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16 sept. 2011

Trop de stéréotypes sur l'islam dans les manuels scolaires ?

Selon une étude allemande réalisée dans cinq pays, dont la France, les manuels scolaires européens véhiculent des stéréotypes sur l'islam et les musulmans qui "participent d'un racisme culturel".

"L'islam, société patriarcale et autoritaire, composée de paysans et de bergers qui fait face à d'importants problèmes d'adaptation à la modernité". Cette représentation de l'islam, donnée par un manuel scolaire espagnol, fait bondir l'institut allemand Georg Eckert Institut, qui dénonce dans une étude, présentée jeudi à Berlin, les stéréotypes sur l'islam et les musulmans véhiculés par les manuels scolaires en Europe. Un rapport se veut le premier du genre en Europe

Ces stéréotypes "participent d'un racisme culturel", estiment les chercheurs, qui ont passé au crible 27 ouvrages utilisés en 2010 dans les salles de classe en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en France et en Grande-Bretagne. "L'islam est toujours présenté comme un système de règles obsolète qui depuis son âge d'or n'évolue plus" par opposition à une Europe moderne, regrette Susanne Kröhnert-Othman, directrice du projet, au cours d'une conférence de presse.
Pas de reflet de la diversité musulmane
Ainsi, selon la chercheuse, la description fournie par l'ouvrage espagnol, qui associe islam et "société autoritaire" incapable de "s'adapter à la modernité", "ne permet pas de lutter contre un populisme islamophobe". "L'islam" est fréquemment représenté de manière simplifiée, comme une unité homogène, sans refléter sa diversité dans les différentes régions du monde, estiment aussi ces experts qui n'ont pas relevé de différences notables entre les cinq pays européens étudiés.

Au-delà de la dénonciation, les chercheurs recommandent d'inclure dans les outils scolaires des informations sur les réformes musulmanes menées par les religieux et les intellectuels, et les processus de modernisation. Ils réclament aussi une révision des chapitres consacrés aux migrations. "Les musulmans ne doivent plus être classés comme un groupe à part composé d'immigrés non-européens dont les traditions, empêchent une intégration", estiment les chercheurs. 

Source : lci.tf1.fr

7 sept. 2011

L’école musulmane bientôt ouverte

Couverte de tuiles vertes — couleur de l’islam —, l’école est aujourd’hui quasiment terminée à l’arrière de la mosquée de Creil, sur le Plateau-Rouher. Mais le dossier paraît tellement sensible que Benyounes Kaou, président de l’Association cultuelle et culturelle des musulmans de l’Oise (Accmo), qui porte le projet, ne souhaitait toujours pas confirmer, hier, l’imminence de l’ouverture du lieu.
Pourtant, le futur établissement scolaire privé musulman pourrait ouvrir dès lundi prochain.
Les formalités administratives sont loin d’être aisées, car la construction de l’école s’est faite à l’emplacement du parking privé de la mosquée. Et la ville de Creil demande le maintien de ce parc de stationnement de 75 places avant toute ouverture. De son côté, la préfecture précisait simplement hier soir que le dossier était « en cours de constitution et d’instruction ».

Les cours alignés avec le programme officiel

Mais si elle accueille bien ses élèves dès lundi, cette madrassa, comme elle est désignée sur le site Internet de la mosquée de Creil, sera la première du genre dans l’Oise. Les préinscriptions se font en tout cas en ligne depuis la fin mai. L’école compte pour le moment six salles. Dans un premier temps, quatre classes seraient prévues : CP, CE1, CE2 et CM 1, avec un effectif maximal de 21 élèves par classe. Le directeur, issu de la région parisienne, a été recruté, comme les professeurs. Le contenu des cours devrait s’aligner sur le programme officiel, avec une particularité essentielle : l’arabe sera enseigné dès le CP et les jeunes devraient aussi être initiés au Coran. Pour les prières aux heures de cours, les élèves devraient également faire une pause pour la suivre dans leur classe. « Beaucoup de familles souhaitent que leurs enfants maîtrisent l’arabe et apprennent également ce que représente l’islam », explique un membre de la communauté.
Une bibliothèque, une salle de réunion, une autre pour les professeurs et une cuisine compléteront l’aménagement. Le chantier a été mené avec l’aide de fidèles bénévoles. Il est évalué entre 400 000 et 450 000 €. « Cette école suscite de l’intérêt de la part de la population, expliquait hier Hicham Boulhamane, conseiller municipal de Creil délégué à la politique de la ville. Cet établissement est d’autant plus attendu que les écoles publiques du quartier Rouher sont saturées. Il ne faut pas voir dans cette structure une offre concurrentielle, mais complémentaire. »
L’annonce de ce projet éducatif et confessionnel semble avoir retenu l’attention de la communauté musulmane vivant bien au-delà de Creil. L’Accmo assurait dans le courant février avoir reçu 600 demandes d’inscriptions, mais la réalité des chiffres est impossible à vérifier. L’inspection académique a en tout cas reçu un dossier de création d’école en juin et l’a instruit cet été. L’établissement devrait fonctionner hors contrat avec l’Etat. Reste que sur le sujet, les services de l’Education nationale sont tout aussi silencieux que les responsables de la mosquée de Creil.

Le Parisien

31 mai 2011

Ecole musulmane : tension maximale depuis la fermeture

Les étudiants de l’Ifesi multiplient les actions pour obtenir la réouverture de leur institut. Face à leur exaspération et à leurs attentes, la municipalité dénonce un « climat d’intimidation ».

Ils ont d’abord manifesté. Ensuite, ils ont campé sur les marches de la mairie, puis se sont enchaînés à un radiateur avant d’entamer une grève de la faim et de bloquer la circulation sur la N19. Depuis maintenant plus d’un mois, les étudiants de l’Institut français d’études et de sciences islamiques (Ifesi) multiplient les actions pour demander la réouverture de leur école fermée le 26 avril pour non-respect des normes de sécurité, alors qu’aucun recours n’a été déposé devant le tribunal administratif.

A l’origine, la décision d’interdire l’accès à l’institut a été prise par le tribunal de grande instance de Créteil. C’est pourtant la mairie de Boissy qui se retrouve en première ligne. « On comprend qu’ils soient impatients, mais ils vont trop loin », estime-t-on à la mairie. D’après un membre de la municipalité, le maire fait l’objet d’insultes quatre fois par jour : « Il s’en prend plein la figure : Lâche, sale menteur… Les élus musulmans se font traiter de traîtres, de vendus à la République. La semaine dernière, ils ont pendu des mannequins au-dessus de la mairie. Ils ont parodié « la Marseillaise »

Cent-cinquante policiers ont accompagné les élus dans la mairie au moment du conseil municipal. Certains ne veulent plus venir. C’est d’une violence sans nom! » Rachid Aboufarah, porte-parole des étudiants, rejette quant à lui toutes les accusations de la mairie : « Il n’y a aucune menace! C’est l’effet de masse qui fait peur. On n’a pas dérangé le conseil. Il n’y a eu, à ma connaissance, aucune plainte déposée pour agression ou quoi que ce soit. Pour les mannequins, ils symbolisaient le savoir qu’on voulait empêcher… » Pour « la Marseillaise », le porte-parole indique qu’il s’agissait d’une personne extérieure au groupe des étudiants et qu’il condamne ce comportement.

Une situation qui interpelle les pouvoirs publics. Ainsi, selon des sources proches du dossier, « les leaders tiennent un double discours. D’un côté, ils annoncent qu’ils veulent respecter la loi. Et de l’autre, ils radicalisent leur mouvement en cherchant la confrontation ». Pour ce policier : « La plupart des manifestants ne sont pas originaires de Boissy-Saint-Léger. Inconnus de nos services, ils viennent de toute l’Ile-de-France. Ce sont pour la plupart des gens cultivés qui pratiquent un islam modéré. Ils ne sont qu’une très petite minorité à tenir des propos extrémistes. »

Alors que certaines voix signalent la présence de salafistes dans le mouvement, le porte-parole rejette toute accusation d’extrémisme. L’étudiant parle de son côté de « harcèlement policier » et rappelle la manière musclée dont les manifestants ont été dégagés les week-ends précédents. Le traitement du dossier serait, selon lui, politique, on chercherait à faire « pourrir » la situation pour voir disparaître l’école islamique, ce dont se défendent la mairie et la préfecture.

« Ils cherchent à se victimiser et se donner en spectacle », lâche le maire, Régis Charbonnier (PS). « Qu’on arrête de nous mentir et tout rentrera dans l’ordre », rétorque le porte-parole. Des commissions de sécurité et d’accessibilité auront lieu les 6 et 9 juin.

Source : Le Parisien

28 mai 2011

Réhabiliter la vocation de l’enseignement de l’islam

Par Mohamed MESTIRI

L’information sur l’islam envahit aujourd’hui de plus en plus nos écrans, nos serveurs et même nos bibliothèques. Cependant, cette inflation de la transmission ne transforme pas pour autant notre comportement ni même notre rationalité. Paradoxalement, plus le flux des connaissances sur l’islam est abondant plus le discours islamique est confus et moins influent sur notre quotidien. Nul ne peut nier la fluidité de la circulation de l’information sur l’islam, malgré le déficit en matière de liberté d’expression, et les multiples formes de censure politique ou dogmatique. La question fondamentale demeure celle de la méthode, capable d’articuler ces informations dans les procédures didactiques liées à la transmission et à la réception.

Or, la course vers le mode de transmission quantitatif, justifiée par des considérations commerciales et par la loi de l’offre et de la demande, finit par occulter la vocation spirituelle de l’enseignement islamique et son esprit éthique, qui exigent tous deux une démarche fondamentalement éducative. « La finalité du savoir est de le vivre » disait le pionnier des finalités de la Charia Al Chatibi. Ceci implique nécessairement, non seulement une vision intellectuelle propre au projet de l’enseignement, mais aussi une stratégie pédagogique lui permettant de faire évoluer graduellement l’acquisition du savoir, et celui-ci vers le savoir être spirituel et le savoir vivre éthique islamique.

Transmettre le savoir islamique dans le cadre de sa voie éthique universelle, exige cette double méthode conceptuelle et didactique, garantissant ainsi sa rigueur et son humanité. Les musulmans viendront moins vers leur islam animés par la recherche d’un abri identitaire, de réconfort culturel, quand le leadership islamique ira vers eux avec plus de vision sociétale voulu par la transmission de l’islam. La quête du savoir de l’islam, qui doit animer « la demande » du public et « l’offre » de l’élite, doit se croiser dans l’envie de contribuer au bien être de la civilisation humaine et, à travers elle, de la Oumma. La quête des lettres muettes est une illusion de savoir. Même le Coran, figure de l’insaisissable par l’entendement humain, interpelle dès ses premiers versets « l’intellect croyant » pour que son verbe soit lu, interprété et compris dans l’inspiration de la grâce de Dieu : « Lis au nom de ton Seigneur » (Coran 96 :1). Le verbe coranique n’est nullement muet, il nous parle pour nous faire parler du sens qui nous habite et qui nous entoure par création, et qui doit susciter en nous le goût de la méditation. Le savoir islamique est un savoir de Rappel, « Dhikr », vers ce devoir originel de méditer notre responsabilité sur terre. La finalité spirituelle voulue par ce savoir doit dévoiler en nous notre éthique sociale d’entraide, de justice et de vérité.

Toutes les sciences -dites islamiques- qui ont été construites dans l’histoire de l’islam, sont des sciences méthodologiques qui ont permis d’inventer des clés, des procédures philosophiques et techniques afin d’aborder les sources de l’islam, le Coran et la Sounna, dans un contexte variable et dans une perspective civilisationnelle. Ces sciences ne sont que le fruit de la méditation humaine, à partir de possibilités de connaissance historique et sur le verbe divin ; ce verbe divin qui demeure, pour un croyant, La Connaissance par excellence, source, guide et lumière de toute connaissance humaine.

Cependant, dans l’ère de la marginalité de la civilisation musulmane et de la stagnation de l’esprit islamique aujourd’hui, les sciences islamiques ont cessé de réinventer un sens à la vie et à la responsabilité du croyant. Dans cette inaction et ce fatalisme prédominants, l’esprit islamique contemporain a abandonné sa responsabilité de relire ses Textes fondamentaux pour reproduire de nouvelles approches méthodologiques capables de continuer la créativité au sein des sciences islamiques. Seules, les sciences patrimoniales, inventées dans les premiers siècles de l’islam, pour répondre au besoin de l’homme musulman de leur époque, celui de comprendre les sources de l’islam, monopolisent aujourd’hui le domaine des sciences islamiques. Ces sciences, surgissant d’une lointaine histoire, ne suffisent évidemment pas pour relire le Coran à la lumière de notre temps moderne complexe. Mais lorsque l’incapacité de l’esprit islamique aujourd’hui à rénover, voire refonder les sciences islamique du passé se dévoile, elle ne peut qu’impulser du traditionalisme et pousser à l’adopter comme « doctrine islamique ». Ainsi et peu à peu, la sacralisation des sciences patrimoniales se confond avec celle des sources divines de l’islam, allant jusqu’à se substituer à elle, faute de compétences islamiques contemporaines habilitées à interroger directement le Coran et la Sounna. Par conséquent, quand la perspective de l’enseignement de l’islam se heurte volontairement aux limites des méthodes passées, formant ainsi un consensus réducteur et minimaliste entre l’élite et le public, l’enseignement perd son âme spiritualisante, son sens responsabilisant et toute sa vocation, pour ainsi devenir l’objet et l’objectif en soi en même temps.

Le savoir islamique est porteur de civilisation. Celle-ci se distingue, dans sa conception, par son humanisme fondé dans l’idée même de la responsabilité ontologique qui renvoie à la création de l’homme vicaire sur terre « Khalifa ». Il s’agit d’une responsabilité historique et spirituelle à la fois qui s’inscrit dans la vocation adorative de l’homme « Je n’ai créé le Djinn et l’homme que pour m’adorer » (Coran 51 : 56). C’est cette qualité d’Homme à vocation spirituelle et historique, qui le rend capable de peupler la terre de manière bénéfique, que le Coran appelle « I’mar » et qu'Ibn Khaldoun utilise dans le sens de civilisation. Donc, le savoir doit par définition éduquer à la responsabilité spirituelle et peut ainsi civiliser à l’humanisme et au respect de l’environnement, comme dépôt moral confié à l’Homme par le biais de l’acte originel de sa création. L’homme civilisé et civilisateur dans la conception islamique doit s’inscrire dans une quête de savoir horizontal, enraciné dans ses conjonctures historiques, aussi bien que vertical, transcendant et s’élevant vers l’inspiration divine. Le savoir - dit islamique - est ainsi le résultat d’une double méditation sur soi et le monde visible d’une part, et sur Dieu et son verbe d’autre part. Il ne peut pas être exclusivement le fruit d’une méditation sur le verbe divin, à savoir le Coran et la Sounna. Nous devons méditer Dieu à travers toute sa création, y compris nous même. « Parcourez la terre et méditez» (Coran 29 : 20). Tout savoir, capable de rappeler la vocation éthique islamique de l’Homme et de la réveiller à travers son acte, est un savoir islamique.

Paradoxalement, cette vocation civilisatrice, fondamentale dans le savoir islamique, est de moins en moins celle promut ou recherchée conventionnellement aujourd’hui. Le savoir véhiculé semble se limiter à l’aspect rituel, nécessaire pour se conformer aux Textes référentiels du Coran ou de la Sounna, dans la pratique des prières adoratives et sous ses différentes déclinaisons. Ce savoir détaché de ses finalités spirituelles et historiques, peut être acquis par la lecture et n’a nullement besoin d’un enseignement initiatique approfondi et nuancé. Cependant, la figure pathologique du transmetteur du savoir religieux, sacralisé et figé, se confond avec le médiateur social ou le leader politique communautaire. L’esprit de cette quête ritualiste ne peut que vider le savoir de sa vocation éducatrice et civilisatrice. Son ascension massive est en phase avec le déclin de l’apport civilisationnel de la Oumma. Le retour du religieux par le biais de ce savoir de consommation ne peut pas être salutaire. Il s’agit du religieux qui s’interdit le savoir qui éveille les sens et qui forme à la production du savoir. Le savoir qui ne génère pas de savoir est non seulement stérile, mais aussi porteur d’ignorance méthodique capable de convaincre, d’influer et d’être partagée.

Tout savoir, « islamique » soit-il, peut reposer sur des certitudes faussées, sur une finalité absente, sinon équivoque, et sur une vision inhumaine du monde. Il peut devenir ainsi l’ennemi de l’Homme alors qu’il est sensé l’aider à percer les mystères du monde, et à se dévoiler tous les jours. Ainsi, le savoir islamique doit préserver sa vision et son cadre référentiel pour qu’il demeure une ligne de conduite spirituelle et éthique, capable non seulement de guider l’Homme vers son humanité, mais de l’élever vers l’Amour divin, source de la miséricorde sur terre. Notre savoir doit nous questionner au quotidien et nous renvoyer à nos limites dans la connaissance. Il pourrait ainsi nous éduquer à l’humilité et à la dignité.