Le 31 octobre 2012, le Collectif contre l’Islamophobie en France
(CCIF) lançait pour un mois la première campagne de communication
nationale sur l’islamophobie, signée
« Nous aussi sommes la Nation »
(NSLN). Ce mois de mobilisation a permis au CCIF de sensibiliser les
Françaises et les Français sur la pleine appartenance des français de
confession musulmane à la Nation française, sur cette forme de
discrimination et d’intolérance qu'est l'islamophobie, mais également
sur les actions à engager pour lutter contre ce phénomène.
Le CCIF, ce sont
des milliers de victimes
aidées au cas par cas par nos équipes dans la défense de leurs droits,
des rapports détaillés et circonstanciés dressant chaque année un état
des lieux de l’islamophobie en France,
plus de 700 adhérents
et des dizaines d’associations partenaires, près de 60 volontaires
mobilisés autour de la campagne NSLN, des procès gagnés qui créent des
précédents dont tout le monde bénéficie, 10 antennes dans les grandes
villes de France,
une reconnaissance internationale et désormais institutionnelle, des partenariats universitaires,
une indépendance totale dans le fonctionnement et dans les décisions.
Cette
campagne « Nous aussi sommes la Nation » qui a duré un mois, a donc
fait l’objet d’une évaluation complète, afin de mesurer l'impact qu'elle
a eu auprès de la population et saisir les préoccupations de chacun sur
le sujet.
Rappel des objectifsAprès un
constat de 10 ans, qui a permis de mesurer la réalité chiffrée des actes
islamophobes au quotidien, mais aussi d'analyser les dynamiques
sociales, les discours et les préjugés qui la nourrissent, l’action du
CCIF se fonde sur 3 grands objectifs principaux :
-
Assister et accompagner les victimes dans leurs démarches (médiation, conseils juridiques, soutien psychologique…)
-
Sensibiliser tous les acteurs à la réalité de l’islamophobie (grand public, institutions, médias, etc.)
- Faire reculer le nombre d’actes islamophobes
Outre
le travail d’aide aux victimes mené de longue haleine par notre service
juridique, il s’agissait avec cette campagne de communication de grande
ampleur de travailler sur les clichés qui entourent les musulmans et
l’Islam en France. La campagne est signée « Nous aussi sommes la Nation »
pour réaffirmer l’appartenance des citoyens de confession musulmane à
la communauté nationale française et l’importance des valeurs de
liberté, d'égalité et de fraternité énoncées dans la devise nationale.
Les Français musulmans font eux aussi partie de la Nation : de droit,
mais aussi par leur sentiment d’appartenance, par leur contribution
quotidienne et historique à la vie du pays. L'ensemble des messages de
la campagne vise à
ouvrir le dialogue. Nous avons conçu
nos messages de manière à susciter le questionnement, la réflexion, la
curiosité, la connaissance d’autrui, dans le respect de ses différences.
Des différences compatibles avec les valeurs de la République. Cette
campagne, pour lutter contre l’islamophobie, permet de mieux connaître
les musulmans, dans leur diversité comme dans leur normalité, pour mieux
les respecter.
Les messages conçus ont été déclinés sur plusieurs supports : affichage, spot radio,
clip vidéo,
site internet,
tournée de conférences, opération de street marketing, notamment.
L’évaluation de l’impact de cette campagne s’est faite par le biais de plusieurs sources :
- Post-test publicitaire de la campagne d’affichage
- Analyse des retombées médias (TV, radio, presse, web)
- Analyse des visites du site
www.noussommeslanation.fr- Taux de fréquentation des conférences
Evaluation du dispositifAffichage :
Une cinquantaine d’affiches 4x3 ont été disposées sur le périphérique
parisien (réseau JC DECAUX) durant une semaine pour une couverture
minimale. Des affiches ont également été mises en place dans les abribus
lyonnais. Les messages des trois visuels affichés sont perçus
positivement par la majorité des personnes interrogées, qui y voient une
représentation pacifiée de la diversité de la population française.
Pour les personnes interrogées, à la vue de ces messages, « les
musulmans sont comme tout le monde ». La campagne dans son ensemble a
été perçue comme étant esthétiquement réussie et professionnelle. Pour
les personnes interrogées qui avaient répondu n'être pas spécialement
rassurées par l’Islam, le visuel "Une famille française" adoucit la
perception de l’Islam. Rappelons que ces trois affiches ont également
fait l’objet de vidéos explicatives, publiées sur le site
www.noussommeslanation.fr pour approfondir le message véhiculé.
Web : Sur le site internet du CCIF
www.islamophobie.net, près de 55 000 visteurs uniques entre l'opération
"Pains au Chocolat" et la fin de la campagne, dont près de 30 000 sur toute la campagne. Sur le site
www.noussommeslanation.fr, on compte près de 15 000 visiteurs uniques. Nous enregistrons par ailleurs plus de 25 000 vues sur YouTube pour le
vidéo clip de campagne. Le hashtag #NSLN sur
Twitter permettait de suivre le live-tweet des conférences et l’actualité de la campagne.
Radio :
Notre spot a été diffusé près de 250 fois, sur les ondes d'Europe 1 et
de Beur FM mais également de plusieurs radios locales. Le spot du CCIF a
eu ainsi près de 6200 secondes de diffusion (plus d'une centaine de
minutes). C'est l'équivalent d'un match de football avec des
prolongations !
Conférences : Avec une quinzaine
de conférences en France et deux au Royaume-Uni dans le cadre d'une
action coordonnée sous le nom Islamophobia Awareness Month (IAM),
plusieurs milliers de personnes ont pu connaître le CCIF et ses actions,
avoir une présentation détaillée de la campagne et s’informer sur les
actions à entreprendre pour lutter contre l’islamophobie. Le CCIF a
ainsi pu tisser des liens très forts en allant à la rencontre des
acteurs locaux (associations, municipalités, citoyens) qui souhaitent
s’investir davantage dans la lutte contre l’islamophobie. Par ailleurs, 2
nouvelles antennes régionales ont été créées, à Angers et à Grenoble.
Retombées presse : La campagne NSLN a fait l’objet de
près d'une cinquantaine d'articles,
reportages et quasiment autant d'interview sur les médias nationaux
mais la véritable sollicitation est venue des médias étrangers, qui ont
vraiment cherché à rentrer dans le coeur du message et de la
représentation, intrigués par le fait qu'on puisse discriminer les
musulmans en terre des Droits de l'Homme au point d'en rendre cette
campagne nécessaire. Beaucoup ont dénoncé le silence des médias
français, qui depuis s’activent à faire des séances de rattrapage sur
l’islamophobie, avec des résultats plus ou moins heureux…
Réactions du public :
plusieurs centaines de messages de soutien, de personnes d'horizons
très différents. Des musulmans, mais aussi des non musulmans, prenant
pour la première fois conscience de l’islamophobie, et convaincus que le
pays doit tirer bénéfice de la diversité des individus qui le
constituent, y compris religieuse. Nous avons également reçu des
sollicitations et messages de soutien de professionnels de la
communication et de la publicité, de l'audiovisuel suite au
refus de la régie publicitaire de la RATP
de diffuser notre campagne dans le métro parisien. Parmi les
témoignages reçus, provenant de Français de confession musulmane ou non,
la campagne a été jugée agréable et efficace.
ConclusionCette
campagne a permis au CCIF de se faire connaître comme un acteur
oeuvrant pour l’intérêt collectif et le respect des droits de chacun.
Par définition, une campagne de communication n’a pas vocation à
refléter exhaustivement notre réflexion sur l’islamophobie, notre
travail et notre vision de la France.
Elle conditionne le fait
qu’un message soit audible ou non. Elle prépare des esprits matraqués
par des clichés infondés, véhiculés quotidiennement dans les produits
culturels, les discours politiques, le traitement de l’information à
recevoir dorénavant un message différent, plus proche de la réalité.
Elle prépare au dialogue que le CCIF a fait le choix d’entamer sur ce
phénomène qui détruit des milliers de vies ici dans notre pays.
Mais
ce qui nous préoccupe par-dessus tout et retient toute notre attention,
c’est le pic de sollicitations de victimes et notamment l’augmentation
sans précédent du nombre d’appels reçus de leur part dès le coup d’envoi
de cette campagne. Cela révèle une véritable détresse : il existait des
victimes d’islamophobie qui ne savaient pas vers qui se tourner et qui
désormais savent que le CCIF est là pour elles. Ces efforts fournis
n’ont donc pas été vains.
Enfin, pour finir, le CCIF remercie
toutes celles et tous ceux qui ont rendu cette campagne possible. Toute
cette détermination, ces encouragements, mais également ces critiques
vont permettre à une équipe plus motivée que jamais à continuer ce
travail d’assistance et de sensibilisation qui dure depuis une décennie.
Source : www.islamophobie.net/