jupe longue ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste” !!! » (...)

Plus tard, dans la matinée, une jeune fille de terminale a été convoquée alors qu’elle était en cours de philosophie. « Première convocation durant toute sa scolarité au bureau d’un proviseur ! Sont présentes dans le bureau, la proviseure adjointe et la CPE. Motifs avancés ? Les mêmes que ceux présentés la semaine dernière pour la jeune fille de seconde. Le déroulé de cette rencontre : “Si je te convoque, c’est à cause de ton vêtement. Voilà, je te lis le passage du règlement intérieur sur la laïcité.” Mme la proviseure adjointe faisant remarquer que la robe longue de la jeune fille faisait référence à une religion, qu’il permettait de déterminer de quelle religion elle était, et que elle, Mme la proviseure, savait très bien pourquoi elles, toutes ces jeunes filles, portaient ce type de vêtements etc. etc. Et la jeune fille de répondre que non, il ne s’agit pas d’un vêtement religieux. Et la CPE, assez silencieuse pendant tout l’entretien, de reprendre : “Oh que si !” »

« Au cours de cette séance qu’elle a qualifiée de “violente moralement”, la jeune fille a remarqué qu’il y avait devant la proviseure une feuille sur laquelle était écrit une liste de noms de filles, dont le sien, censées subir ce même entretien. La jeune fille a demandé à la proviseure à partir de quels critères cette liste de noms de filles musulmanes avait-elle été constituée ; on lui a répondu que cela ne la regardait pas. La réalité que les jeunes filles nous ont expliquée aujourd’hui est que l’administration surveille de très près les élèves qui portent le voile à l’extérieur de l’établissement et qui sont obligées de l’enlever à l’entrée du lycée ! Similitude frappante et déconcertante avec la surveillance engagée envers les personnes que l’on soupçonnait d’être juives à une certaine époque dans notre pays. » (...)

(...) « Un certain nombre de jeunes filles qui ont eu vent de cette affaire ont refusé d’aller en cours disant que l’urgence était de débattre de ces faits qui ont provoqué chez elles une très grande indignation. Elles se sont rendues en salle de permanence afin de pouvoir en débattre entre elles. Peu de temps après, sont arrivées les trois CPE de l’établissement, la proviseure et la proviseure adjointe. Message envoyé à toutes les rebelles : toutes celles qui étaient en retard à leurs cours ou celles qui avaient décidé de ne pas s’y rendre devaient les suivre ! »

« Les jeunes filles sont donc conduites dans une des salles du lycée ; ce n’est pas un débat qui aura lieu mais bien un “monologue”, selon elles, durant lequel les cheffes auront tout le pouvoir de faire savoir à celles qu’elles qualifient “d’insolentes”, “d’immatures”, ce qu’elles pensent de ces vêtements qualifiés de religieux. “Que signifie donc cette rébellion ?”, “Comment peuvent-elles oser ?” “Ces vêtements sont interdit un point c’est tout ; c’est la laïcité, c’est le règlement… Et être habillées de la sorte est ostentatoire”, a déclaré religieusement Mme la proviseure, nouvelle ambassadrice de la religion laïque au sein de cet établissement. Que “décidément ce n’est pas un style que d’être vêtues de la sorte”. Que “regardez-moi avec ma veste et mon jean”, ça c’est un style !” “Ah bon vous êtes styliste ?”, rétorque, agacée, une des jeunes filles présentes. Silence de la proviseure. Et plus le temps passe, plus les cheffes à cours d’arguments commencent à s’enliser. “Comment ça se passe quand c’est la mode des jupes longues ?” demandent les élèves. “Elles ont droit ou pas le droit, les filles, de les porter ?” “Vous savez bien que ce n’est pas la même chose ! En haut elle porte un petit chemiser, un petit tee-shirt avec des bretelles ; ce n’est pas la même chose !” “C’est ce vêtement tout noir.” “Ah bon ! C’est la couleur maintenant qui vous pose problème ?!”... »

Le lendemain s’est déroulée une autre réunion, avec les parents des élèves, tout aussi hallucinante (« Dis-moi ton prénom, et je te dirai si ta robe longue est ostentatoire ! », 16 mars), d’où il ressort que les jeunes filles concernées seront confinées au CDI, en attendant que la hiérarchie tranche... Exclure, exclure, exclure. Au nom de la laïcité, en plus...

Ce qui indigne l’animatrice du site féministe décapant Les Entrailles de Mademoiselle, qui, dans un billet intitulé « Sois blanche et tais-toi ! » (17 mars), écrit :

« Ne pourrait-on pas demander à ces jeunes femmes de changer de prénom, afin de s’appeler Caroline, “comme tout le monde” ? Ne pourrait-on pas demander à ces jeunes femmes d’arborer un épiderme bien blanc, “comme tout le monde” ? »

« Parce que, comme le dit Môssieur Guéant, “Les Français (...) ne sont pas xénophobes. Ils veulent que la France reste la France.” (Le Monde du 15 mars 2011). »

« Ah, la France éternelle, son pâté, son camembert, ses colonies... »

« Mademoiselle pense donc qu’il faudrait de toute urgence légiférer de manière à rendre obligatoire le port de signes ostensible de francitude. Ainsi, tout(e) lycéen(ne) désireux(se) de montrer son amour de la Patrie et de la Laïcité devrait désormais venir au lycée en arborant :

Un jambon beurre et sa serviette à carreaux »

Dans le climat nauséabond du débat sur l’islam, les mesures de ce type se multiplient et contribuent à créer les conditions d’une progression de Marine Le Pen. N’est-ce pas le ministre de l’éducation Luc Chatel, qui a pris une décision héroïque et a interdit aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires – décision qui sera sans doute contestée devant le Conseil d’Etat (lire Stéphanie Le Bars, « Luc Chatel ne veut pas de mères voilées pour accompagner les sorties scolaires », LeMonde.fr, 3 mars). Cette décision aura au moins un effet positif : renvoyer dans leurs foyers ces femmes qui cherchent à s’intégrer aux activités scolaires, un pas décisif dans la voie de leur émancipation.

Quant à l’égalité hommes-femmes, elle pourra toujours attendre dans un pays où 85% des députés sont des hommes, où l’inégalité des salaires est flagrante, où la violence contre les femmes persiste.


Source : http://blog.mondediplo.net

25 déc. 2010

Toujours plus soumises ! Les NPNS, « ambassadrices » d’Eric Besson

Par Sylvie Tissot

On pourrait n’y voir qu’une basse manœuvre politique, une manière pour l’actuelle présidente de Ni Putes Ni Soumises de se désigner comme remplaçante éventuelle de Fadela Amara dans un gouvernement remanié. Il y a malheureusement plus grave dans la convention signée entre l’association dite féministe et le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale pour promouvoir la « laïcité » et les « valeurs de la République ». 15 « ambassadrices » doivent en effet être dépêchées à grands frais (80000 euros) dans les « quartiers » pour faire avancer l’égalité hommes / femmes, notamment en convainquant les femmes portant le niqab de l’enlever. Loin de mettre le gouvernement au service d’une cause féministe qui n’aurait pas de couleur politique comme elle le clame, Sihem Habchi continue en réalité à livrer sur un plateau l’alibi féministe dont le racisme d’Etat est si friand.

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Toujours plus soumises !

Les NPNS, « ambassadrices » d’Eric Besson

par Sylvie Tissot, 2 novembre

On pourrait n’y voir qu’une basse manœuvre politique, une manière pour l’actuelle présidente de Ni Putes Ni Soumises de se désigner comme remplaçante éventuelle de Fadela Amara dans un gouvernement remanié. Il y a malheureusement plus grave dans la convention signée entre l’association dite féministe et le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale pour promouvoir la « laïcité » et les « valeurs de la République ». 15 « ambassadrices » doivent en effet être dépêchées à grands frais (80000 euros) dans les « quartiers » pour faire avancer l’égalité hommes / femmes, notamment en convainquant les femmes portant le niqab de l’enlever. Loin de mettre le gouvernement au service d’une cause féministe qui n’aurait pas de couleur politique comme elle le clame, Sihem Habchi continue en réalité à livrer sur un plateau l’alibi féministe dont le racisme d’Etat est si friand.

Entre le style grande gueule pseudo popu de Fadela Amara, la posture belle-ingénue de Rama Yade et le registre séducteur mi odalisque, mi grande bourgeoise d’une Rachida Dati, Sihem Habchi est sans doute en train d’inventer une nouvelle figure de la femme racisée cooptée par l’homme blanc : la gentille fille simple, émotive, prête à laisser parler son coeur.

Comme ses aînées, elle sait jouer la beurette reconnaissante, mais prête à pousser un « coup de gueule » pour rappeler à la République que l’émancipation des filles des banlieues passe avant tout par la répression des « garçons arabes ». Elle manie très bien la langue de bois, celle des « valeurs qui nous rassemblent » et de la « lutte contre le communautarisme ». Chez Sihem Habchi, le joker de NPNS – évacuer toute discussion argumentée au nom d’un « terrain » que ses interlocuteurs/trices connaissent forcément moins bien qu’elle – n’est jamais loin. Elle connaît en outre la tactique éprouvée de ceux et celles qui sont passés du côté du pouvoir mais continuent à jouer la carte des outisders : se présenter comme une victime prête à tout subir – même les postes lucratifs et les subventions publiques ! – pour faire avancer la cause à laquelle elle s’est dévouée corps et âme. « Oui, je suis un peu tête brûlée », déclare-t-elle pour commenter son nouveau job chez Besson [1].

Surtout, personne avant elle n’avait su, avec une ferveur totalement dénuée de scrupules et un bluff hallucinant, jouer autant la femme soumise et fragile qui va chercher refuge dans les bras de la grande République virile. Bien avant d’être nommée « ambassadrice » de Besson (un mot qui en dit long sur la position subordonnée qu’accepte d’endosser l’association), Sihem Habchi avait offert, lors d’une audition devant la commission Raoult-Gerin consacrée au « problème de la burqa », une prestation étonnante. Pour tout dire, une performance, dans tous les sens du terme. Entre la séquence surprise (Sihem Habchi enlève sa veste, lors d’un striptease très, très peu féministe, pour dénoncer, épaules nues, la revendication de « pudeur » des femmes musulmanes) et la séquence émotion (Mademoiselle éclate en sanglots à l’évocation des « grands frères » que « la République » a laissé régner dans les « quartiers »).

Et pour que les places de chacun-e soient claires, l’auditionnée affirme, éperdue de gratitude envers les députés résolus à sévir face aux femmes portant le niqab, que seule la France pourra résoudre le « problème ».

Une fois passées la sidération et une franche envie de rigoler devant tant de culot et un spectacle il faut le dire grand-guignolesque, la consternation l’emporte – mais aussi l’écœurement à voir le sourire de contentement d’un André Gérin conforté dans son rôle d’émancipateur des pauvres femmes aliénées.

Il faut pourtant absolument voir cette vidéo. Car elle en dit long sur ce à quoi est prête Sihem Habchi – pour le dire clairement : aux formes de servilité les plus antiféministes. Elle éclaire ainsi le tournant que marque cette convention passée avec le ministère de Besson, rappelons-le : « ministère de l’identité nationale ». Elle s’inscrit dans la continuité du « féminisme d’Etat », dont le gouvernement se sert pour justifier la répression dans les banlieues et les rafles et expulsions de sans-papiers. Un féminisme qui a su tracer la frontière entre deux zones géographiques :

- d’une part les quartiers dit « sensibles » (fameux terme repris dans la convention signée par NPNS), minés par le sexisme et la violence faite aux femmes ;

- d’autre part la République française où, pour reprendre l’expression de Sarkozy commentant l’agression de Scheherazade par un « individu pakistanais » en 2005, « les femmes sont libres ».

Depuis presque dix ans maintenant, l’opération idéologique fonctionne, et contribue à rendre invisibles les meurtres que les hommes bien de chez nous commettent contre les femmes bien de chez nous (près de 150 en 2009). Elle fait oublier aussi à quel point le démantèlement des droits sociaux auquel procède aujourd’hui le gouvernement s’adosse à une posture guerrière et viriliste. Mais aujourd’hui, NPNS a franchi un cran : après la nomination de Fadela Amara par Sarkozy, tout se passe comme si la République se constituait un bataillon de femmes racisées, prêtes à se faire, sur le terrain, les auxiliaires des services de police et du ministère de l’identité nationale.

On rétorquera que les futures ambassadrices seront là pour « éduquer » et « dialoguer », pour « convaincre » les femmes portant le niqab de l’enlever. Mais qu’est-ce donc que cette « éducation » quand la convention, dans la continuité du sinistre débat sur l’identité nationale, charge NPNS de faire la promotion des « valeurs de la République », supposées inclure l’égalité entre les hommes et les femmes ? Il y a peu de chance qu’elles parlent du sexisme qui sévit en toute impunité sur les trottoirs des centres-villes, à l’Assemblée nationale ou encore dans les médias. Loin de tout ça, on peut parier qu’elles iront docilement, conformément à la commande bessonienne, pointer du doigt « le communautarisme », « l’islamisme », et tous les « talibans des quartiers », pour reprendre l’expression d’André Gérin, qui servent de repoussoir pour tracer les contours d’une identité nationale nauséabonde.

Mais surtout, c’est bien l’arrivée de la police que les NPNS préparent en réalité, en jouant les « ambassadrices ». Ou plutôt devrait-on dire les missionnaires envoyées dans les banlieues que d’autres, par la force, se chargent de civiliser. Car enfin, que restera-t-il à faire pour transformer ces femmes en vraies « citoyennes » si elles ne l’enlèvent pas, leur burqa ? Tout bonnement leur envoyer la police pour leur coller une amende et les renvoyer à la maison. Et de fait, l’adhésion de Sihem Habchi à la répression des femmes au nom de leur émancipation (ou encore à leur exclusion pour lutter contre – dixit dit la convention – « les pratiques qui conduisent à leur exclusion » !) est très claire. Dans une comparaison plus qu’étrange mais assez éclairante sur les personnes qui sont, à ses yeux, les délinquantes à punir, elle déclare :

« Dans toutes les lois il y a des amendes. Quand vous grillez un feu rouge, vous avez une amende ».

Que les choses soient claires : dans cette affaire, c’est le racisme d’Etat, le racisme le plus odieux, le plus guerrier qui soit, celui de Nicolas Sarkozy et d’Eric Besson, qui doit être dénoncé en priorité. Mais parce qu’il prend les voies détournées de la rhétorique féministe, parce qu’il joue de la division des femmes et des féministes en achetant les unes pour mieux faire taire les autres, il importe de dénoncer Ni Putes Ni Soumises pour ce qu’elles sont : un appareil idéologique d’Etat. Et il devient urgent que toutes les féministes se rejoignent dans une claire dénonciation de cette sinistre collaboration.


Source: http://lmsi.net



5 déc. 2010

Le CCME, le voile et Fadela Amara ou "Toi au moins je te tolère"


Les controverses concernant le président du CCME se suivent et se ressemblent. Durant les deux premières années de son mandat, il s’est retrouvé être l’acteur principal d’une véritable manipulation savamment orchestrée, pour priver les MRE de leur droit à une citoyenneté pleine et entière.

Le stratagème vieux comme le monde consiste à faire diversion sur le sujet principale tout en consacrant des moyens et des ressources là où personne ne les attendait : Quid de l’approche genre, de la gestion utilitariste de l’islam et récemment du salon du livre. Cet imbroglio indémêlable est résumé par l’adage suivant « Quand il s’agit d’enfoncer un clou, il ne suffit pas de taper fort, il faut avant tout taper sur le clou ». Inversement, le dogmatisme idéologique oriente toutes actions et positions du CCME, comme nous le verrons sur l’affaire du voile.

La diversion au SIEL de Casablanca

La 16éme édition du salon international de l’édition du livre « SIEL » a mis cette année « les marocains du monde » à l’honneur. Organisé d’habitude par le ministère de la culture, ce dernier naturellement associé pour cette édition à la fois le ministère des MRE et le CCME lesquels y ont consacrés de grands moyens. Cette bonne intention, s’est avérée être une erreur stratégique puisque tel un loup dans une bergerie Yazami y a une fois de plus déroulé ses méthodes kafkaïennes et ses manipulations machiavéliques, nous y reviendrons plus loin.

Concernant le salon lui-même, en toute objectivité, il est indéniable que la fréquentation cette année a été très élevée (plus de 400000 visiteurs) et pour cause une importante campagne médiatique sur les chaines publiques lui a été consacré, un public jeune et même très jeune, s’est déplacé en masse, et les allées du salon étaient embouteillées en fin de semaine. Certains mauvais esprits diront que les ventes sur les stands n’ont pas été proportionnelles à la fréquentation et que le public s’est déplacé parce qu’il s’agissait de la seule distraction du weekend. D’ailleurs les nombreuses tables rondes n’ont pas attiré beaucoup de monde et certaines d’entre elle, se sont déroulées avec une dizaine de personnes. Qu’à cela ne tienne, il n’en demeure pas moins qu’il est réjouissant de voir les écoliers du primaire en petits groupes accompagnés de leurs maitresses sillonner les allées du

salon.

Dans les coulisses c’est la guerre des tranchées entre le ministre de la culture et le président du CCME qui a voulu lui couper la branche sous les pieds. Dans notre dernier article nous avons relevé que Yazami avait tenté d’invoquer comme argument d’autorité la bénédiction du cabinet royale pour imposer le programme. Cette méthode n’a pas été du goût des écrivains marocains, notamment ceux qui travaillent dans le champ de l’émigration, lesquels se sont retournés vers leur ministère lui reprochant d’une part de s’être fait roulé dans la farine et d’autre part lui demandant de rattraper le coup. Par la suite certaines tables rondes ont été réaménagées pour y inclure des auteurs marocains de l’intérieur. La tension était tellement vive entre les deux hommes que Himmiche avait boycotté l’émission « Moubacharatan Maakoum » sur 2M le 17 février, laissant le champ libre à Yazami pour y débiter des généralités et une profusion d’informations sans grande valeur. Par ailleurs d’aucuns avaient remarqué que pendant cette émission la poétesse de France et l’universitaire de Toulouse avaient caressé Yazami dans le sens du poil, remerciant à l’envie le CCME et son président (certainement pour les avoir invités).

Fort heureusement que le poète Abdellatif Laâbi (Prix Goncourt de poésie 2009) avait relevé le niveau du débat en pointant du doigt la responsabilité des pouvoirs publiques dans la déficience du système éducatif marocain. Il avait pris à partie Yazami quand celui-ci essayait de dédouaner le système s’agissant des moyens mis en œuvre pour combattre l’analphabétisme.

La gué-guerre en coulisse entre Himmich et Yazami a fait des dégâts collatéraux : Le contrat de Mlle Batoule Himmich chargée de mission au CCME et fille du ministre ne sera pas renouvelé !

Coté organisation, l’improvisation et le chaos étaient les maitres mots. Mme Fadila Laânane, d’origine marocaine et ministre belge de la culture a été invitée une semaine avant la tenue du salon ! Certains invités prestigieux se sont retrouvés à faire la queue à la sortie du salon pour trouver un taxi les ramenant à l’hôtel !

Parmi les 150 invités du CCME une grande partie n’a rien à voir avec le monde de la culture ni celui de l’édition. Certains ont reçu des invitations pour récompenser leurs écrits flatteurs du bilan de Yazami. Quant à l’annonce de 1200 ouvrages qui devaient constituer la plus grande librairie de l’émigration, ce n’est que chimère et affabulation. Certes il y avait 1200 ouvrages mais chacun en une dizaine d’exemplaires, donc au total pas plus d’une centaine ! Par contre d’aucuns ont remarqué surtout la mise en exergue de magazines, comme bled-mag, consacrés à l’entretien de l’effigie du monarque Yazami ! On se demande ce que fait ce magazine, à part consacrer tribunes et manchettes à la gloire de Yazami, pourra t-il survivre sans les subsides du CCME ?

Le summum de l’aberration est atteint quand Yazami avait organisé en marge du salon une programmation cinématographique de l’émigration, alors qu’en même se tenait la 7ème édition du festival d’Agadir "Cinéma et Immigration", à l’initiative de l’association "Initiative culturelle" en partenariat avec l’Observatoire régional des migrations, espaces et sociétés (ORMES) relevant de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines d’Agadir. Ce télescopage vise certainement à mettre de l’ombre sur le festival d’Agadir, pendant lequel le CCME s’était cassé les dents 1 an auparavant !

Yazami avait écarté de facto tous ceux dont les écrits ne sont pas conformes à ses convictions idéologiques, d’un autre âge. Inversement tout ce qui pouvait nourrir son combat idéologique a été mis en scène à outrance, à commencer par le choix des invités. Si l’invitation de l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin a été saluée et son intervention magistrale ovationnée, l’invitation de Mme Fadela Amara ancienne présidente de « Ni Putes Ni Soumises » et nouvelle recrue controversée du gouvernement Sarkozy, démontre à elle seule le dogmatisme idéologique de Yazami. Arrêtons-nous quelques instants sur ce cas d’école pour en déchiffrer les messages subliminaux et pour cause le public marocain méconnait cette figure emblématique.

Quand Mme Amara humilie 4 ministres marocains

Yazami a été introduit auprès de Mme Amara par son ami Mohamed Abdi qui en est l’intime. Ce même Abdi ancien secrétaire général de l’association « Ni putes Ni Soumises (NPNS) » a été condamné en 2004 par la cour d’appel de Riom (Puy- de-Dôme en France) à trois ans de prison dont deux avec sursis pour « escroquerie » à propos de détournement de subventions publiques versées dans le cadre de la formation professionnelle (quelques milliers d’euros cf Figaro-Magazine du 17 avril 2004).

Ce « beur de service » qui correspond au prototype du « beur crédible » car « beur corruptible », en dit long sur la gestion toujours coloniale de la reproduction des élites politiques de la diversité en France. Fadela Amara n’échappe pas, elle- même, à cette règle de fonctionnement : Si aujourd’hui, elle est secrétaire d’état du pourfendeur de la « racaille », elle le doit au fait que l’essentiel de son activité politique depuis la création de son association a été la stigmatisation de la jeunesse des quartiers populaires, et plus particulièrement du « garçon arabe ». « Beurette de service » madame Amara multiplie à l’envie les formules choques allant jusqu’à paraphraser la voix de son maître en disant à propos des banlieues « Oui, il faut nettoyer au Kärcher ! ».

Mme Amara a instrumentalisée la question de l’islamisation des banlieues comme fond de commerce intarissable pour se forger une légitimité auprès des pouvoirs publics. Son combat contre le voile lui a valu dès 2004 l’onction républicaine de la quasi-totalité de la classe politique française.

Pour l’anecdote, Christine Boutin qui l’avait accueilli dans son ministère, a eu , un jour,ce lapsus, oh combien révélateur ! en s’adressant à Mme Amara : « Tu as, commencé par créer une association de lutte contre les femmes... ».

A vrai dire, Mme Amara, qui n’a eu comme diplôme qu’un Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) en cuisine !, se compromet chaque fois un peu plus en se prêtant aux sinistres jeux du pouvoir où elle n’est qu’une marionnette télécommandée. A ce jeu, elle se contente des miettes, elle aurait affirmée sans scrupules « Je ne sais pas si Sarko a donné des ordres, mais mon frère a eu enfin ses papiers ! ».

A l’évidence, les trajectoires de Mme Amara et de Mr Abdi, sont érigées en tant que modèles pour les nouvelles générations de MRE. On y trouve tous les ingrédients de l’assimilation dans les sociétés d’accueil, à commencer par le combat contre la culture d’origine curieusement réduite à ses archaïsmes et autres traditions anachroniques.

Ensuite l’instrumentalisation de l’islam et de l’émancipation de la femme. Cela permet donc d’écarter d’un revers de main toutes les revendications liées à la consolidation du lien culturel, ainsi que celles relatives à la citoyenneté et au retour au pays.

On voit bien ici qu’il s’agit d’une partie d’échec dans laquelle Yazami avance lentement mais surement ses pions et qu’il tente d’installer parfois de manière subliminale sa vision tronquée de l’avenir de l’émigration marocaine.

Les trajectoires de certains auteurs publiés ou traduits par le CCME, mais soigneusement sélectionnés pour servir la vision de Yazami, sont similaires à celles d’Amara et d’Abdi : Le petit livret (une centaine de pages) de Jamila Idrissi membre du CCME et député belge, consacre une part belle aux mêmes clichés concernant l’islam, l’émancipation des femmes, le machisme des « garçons marocains », etc.... et l’on retrouve l’onction du milieu politique belge comme récompense de la rébellion contre les archaïsmes de la société d’origine. Il en est de même pour le livret de Jamal Belahrach, qui a servi à aligner un argument de plus contre la participation politique des MRE via celui là même qui en a été un des revendicateurs acharnés 10 ans auparavant.

Le passage de Mme Amara au salon aurait pu s’arrêter à servir les desseins de Yazami pour l’avenir de l’émigration marocaine, mais c’était sans compter, image à l’appui, sur un couac protocolaire rapporté par le site yabiladi (http://www.yabiladi.com/article-pol...).

Mme Amara, dont nous avons brossé le portrait était attendue à l’entrée du salon par 4 ministres marocains : Mr Himmiche ministre de la culture, Mr Ameur ministre des MRE, Mr Naciri ministre de la communication et enfin Yazami qui a aussi le rang de ministre. L’attente fut longue puisque Mme a la fâcheuse manie d’arriver souvent très en retard. Encore une fois, Yazami a réussi à aligner 4 ministres marocains pour recevoir une dame qui n’a de cesse de stigmatiser les banlieues dans lesquelles vivent la grande majorité de nos MRE de France. Comment est ce possible ? alors que quelques mois auparavant les autorités marocaines avaient refusé via un communiqué lu par Mr Naciri lui même que l’association « ni putes ni soumises » n’installe une antenne au Maroc. Le communiqué indiquait que la démarche « ne correspond pas à l’approche adaptée au Maroc pour le traitement des questions en relation avec le statut de la femme » (cf http://www.afrik.com/

article16333.html) .

Ensuite, au dernier moment l’ambassadeur de France a décidé que Mme Amara soit accueilli dans son stand plutôt que celui initialement prévu du CCME , nos 4 ministres, qui au passage avaient rangé leurs fiertés aux vestiaires, se sont pliés au diktat de cet ambassadeur et ont avalé la couleuvre !

Au-delà de l’incident, nous avons bien vu que Mme Amara a eu une trajectoire que Yazami voudrait plagier pour l’émigration marocaine. Elle véhicule, des symboles et des valeurs qui sont en « accordéon » avec l’idéologie politique de Yazami. De tous les symboles qui entourent la présence de Mme Amara, celui de la lutte contre le voile est de loin le plus emblématique, le CCME fait il sien le combat contre voile ?

Comme nous allons le voir, la réalité n’en est pas loin et cette fois la démonstration est venue par le menu de Driss Ajbali directeur du CCME.

« Toi au moins je te tolère »

En marge d’une réunion du groupe de travail « Administration et droits des usagers » pendant l’été en 2009, Driss Ajbali est venu s’assoir à coté de Mme Serhani dans la même table ou déjeunaient les 5 membres du groupe. Laicard intégriste, fidèle à sa réputation de bouffeur de curés pardon, d’imams et accessoirement de femmes voilées, Ajbali est bien entendu venu avec les ustensiles de la provocation, la coupe de bière pleine à ras bord, il distillait les boutades, vulgarités et remarques assassines à l’adresse exclusive de Mme Serhani et pour cause c’est la seule femme voilée membre du CCME. Indignée par cette attitude, cette dernière lui demande poliment d’éloigner sa coupe de bière de son espace « vital ». Touché dans son égo le directeur du CCME l’apostrophe avec dédain, « je suis venu tester ta démocratie américaine et ta tolérance islamique » et d’ajouter « Toi, au moins je te tolère », sous entendu, « moi bouffeur de femmes voilées, mon regard ne peut les supporter à l’horizon, mais comme tu es une membre du CCME, je suis obligé de te tolérer ». Il s’en est suivi un échange vigoureux entre les deux protagonistes devant les regards médusés, impuissants et peut être passifs des autres membres du groupe.

Au menu donc du laïcard intégriste Ajbali, les insultes vulgaires avec tous les noms d’oiseaux, les blagues de mauvais goût et des incises idéologiques du genre « Si ma femme venait à porter le voile, je la foutrais à la porte et je la répudierais », etc...

L’affaire aurait pu s’arrêter là, si Ajbali n’était pas le directeur du CCME et si Mme Serhani n’était pas une experte des discriminations à l’emploi aux états unis, en effet dans le cadre de son travail, elle est amenée régulièrement à arbitrer et à résoudre des litiges liés à la discrimination et au harcèlement dans les entreprises. Ironie du sort, elle est confrontée elle-même aux mêmes litiges qu’elle arbitre aux USA mais cette fois dans son propre pays et par le directeur d’une institution publique marocaine dont elle est membre par Dahir royal. Institution qui au passage se targue d’œuvrer pour combattre la xénophobie et l’islamophobie dans les pays d’accueil des MRE !. Yazami en bon opportuniste n’avait il pas déclaré en marge d’un séminaire sur l’islam (un de plus) que la France n’avait pas le droit d’interdire la burqa !

Dans un état de droit, un citoyen doit être respecté quelque soit ses convictions religieuses et non pas toléré ? Ajbali est il au dessus des lois pour se permettre de tolérer les femmes voilées ?

Par ailleurs, aucune des employées et chargées de mission du CCME n’est voilée et pour cause Ajbali a du opposer son véto pour toute candidature qui ne serait pas conforme à ses idéaux, quid donc des droits de l’homme et de la liberté religieuse dont se targuent Ajbali et Yazami tous les deux membres du CCDH (Conseil Consultatif des Droits de l’Homme) ! Non content de chasser le voile parmi les employées du CCME, il a élargi son spectre d’action aux membres, d’où cette fixation obsessionnelle sur Mme Serhani qui n’a d’autre nom que le harcèlement morale doublé d’une discrimination religieuse évidente. La situation est inouïe et insolite : être victime d’une discrimination pour port du voile dans un pays dont la religion d’état est l’islam et dans lequel l’institution de la commanderie des croyants éminemment religieuse garantit la liberté de culte, et à l’intérieur d’un organisme public qui combat en premier lieu les discriminations dont sont victimes les MRE, organisme qui est dirigé par des militants qui se disent issus des droits de l’homme. bref autant d’ingrédients d’une véritable affaire d’état !

L’affaire est donc explosive, mais Mme Serhani consciente du caractère compromettant de l’affaire pour l’institution avait tenté la médiation de Mr Abdellah Boussouf en sa qualité de secrétaire général mais aussi parce qu’étant issu du milieu religieux, il était plus sensible à la question. Comme pour les affaires qu’elle traite elle-même, elle avait assortie cette médiation d’un délai de résolution d’une semaine au-delà de laquelle elle en informerait tous les membres du CCME. Devant la passivité du secrétaire général et le refus d’Ajbali de présenter de simples excuses, elle a fini par mettre en copie tous les membres du conseil de ses différents échanges électroniques avec les intéressés. Bien que la majorité des membres reprouvent en privé le comportant dégradant d’Ajbali, l’affaire est restée en suspens comme si de rien n’était et pour cause les méthodes du monarque absolu Yazami et l’absence de tout contrôle ont caporalisé tel une caserne le CCME.

Où sont donc ses militants des droits de l’homme si prompt à donner des leçons de morale à la France pour sa gestion de l’affaire du voile ? Ne faut-il pas d’abord balayer devant sa porte avant de voir ailleurs ?

A quoi sert le CCDH s’il ne prend pas à bras le corps ce genre d’affaires ? En tout cas, comme si de rien n’était, Ajbali s’est même senti conforté dans ses convictions et continue avec arrogance son travail de militant laïcard intégriste. Pour l’anecdote Ajbali avait proposé que le film « Casa Negra » soit promu par le CCME dans les pays d’accueil des MRE, c’était sa façon de répondre à leur demande pressante d’une offre culturelle. On se demande comment ce personnage peut il s’accommoder avec l’institution de la commanderie des croyants !

Par ailleurs des journalistes au Maroc et à l’étranger, avides de scoops, avaient contacté Mme Serhani pour dévoiler l’affaire au grand public, mais cette dernière de part son statut de membre du CCME, attendait que l’institution trouve une issue favorable eu égard au discrédit certain qu’aurait la médiatisation de l’affaire pour CCME !

Au-delà de cette affaire, il est établi que le CCME est dirigé à l’ancienne : Il n’existe pas de procédures permettant de résoudre les litiges, et encore moins un règlement intérieur qui codifie le fonctionnement de l’institution, c’est aussi le cas pour la passation des marchés, le choix des agences de voyages, des invités, tout est géré par une main de fer par des potentats qui ont caporalisé l’institution et pour cause ils y ont tous les pouvoirs !

Cette affaire extrêmement grave, est de nature à ébranler les fondamentaux de l’état marocain, dans lequel faut il le rappeler l’islam est religion d’état. Comment est ce possible que ce genre de comportement discriminatoire soit passé inaperçu dans une institution publique installée par dahir royal. Comment est ce possible qu’aucune sanction même symbolique n’ait été prononcé à l’encontre de Driss Ajbali ? Sous d’autres cieux, il aurait au moins été contraint de déposer sa démission.

N’est ce pas ahurissant que Yazami se permette de donner gratuitement des leçons de morale à la France à propos de la burqa, alors que le directeur de l’institution qu’il préside pratique à outrance la discrimination contre les femmes voilées ? Comment est ce possible que ce personnage et son protecteur Yazami continuent à sévir et à dessiner sous le joug d’une idéologie d’un autre âge les politiques publiques liées à l’émigration ? Autant de questions qui demeurent sans réponses comme celles qui nous avons posées dans nos précédents articles !


Source: www.bladi.net

24 nov. 2010

Journée de la jupe : la pantalonnade de ni pute ni soumise !

Tout le monde sait combien les associations redoublent de créativité pour interpeller l’opinion publique sur les causes qu’elles défendent, par des initiatives des plus originales aux plus inutiles.

La concurrence est rude car il y a beaucoup de monde sur le marché, ce dont on peut se réjouir pour la vitalité de la démocratie.

Ni pute ni soumise, dont à peu près toute la France connaît le combat, fait partie de ces quelques associations ayant pignon sur rue et n’ayant plus besoin de crier pour se faire entendre. La presse et la classe politique sont passées par là pour les asseoir confortablement dans le paysage démocratique des notables de 1901.

Les filles des cités savent donc qu’elles peuvent compter sur d’autres filles des cités qui elles, ont coupé les barbelés pour s’émanciper.

De la burqa à la jupe, il n’y a qu’un pas ! Après le parachutage de 15 ambassadrices dans les cités (initiative récente de Ni pute ni soumise), sous le haut parrainage de Monsieur BESSON pour expliquer la loi contre cette Burqa, voici un appel à se cailler les miches pour dire « je t’emmerde aux p’tites racailles» des cités.

Ni pute ni soumise nous propose donc, en ce 25 novembre 2010, une création originale, entièrement dédiée aux filles des cités : la journée de la jupe ! Et ce qui m’intéresse, dans ce grand coup médiatique, c’est la jupe ! Au diable les symboles et la portée du message car finalement cette initiative, risque de donner un résultat proche de zéro.

Pourquoi ?

Parce que la violence faites aux femmes est telle qu’elle demande aussi de combattre la barbarie des hommes et cela passe par une éducation de chaque instant et partout ; auprès des mères, qui parfois, inconsciemment, produisent des machos, auprès des garçons qui dès l’enfance doivent intégrer, s’approprier une égalité sans qu’ils se sentent pour autant inférieurs etc.…

Les causes méritent elles aussi d’être traitées et devraient constituer le socle de cet engagement car si prendre en charge une femme battue est une nécessité, l’ambition devrait être celle que nous ne devrions plus jamais en arriver là.

Trop de monde pour traiter le mal et pas assez pour traiter les causes ! C’est ainsi que l’on peut résumer le paysage de l’engagement des causes en France !

Alors, je doute fort qu’une jupe arborée un 25 novembre dans une cité puisse apporter un progrès quelconque dans ce combat extrêmement grave et important.

Revenons-donc à cette jupe qui nous est vendue comme un symbole de la liberté de la femme ; une liberté que chacun mesurera selon la longueur de la jupe : courte pour les plus émancipées, au genou pour celle en passe de le devenir et très longue pour les autres ayant encore du chemin à faire.

Avec à peine quelques degrés dehors, le jour est bien choisi pour demander aux filles de se balader les jambes à l’air juste pour signifier quelques instants aux garçons de leur cité qu’enfin, ça y est, qu’ils ne se prennent plus à vouloir les mater !

Allez les filles, un peu de courage, de solidarité à l’appel de vos sœurs de ni putes ni soumises : un petit effort pour un l’immense progrès promis !

Surtout que des jupes, il y en a pour tous les gouts ; des minis, au-dessus du genou, des longues, des tubes, des volants, des godets et dans des matières d’une infinie variété : laine, soie, polyester, cuir, coton, lin etc.… Alors les difficiles chercheront d’autres prétextes pour passer à côté de cette journée que l’on pourrait aussi appeler « journée de défi aux garçons ».

Toutes à vos placards et s’ils n’abritent pas ce bout de tissu, un coup de shopping devrait y remédier !

C’est aussi ça le combat de la femme pour l’égalité et l’émancipation ; montrer sa féminité au travers d’une jupe portée pour un jour et se balader dans la cité pour la monter. Tout ça pour dire aux p’tites racailles de sa cité « je t’emmerde » je suis en train de m’émanciper, alors fiche-moi la paix !

En ce 21ème siècle, dans notre République, il n’est pas concevable que le respect de la femme se quémande par un bout de chiffon !

Ni pute ni soumise n’a finalement contribué qu’à la construction de deux camps dans le combat contre les violences faites aux femmes ; un combat pour celles des cités et un autre pour celles des beaux quartiers. Forcément ! Un coup porté à une femme, à l’arrivée, ne produit pas le même effet selon que l’on est riche ou misérable. Les premières ont peut être la peau fragile, tandis que les autres un peu plus dures, la pauvreté ayant sûrement épaissi le cuir de leur peau.

Mais bon, l’on peut comprendre qu’il soit délicat d’accueillir Marie Chantal de la Souricière et Soraya Benboudala aux mêmes endroits, les expéditeurs des violences n’ayant peut-être pas la même classe…sociale.

Jupe, ou pantalon, la liberté de la femme c’est d’abord la liberté d’être, de paraître, de porter ce qu’elle veut, quand elle veut et où elle veut et ne jamais porter de jupe n’enlève rien ni au respect auquel elle a droit, encore moins à sa féminité.

Notre société sera-t-elle un jour capable d’un activisme déterminé pour exploser les racines du mal là où elles se trouvent ? Et pour les violences faites aux femmes c’est d’abord chez les machos qu’elles prennent leur source !

Alors les filles, toutes à vos pantalons, pour partir en guerre contre ces mauvais garçons !


Source: www.lepost.fr

3 nov. 2010

Toujours plus soumises !

Par Sylvie Tissot

On pourrait n’y voir qu’une basse manœuvre politique, une manière pour l’actuelle présidente de Ni Putes Ni Soumises de se désigner comme remplaçante éventuelle de Fadela Amara dans un gouvernement remanié. Il y a malheureusement plus grave dans la convention signée entre l’association dite féministe et le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale pour promouvoir la « laïcité » et les « valeurs de la République ». 15 « ambassadrices » doivent en effet être dépêchées à grands frais (80000 euros) dans les « quartiers » pour faire avancer l’égalité hommes / femmes, notamment en convainquant les femmes portant le niqab de l’enlever. Loin de mettre le gouvernement au service d’une cause féministe qui n’aurait pas de couleur politique comme elle le clame, Sihem Habchi continue en réalité à livrer sur un plateau l’alibi féministe dont le racisme d’Etat est si friand.

Entre le style grande gueule pseudo popu de Fadela Amara, la posture belle-ingénue de Rama Yade et le registre séducteur mi odalisque, mi grande bourgeoise d’une Rachida Dati, Sihem Habchi est sans doute en train d’inventer une nouvelle figure de la femme racisée cooptée par l’homme blanc : la gentille fille simple, émotive, prête à laisser parler son coeur.

Comme ses aînées, elle sait jouer la beurette reconnaissante, mais prête à pousser un « coup de gueule » pour rappeler à la République que l’émancipation des filles des banlieues passe avant tout par la répression des « garçons arabes ». Elle manie très bien la langue de bois, celle des « valeurs qui nous rassemblent » et de la « lutte contre le communautarisme ». Chez Sihem Habchi, le joker de NPNS – évacuer toute discussion argumentée au nom d’un « terrain » que ses interlocuteurs/trices connaissent forcément moins bien qu’elle – n’est jamais loin. Elle connaît en outre la tactique éprouvée de ceux et celles qui sont passés du côté du pouvoir mais continuent à jouer la carte des outisders : se présenter comme une victime prête à tout subir – même les postes lucratifs et les subventions publiques ! – pour faire avancer la cause à laquelle elle s’est dévouée corps et âme. « Oui, je suis un peu tête brûlée », déclare-t-elle pour commenter son nouveau job chez Besson [1].

Surtout, personne avant elle n’avait su, avec une ferveur totalement dénuée de scrupules et un bluff hallucinant, jouer autant la femme soumise et fragile qui va chercher refuge dans les bras de la grande République virile. Bien avant d’être nommée « ambassadrice » de Besson (un mot qui en dit long sur la position subordonnée qu’accepte d’endosser l’association), Sihem Habchi avait offert, lors d’une audition devant la commission Raoult-Gerin consacrée au « problème de la burqa », une prestation étonnante. Pour tout dire, une performance, dans tous les sens du terme. Entre la séquence surprise (Sihem Habchi enlève sa veste, lors d’un striptease très, très peu féministe, pour dénoncer, épaules nues, la revendication de « pudeur » des femmes musulmanes) et la séquence émotion (Mademoiselle éclate en sanglots à l’évocation des « grands frères » que « la République » a laissé régner dans les « quartiers »).

Et pour que les places de chacun-e soient clairs, l’auditionnée affirme, éperdue de gratitude envers les députés résolus à sévir face aux femmes portant le niqab, que seule la France pourra résoudre le « problème ».

Une fois passées la sidération et une franche envie de rigoler devant tant de culot et un spectacle il faut le dire grand-guignolesque, la consternation l’emporte – mais aussi l’écœurement à voir le sourire de contentement d’un André Gérin conforté dans son rôle d’émancipateur des pauvres femmes aliénées.

Il faut pourtant absolument voir cette vidéo. Car elle en dit long sur ce à quoi est prête Sihem Habchi – pour le dire clairement : aux formes de servilité les plus antiféministes. Elle éclaire ainsi le tournant que marque cette convention passée avec le ministère de Besson, rappelons-le : « ministère de l’identité nationale ». Elle s’inscrit dans la continuité du « féminisme d’Etat », dont le gouvernement se sert pour justifier la répression dans les banlieues et les rafles et expulsions de sans-papiers. Un féminisme qui a su tracer la frontière entre deux zones géographiques :

d’une part les quartiers dit « sensibles » (fameux terme repris dans la convention signée par NPNS), minés par le sexisme et la violence faite aux femmes ;

d’autre part la République française où, pour reprendre l’expression de Sarkozy commentant l’agression de Scheherazade par un « individu pakistanais » en 2005, « les femmes sont libres ».

Depuis presque dix ans maintenant, l’opération idéologique fonctionne, et contribue à rendre invisibles les meurtres que les hommes bien de chez nous commettent contre les femmes bien de chez nous (près de 150 en 2009). Elle fait oublier aussi à quel point le démantèlement des droits sociaux auquel procède aujourd’hui le gouvernement s’adosse à une posture guerrière et viriliste. Mais aujourd’hui, NPNS a franchi un cran : après la nomination de Fadela Amara par Sarkozy, tout se passe comme si la République se constituait un bataillon de femmes racisées, prêtes à se faire, sur le terrain, les auxiliaires des services de police et du ministère de l’identité nationale.

On rétorquera que les futures ambassadrices seront là pour « éduquer » et « dialoguer », pour « convaincre » les femmes portant le niqab de l’enlever. Mais qu’est-ce donc que cette « éducation » quand la convention, dans la continuité du sinistre débat sur l’identité nationale, charge NPNS de faire la promotion des « valeurs de la République », supposées inclure l’égalité entre les hommes et les femmes ? Il y a peu de chance qu’elles parlent du sexisme qui sévit en toute impunité sur les trottoirs des centres-villes, à l’Assemblée nationale ou encore dans les médias. Loin de tout ça, on peut parier qu’elles iront docilement, conformément à la commande bessonienne, pointer du doigt « le communautarisme », « l’islamisme », et tous les « talibans des quartiers », pour reprendre l’expression d’André Gérin, qui servent de repoussoir pour tracer les contours d’une identité nationale nauséabonde.

Mais surtout, c’est bien l’arrivée de la police que les NPNS préparent en réalité, en jouant les « ambassadrices ». Ou plutôt devrait-on dire les missionnaires envoyées dans les banlieues que d’autres, par la force, se chargent de civiliser. Car enfin, que restera-t-il à faire pour transformer ces femmes en vraies « citoyennes » si elles ne l’enlèvent pas, leur burqa ? Tout bonnement leur envoyer la police pour leur coller une amende et les renvoyer à la maison. Et de fait, l’adhésion de Sihem Habchi à la répression des femmes au nom de leur émancipation (ou encore à leur exclusion pour lutter contre – dixit dit la convention – « les pratiques qui conduisent à leur exclusion » !) est très claire. Dans une comparaison plus qu’étrange mais assez éclairante sur les personnes qui sont, à ses yeux, les délinquantes à punir, elle déclare :

« Dans toutes les lois il y a des amendes. Quand vous grillez un feu rouge, vous avez une amende ».

Que les choses soient claires : dans cette affaire, c’est le racisme d’Etat, le racisme le plus odieux, le plus guerrier qui soit, celui de Nicolas Sarkozy et d’Eric Besson, qui doit être dénoncé en priorité. Mais parce qu’il prend les voies détournées de la rhétorique féministe, parce qu’il joue de la division des femmes et des féministes en achetant les unes pour mieux faire taire les autres, il importe de dénoncer Ni Putes Ni Soumises pour ce qu’elles sont : un appareil idéologique d’Etat. Et il devient urgent que toutes les féministes se rejoignent dans une claire dénonciation de cette sinistre collaboration.


Source: http://oumma.com

11 oct. 2010

Instrumentalisation du féminisme contre les musulmans de France

Dans l'émission "Ce soir ou jamais!" de France 3, Wassila TAMZAL et Pierre TEVANIAN discutent autour de Frédéric TADDEÏ de l'instrumentalisation du féminisme et de la laïcité pour sanctionner une religion en particulier.


Source: www.uam93.com

14 sept. 2010

Le féminisme, une question de religion ?

Vendredi 10 septembre, jour de fête de l’Aïd el-Fitr, le public était nombreux et assez féminin au dernier débat organisé par l’Institut des cultures d’islam dans le cadre des Veillées du Ramadan. Le dernier débat n’étant jamais le moindre, le thème choisi posait la question essentielle et épineuse du féminisme en islam. Lutte pour les droits des femmes et expression de la foi sont-elles compatibles ? L’islam peut-il être une religion libératrice pour les femmes ?



Pour Thierry Paquot, philosophe et seul homme autour de la table, le constat est sans appel : toutes les religions sont synonymes de soumission, islam compris. « Je ne connais aucune religion qui soit libératrice, je n’en connais que d’oppression et de culpabilité. » Le ton est donné.

Mehrézia Labidi-Maïza, coordinatrice de Femmes croyantes pour la paix, ne voit pas le rapport entre soumission à Dieu et féminisme. « Il y a une petite partie du Coran qui est patriarcal, mais, pour le reste, on se soumet forcément à sa religion. J’estime avoir le droit d’être soumise à Dieu sans pour autant être un objet et ne pas pouvoir décider par moi-même. Les femmes peuvent être des théologiens ! »

« On peut étendre le discours de Thierry Paquot à toutes sociétés : elles fonctionnent toutes selon un système patriarcal. Un des enjeux de la lutte féministe, c’est aussi que les hommes se libèrent de leur masculinité. Leur valeur dépend beaucoup de leur capacité à opprimer les femmes, c’est ce que l’on attend d’eux », réagit Nacira Guénif-Souilamas, sociologue. Acquiescement général.

« D’ailleurs, c’est dit dans le Coran », rétorque Thierry Paquot, qui en saisit un exemplaire et lit : « Vos femmes sont pour vous un champ de labour : allez à votre champ… » « Mais cela parle de l’amour entre l’homme et sa femme ! », coupe Mehrézia Labidi-Maïza. « Zola utilisait la même métaphore en comparant femmes et champs. »

Nacira Guénif-Souilamas recentre le sujet : « Pourquoi enclaver le féminisme dans une partie du monde ? Le féminisme, c’est d’abord une expérience vécue, celle d’une oppression et d’une révolte. Il ne peut pas être uniquement occidental. Islam et féminisme sont compatibles, c’est évident. On ne conteste pas la religion, mais l’usage qui en a été fait. »

« Le féminisme, c’est réhabiliter le statut de la femme. On peut lire le Coran à travers un regard féminin », intervient Myriam Tighanimine, qui a fondé avec sa sœur Khadija le site Hijab & the City. « Notre blog donne la possibilité aux femmes de s’exprimer, qu’elles soient musulmanes ou pas. D’ailleurs, ajoute cette dernière. On veut absolument voir les femmes qui portent le niqab (voile intégral) comme étant soumises. Pour Hijab & the City, nous avons interviewé l’une d’elles, et à travers son témoignage nous avons découvert des choses d’elle très différentes de ce que nous imaginions. »

« Le niqab isole physiquement, mais aussi culturellement et socialement, rebondit Parvin Ali, présidente de European Muslim Women of Influence. Les femmes qui le portent ont tendance à se rapprocher uniquement de celles qui en sont aussi couvertes. À mon avis, le voile intégral n'est pas une bonne idée. Mais une loi n'est pas une solution. »

Berangère Lefranc, plasticienne, a voulu partager l’expérience de ne pas être vue. Pendant un mois, elle s’est intégralement recouvert le visage et le corps avec un vêtement confectionné par ses soins. « Cela a été une expérience très douloureuse, confie-t-elle. J’ai eu l’impression de disparaître. Je n’ai pas la prétention de savoir ce que vivent les femmes qui portent le voile intégral, mais je pense qu’il faut une conviction très forte pour le supporter. »

Pour Mehrézia Labidi-Maïza, le féminisme passe aussi par la reconnaissance des femmes dans les instances religieuses. C’est loin d’être gagné. En France, en tout cas, on est à mille lieues du cas d’Amina Wadud, cette Américaine qui dirige les prières devant des assemblées mixtes d’hommes et de femmes. « Rien, dans le Coran, ne dit qu’une femme ne peut pas être imam. Nous devons réformer l’islam, que les femmes soient visibles dans les mosquées. Les femmes sont très actives dans les associations cultuelles : elles récoltent l’argent, donnent des cours d’arabe… Elles doivent prendre leur place ! »

Parvin Ali reconnaît que la reconnaissance des femmes dans les instances dirigeantes est loin d’être aboutie. En Angleterre, certaines réunions prévues avec des mosquées ont déjà été boycottées à cause de sa présence. Mais, plus simplement, elle souligne que l’essentiel, pour l’émancipation de la femme, c’est « l’autonomie financière », et ce, qu’elle soit musulmane ou pas.

« L’émancipation des femmes ne passe pas forcément par des considérations théologiques », relève toutefois Myriam Thiganimime. « Elle passe avant tout par les petits événements de tous les jours... parfois futiles… », tient-elle à rappeler.

Source: www.saphirnews.com

8 sept. 2010

De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniale de la cause des femmes.

13 mai 58 à Alger, place du Gouvernement : des musulmanes montées sur un podium pour brûler leur voile. L’enjeu de cette mise en scène est de taille : il faut pour les autorités coloniales que les femmes algériennes se désolidarisent du combat des leurs.

Leur exposition sert de langage : celui d’une puissance coloniale qui oeuvre pour gagner les femmes à l’émancipation et à la pérennité de la " civilisation française ".

Réaction épidermique de la société algérienne : maintenir - et c’est vital - les femmes hors de l’invasion coloniale pour préserver l’être algérien. " Certaines, décrit Franz Fanon, dévoilées depuis longtemps reprennent le voile affirmant ainsi qu’il n’est pas vrai que la femme se libère sur l’invitation de la France et du Général de Gaulle ".

Aujourd’hui, quarante ans après l’indépendance, les méthodes ont changé dans la forme, mais pas dans le fond, car l’esprit colonial, toujours vivace, continue d’imprimer l’inconscient français. Duplice, il invoque constamment les grands principes qui fondent la République, mais préside à toutes les entreprises politiques qui disqualifient les fils et filles d’indigènes et valorisent un républicanisme franco-français prétendument universaliste.

Ainsi, le corps des musulmanes, écartelé au nom des nobles principes de la République, s’est peu à peu défiguré, perverti en banal objet médiatique, figure repoussoir d’une idéologie franco-centrée décidément incapable de penser l’altérité et de penser sa responsabilité dans ce qui fait l’autre et son identité contrariée.

Ni putes ni soumises : association féministe ou appareil idéologique d’État ?

C’est d’ailleurs ce racisme post-colonial qui permet de comprendre l’omniprésence, dans le discours des dirigeants de Ni Putes Ni Soumises sur le voile, et plus largement sur les méfaits de la " culture de cité ", du thème du " rappel " des règles ou de la " ré-affirmation " des principes.

En effet, comme l’a remarqué Pierre Tévanian, il est à première vue paradoxal, si l’on reste sur le strict terrain de la laïcité, qu’une loi nouvelle, marquant une rupture avec les textes de loi fondateurs de la laïcité (en introduisant un devoir de laïcité de la part des élèves), ait pu être considérée comme un " rappel " ou un " retour " aux sources :

" La question ne peut être éludée : si les textes fondateurs des années 1880 et 1905 ne justifient pas l’interdiction du port de signes religieux par les élèves, qu’est-ce donc qui devait être " retrouvé ", " réaffirmé " ou " rappelé " ?

L’une des réponses possibles est la suivante : ce qui, des années 1880-1905, devait être " réaffirmé ", c’est un certain ordre symbolique qu’on peut qualifier de colonial, dans lequel certaines populations, considérées comme sous-humanisées du fait de leur référence musulmane , sont vouées au statut de serviteurs dociles et invisibles ou à celui de " cible " et de " bouc émissaire ". Un ordre symbolique dans lequel, de toute façon, les personnes de couleur ou identifiables comme " musulmanes " sont réduites au rang d’instrument au service de l’homme pleinement homme, autrement dit au statut d’objet parlé, étudié, commenté (et le plus souvent diffamé et insulté), et non de sujet parlant.

On peut, si l’on garde à l’esprit ce passé colonial qui n’est pas passé, comprendre l’intensité des grandes campagnes médiatiques et politiques qui ont été menées ces derniers mois sur le thème de la " restauration " de " la République " : la campagne centrée sur le voile, mais aussi celles menées sur le thème du sexisme et de l’antisémitisme en banlieue .

Tout se passe comme si, au tournant du siècle, les classes dirigeantes (quel que soit le pôle : PS ou UMP) avaient été prises de panique devant la mise en crise de cet ordre symbolique colonial, et devant l’émergence de diverses manifestations identitaires, religieuses, culturelles, sociales et politiques dont le point commun était la rupture avec le devoir de " réserve " et d’" humilité " imposée aux descendants de colonisés.

Parmi ces faits sociaux qui ont littéralement semé la panique, figurent la visibilité grandissante de la pratique de l’islam, mais aussi les mobilisations contre la guerre en Irak ou contre la politique israélienne, mais aussi la popularité croissante qu’ont pris des combats politiques initiés par les immigrés eux-mêmes, ou par leurs enfants, notamment les combats contre la double peine, le combat pour le droit de vote des étrangers, et la lutte des sans-papiers. Il faut également mentionner la réouverture du " dossier " colonial, notamment en 2001, année marquée par un long débat sur la torture et par une importante manifestation commémorant le crime d’octobre 1961. " [1]

C’est dans ce contexte qu’apparaissent, les Ô combien opportunes " Ni Putes Ni Soumises ". Si l’on se souvient de la véhémence des réactions de l’UMP parisienne, mais aussi du courant chevènementiste, face à ce début de retour critique sur la période coloniale, on comprend mieux le rôle qu’a joué ce " mouvement " courant 2002 : celui d’un appareil idéologique au service d’une classe dirigeante prise de panique face à une remise en question grandissante de la légitimité de l’État (notamment du fait de la montée d’une abstention massive), et face à l’émergence d’une génération de " jeunes issus de la colonisation " affichant sans complexe leurs revendications et demandant de nouveau des comptes à la République.

Les Ni Putes Ni Soumises ont aidé cette classe dirigeante à s’emparer du voile islamique, mais aussi de la question du sexisme et de celle de l’antisémitisme, afin de littéralement remettre à leur place ces " jeunes " trop " arrogants " : à la place des accusés et non plus des accusateurs, à la place des objets parlés et non plus des sujets parlants.

Ce " rappel à l’ordre colonial " constitue une espèce de revanche historique, un " on vous l’avait bien dit !", une " reconquête " de ces arabes " injustement " émancipés de la France.

Le retour de " l’Arabe " voleur, violeur et voileur

Souvenons-nous des images rapportées par des équipes de télévision parties en expédition " visiter " les " territoires perdus de la République " après la mort de Sohane et les premières " affaires " de viols collectifs : de jeunes hommes (d’origine maghrébine ou d’Afrique noire) laissant transparaître une hétérosexualité violente, une nature agressive et bestiale contre lesquelles des femmes, moitié héroïnes, moitié martyres, vont se dresser telles des amazones de cités : les Ni Putes Ni Soumises.

Leur credo : la lutte contre le sexisme des banlieues et le " fascisme vert ". Ces combats, convenons-en, sont plus que légitimes (si tant est que l’on évalue à sa juste mesure l’influence dudit fascisme, et qu’on dise clairement quels groupes peuvent être ainsi qualifiés, et sur la base de quels critères). Ce qui dérange en revanche, c’est l’essentialisme de leur discours. Les extrapolations qu’il permet ne sont pas sans rappeler les constructions idéologiques du début du 20ème siècle qui décrivaient l’indigène comme une bête, esclave des ses sens, déjà violeur, voleur et bientôt (avec la guerre d’indépendance algérienne) voileur de femmes.

Ce qui dérange, c’est également l’Omerta (mot que Fadéla Amara affectionne) faite sur l’ensemble des violences sexistes qui traversent toutes les couches sociales de notre société - et qui sont mises en évidence par le rapport sur les violences sexistes réalisé par Maryse Jaspar [2] - qui permet d’exempter les " autochtones " de toute auto-critique sur le tarrain du sexisme, tout en validant l’idée d’un sexisme exogène et importé par l’immigration " arabo-musulmane " .

Diviser pour mieux régner

Venons-en au " génie " politique de cette machine à broyer les luttes sociales des quartiers qu’est SOS Racisme : mettre dans la bouche même de femmes issues de cette immigration post-coloniale, promues auxiliaires des classes dirigeantes comme le furent jadis les bachagas, les paroles racisantes, les mises à l’index péremptoires et les propos islamophobes que les élites ne sauraient assumer pleinement.

Faites entrer l’accusé ! C’est le père, le frère, le compagnon, bientôt le fils. Cette image pourrait prêter à sourire s’il elle ne suscitait chez nous, filles et fils de migrants post-coloniaux, une profonde amertume. Elle n’est, en effet, que le nouveau chapitre d’une longue série de manœuvres politiques et idéologiques visant à disqualifier les colonisés et leurs descendants immigrés ou " issus de l’immigration ", pour la seule gloire d’une France décidément incapable de renoncer aux privilèges de la domination.

En effet, l’ordre colonial s’appuyait en Algérie sur un système législatif rigoureux visant à l’émiettement progressif du peuple algérien. La stratégie du "diviser pour mieux régner " passait par la mise en concurrence des différentes composantes de la société. Ainsi, dès 1871, par le décret Crémieux, les autochtones juifs se voyaient accorder le droit à la pleine citoyenneté, ce qui eut comme effet immédiat, par les privilèges afférents, de les couper du corps social majoritaire et d’activer les tensions communautaires, quasi-inexistantes jusque là.

Ce funeste épisode, prélude à une douloureuse amputation identitaire, non seulement privera l’Algérie de la quasi-totalité de sa composante juive, mais trouvera dans le conflit israélo-palestinien un exutoire. Ironie de l’histoire : c’est sur le sol français, lieu du " pêché originel " qu’est l’entreprise coloniale, que les communautés juives et musulmanes soldent les comptes d’une histoire enfouie mais toujours au bord de l’explosion.

De la même façon fut construit le mythe kabyle, groupe ethnique ontologiquement supérieur aux arabes car proche de " l’Occident chrétien ", blond aux yeux bleus, etc.

Dans le cadre de cette même stratégie, la machine coloniale conçut ses supplétifs au sein même du corps social algérien. Ceux que l’on appellera Harkis feront ainsi le sacrifice de leur âme, plus sûrement victimes de rapports de force dans le cadre de la guerre coloniale que pleinement consentants.

Enfin, et sans doute trop tard pour en bénéficier pleinement, la machine de propagande comprit le bénéfice qu’elle pouvait tirer d’une campagne de libération de la gente féminine : atteindre le cœur même de la résistance algérienne en proposant comme ennemis aux femmes musulmanes, épines dorsales de la résistance, leurs propres maris, pères ou frères, afin de les détourner de la résistance à l’oppression coloniale.

Cette entreprise de division du corps social est toujours en oeuvre dans la France de 2004. La société post-coloniale vivant en France en est à la fois victime et témoin, car c’est en son sein que se situe le véritable ennemi. Ce sont les Ni Putes Ni Soumises qui l’affirment. La messe est dite !

Un " féminisme du pauvre "

Les Ni Putes Ni Soumises ? un ersatz de féminisme, stigmatisant et excluant et les " putes " et les " soumises " (entendez : les voilées), valorisant ce faisant une " féminité " conforme aux normes dominantes, et confortant les politiques de discrimination " républicaines " à l’endroit de ces deux catégories hérétiques de femmes [3]

En d’autres termes : un féminisme bon marché, taillé pour les femmes de quartiers. Ce qui le caractérise ? d’une part, l’essentialisme sexuel et la mollesse de ses positions philosophiques. Car les femmes de quartiers populaires, encastrées dans une " inoxydable féminité " [4], ne revendiquent que des droits minimaux, caractéristiques d’une citoyenneté au rabais : l’intégrité physique, le choix des tenues vestimentaires (ou plus exactement le droit de faire " le bon choix ", celui de la jupe courte, car le choix de porter le voile sans être insultée ou déscolarisée ne fait pas partie de l’agenda des Ni putes ni soumises), et enfin la pacification des relations avec l’autre sexe.

Tiens ! en parlant de sous-citoyenneté, Chirac n’avait-il pas dit à propos du peuple tunisien (ex-peuple colonisé) que " le premier des droits de l’Homme, c’est de manger, d’être soigné, de recevoir une éducation et d’avoir un habitat " ?

En guise d’épilogue...

Le 7 février 2004, Fadéla Amara, présidente des Ni Putes Ni Soumises, et en lice avec Pierre Rosanvallon, Jean-Claude Guillebaud et Claude Nicolet [5], recevait des mains de Jean-Louis Debré, l’homme des coups de hache contre l’Église Saint Bernard et du durcissement des lois Pasqua sur le séjour des étrangers, le prix du Livre Politique de l’année.

Les 3, 4 et 5 octobre 2004, c’était au tour de Valérie Toranian (directrice de rédaction du magazine Elle, Corinne Lepage (ancienne ministre et " laïcarde " acharnée), Bernard Stasi (ancien ministre et principal promoteur de la loi interdisant le voile à l’école), Laure Adler (directrice de France Culture) et enfin Dominique de Villepin (ministre de l’intérieur !) de lui régler son pourboire en lui rendant hommage pour bons et loyaux services.


Source: http://www.indigenes-republique.org

7 août 2010

Myriam Soumaré en foulard islamique à l’Elysée ?

Comme vous le savez sans doute, les athlètes qui portent haut le flambeau de la France en Espagne en ce moment pour les Championnats d’Europe d’athlétisme, seront reçus à l’Elysée de retour de Barcelone. Il y a un cas spécifique, celui de Myriam Soumaré, double médaillée pour le moment, puisqu’en principe elle va entrer en compétition pour les relais dès 19h30. Mais, depuis sa médaille de bronze sur le 100m, et celle en or sur 200m, je m’interroge. Une question me turlupine l’esprit.
Dans un reportage récent de la petite perle noire de l’athlétisme français Myriam Soumaré, accompagnée ce jour-là de sa soeur, elle indiquait qu’elle portait son foulard par….conviction religieuse. En revanche, sa soeur à ses côtés n’en portait pas. Donc, on voit bien qu’au sein d’une même famille, il peut y avoir des divergences et que ce ne sont ni les maris (elles sont célibataires), ni les parents, qui forcent le port du voile en général. Pourtant, l’amalgame et la stigmatisation, dans une islamophobie sans nom se sont toujours exprimés.
J’avoue attendre ce moment-là. Que va-t-il se passer ? Cette jeune fille, très naturelle et ouverte, d’après les images de la télévision, sa spontanéité etc, sera-t-elle à la hauteur ? Pour sûr, on va probablement lui déconseiller de porter son foulard. Moi, à sa place, je refuserai. Il est hors de question de faire la volonté de certains, intolérants et xénophobes.
Je pense bien que cette histoire sera very hot, very rock’n’roll.


Source: www.centpapiers.com

30 juil. 2010

Tribune : les vêtements des femmes

Par Véronique Decker

Nous publions une lettre replaçant le débat sur la burqa dans l’histoire de la tenue des femmes.


Depuis la nuit des temps, les hommes légifèrent et inscrivent dans les textes civils ou religieux, la manière dont les femmes doivent s’habiller, ce qui est licite de montrer ou non, et la pudeur dont elles doivent faire preuve.
Tout est codifié, de la manière de s’assoir à celle de saluer. Même monter à cheval était indécent il y a moins de deux siècles.
En Europe, le droit de porter un pantalon fut un combat. Il fallait rester en jupe, qui devait bien couvrir les chevilles. Puis, après 1914, la nécessité pour les femmes d’aller travailler (on manquait d’hommes valides) a permis que les jupes raccourcissent au-dessus de la cheville et montrent les mollets, et surtout que les gaines et guêpières qui enserraient la taille des femmes se délacent.
Les femmes portant des cheveux longs ont toujours dû cacher leur chevelure, natter, attacher les cheveux. Bien sûr, c’était un moyen de lutter contre les vermines (teignes et poux), mais aussi un principe de « pudeur » et de soumission. Impossible d’aller à l’église ou de se promener dans la rue en « cheveux », jusque dans les années 1950. La mode des cheveux courts fut un vent de liberté. Sortir cheveux au vent fut le symbole d’une autre vie pour les femmes dès 1960.
L’indécence avançant, des mollets, on est passé aux genoux. Les jupes se sont évasées et ont diminué encore. Les vacances, la plage, le bikini et Brigitte Bardot, et bientôt la minijupe ont montré les cuisses.
Et comme toujours, les hommes se sont affrontés sur le droit des femmes à s’habiller : les pères refusant aux filles, les hommes hélant les femmes dans la rue, voire s’invitant à leur table dans les bars s’ils les jugeaient habillées trop « sexy ».
Le mouvement des femmes, outre les luttes pour l’avortement et la contraception, a dû travailler sur le droit des femmes à sortir, se promener, aller au bar ou au restaurant, habillées comme elles veulent.
Dans tous les pays du monde, l’habillement des femmes change, au moins en ville, et les droits des femmes augmentent, même si l’écart entre les pays occidentaux et les autres reste important.
On peut analyser que le port du voile religieux et plus encore de la burqa sont des reculs de ces libertés. Sauf que chez la plupart des femmes qui le portent en France, il s’agit d’un choix et qu’à nouveau, une assemblée va légiférer sur ce qui est licite ou non de porter comme vêtement en France pour des femmes. Toute islamophobie dehors, il s’agit de montrer les musulmans comme de mauvais français, qui refusent de « s’intégrer », mais on ne légifère pas sur le port de la djellabah, de la barbe ou de la kamis : non, c’est toujours la femme, ce qu’elle doit montrer ou non qui est en jeu.
Et tout le monde commente le sort des femmes enfermées vivantes derrière la burqa, mais personne ne se soucie pourtant des bonnes sœurs cisterciennes ou dominicaines, cloîtrées dans des couvents, interdites de parler ou de rire, voire de se laver... Et pourtant, il semble qu’elles soient encore bien plus nombreuses que les adeptes du niqab.
La loi votée ce mardi 13 juillet ne se soucie absolument pas du sort réel des femmes ultra religieuses, elle n’est là que pour faire oublier les soucis immédiats qui vont cloîtrer nos vies : la disparition programmée des services publics, de la retraite socialisée, et qui nous enterrera vivants dans la recherche de l’argent nécessaire pour éduquer et soigner nos enfants et protéger nos parents de la misère et de l’abandon.

Source: www.npa2009.org