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30 nov. 2010

Il veut lancer une initiative pour autoriser à nouveau les minarets

Cela faisait plusieurs mois qu’on n’en avait plus entendu parler. Hier, le controversé Conseil central islamique suisse (CCIS) est sorti du bois pour présenter à Zurich son dernier cheval de bataille: abolir l’interdiction des minarets. Un an jour pour jour après la votation qui a recueilli 57,5% des voix, l’organisation veut faire revoter le peuple. Elle lancera une initiative populaire en janvier.

Le texte prévoit de rayer l’alinéa 3 de l’article 72 de la Constitution fédérale, qui stipule que la construction de minarets est interdite. «Il est discriminatoire et donne une image négative de la Suisse, explique Abdel Azziz Quaasim Illi, membre du conseil. Nous voulons l’abolir sans attendre qu’une institution étrangère, comme la Cour européenne de Strasbourg, casse la décision populaire. Il faut donner aux Suisses la possibilité de corriger leur vote réalisé sous le coup de l’émotion.»

Il se donne jusqu’à fin décembre pour créer un comité composé de plusieurs acteurs politiques, religieux ou culturels. «Le texte devra être déposé à la Chancellerie pour les vérifications d’usage en janvier 2011», précise le porte-parole.

Le CCIS promet de se retirer ensuite du devant de la scène pour faire place au débat. «Je suis conscient de notre image, analyse Nicolas Blancho. Or, cette initiative doit être portée par le plus grand nombre.» Mais le président de l’organisation qui compte 1700 membres – sur 400 000 musulmans en Suisse – n’a pas pour autant collaboré avec d’autres organisations musulmanes. «Nous ne voulions pas qu’il y ait des fuites dans la presse, c’est pourquoi nous avons préparé l’initiative en secret. Mais des contacts ont été pris avec des partis qui ont condamné l’interdiction l’an passé.» Lesquels? Mystère. Il refuse de donner des noms.

«C’est de la provocation!»

Et pour cause. Après vérification, personne n’est au courant du projet! Ni les musulmans, ni les juifs, ni les chrétiens et encore moins les principaux partis politiques. Mieux: tous se montrent sceptiques face à une démarche «inopportune».

«On dirait qu’ils lancent une initiative sans réflexion préalable, déplore Hisham Maizar, président de la plus grande fédération d’organisations islamiques de Suisse. Un an après la votation sur les minarets et au lendemain d’un autre scrutin sur les étrangers, le moment est mal choisi. L’idée est peut-être légitime, mais elle ressemble à du populisme.»

Un avis partagé par Ueli Leuenberger, président des Verts, qui estime, en plus, que la proposition vient de «gens excentriques qui n’hésitent pas à soutenir la lapidation».

Christophe Darbellay, président du PDC, préfère «respecter la décision prise par la population il y a un an». «Attendons de voir si les recours aboutissent à Strasbourg», abonde Kurt Fluri, conseiller national (PLR/SO).

Les membres du CCIS ne sont pas crédibles, poursuit Christian Levrat, président du Parti socialiste. Cela ressemble à un coup marketing.» Spécialiste des questions musulmanes, le sociologue Stéphane Lathion résume: «C’est de la provocation. D’un côté, il y a le Conseil central islamique, de l’autre l’UDC!»

Dans ce parti justement, on se frotte déjà les mains de recevoir un si joli cadeau pour Noël et à quelques mois des élections fédérales. «C’est bien que ces gens-là prennent la voie démocratique, conclut le Valaisan Oskar Freysinger. On va pouvoir débattre!»


Source: www.24heures.ch

21 nov. 2010

Querelle de minaret à Langenthal

Il y a un an, le verdict du peuple suisse pour l’interdiction des minarets faisait les gros titres du monde entier. Et voilà que la petite ville bernoise de Langenthal réveille l'intérêt des médias étrangers avec une polémique autour d’un minaret.


Langenthal, avec son design et sa porcelaine, fait régulièrement la une des médias depuis 2006 à cause d'un minaret qui n'existe pas (encore). Non seulement cette petite ville industrielle d’environ 15’000 habitants se trouve au centre géographique de la Suisse, mais aussi dans l’exacte moyenne des sondages de consommateurs alémaniques.

Ainsi, de nombreuses entreprises testaient volontiers ses habitants lorsqu’elles voulaient introduire un nouveau produit: ce qui pouvait y être vendu avait de bonnes chances de pouvoir l’être ailleurs en Suisse alémanique.

Par contre, le projet de construction d’un minaret passe moins facilement la rampe à Langenthal: en 2007 la communauté musulmane a déposé une demande de permis de construire pour agrandir son centre religieux.

Depuis la votation fédérale contre la construction des minarets, la petite ville ne cesse d’occuper la scène médiatique à cause de cette demande de permis, même si ce n’est pas cette affaire qui est à l’origine de l’initiative populaire. Mais les autorités cantonales s’en sont mêlées.


Publicité problématique

Le maire Thomas Rufener n'est pas content du tout de cette publicité, mais rappelle que, lors de la votation populaire de 2009, «les citoyen de Langenthal ont voté exactement comme la moyenne des Suisses».

Il n’y a pas eu dans sa ville plus de oui ou de non qu'ailleurs! Et voilà que différents partis politiques voudraient faire croire que la publicité faite à sa ville est à l’origine du plébiscite pour l’interdiction des minarets.

Dans les médias aussi, l’image de Langenthal est désormais associée à la droite conservatrice et hostile à l'islam. Thomas Rufener s’en défend, lui qui est pourtant membre de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) à l’origine de l’initiative populaire. «De nombreux médias internationaux s'intéressent tout à coup à Langenthal, qui est montrée comme le centre de la querelle sur les minarets, alors qu’elle n’a rien à voir avec tout ça», dit-il.



Projet de mémorial

La mosquée de la discorde se situe dans la zone industrielle de la périphérie de Langenthal. De l’extérieur, la grande salle de prière du centre religieux n’a rien d’une mosquée orientale, mais ressemble plutôt à une halle de gym.

A moins de cent mètres de là, dans une des salles ultramodernes du nouvel Hôtel du Parc, le comité d'action «Halte au minaret» s’est réuni pour présenter la maquette d’un mémorial qu’il projette de réaliser.

Le monument qui devrait être installé à un carrefour du centre-ville représente la forme d’un tire-bouchon à l’envers de la taille d’un homme, et est censé rappeler les persécutions dont sont victimes les non-musulmans des pays islamiques. Le comité mentionnait l’attentat terroriste qui a récemment touché une église à Bagdad.

Le conseiller national (député) UDC Walter Wobmann s’est aussi exprimé, évoquant l’«arrogance incroyable» des autorités du canton de Berne, qui autorisent la construction du minaret de Langenthal malgré le résultat de la votation de 2009. Entre temps, le conseil municipal de Langenthal a refusé la requête du comité de mettre un emplacement à sa disposition, selon son communiqué.


«Paradoxe politique»

Si le comité table sur les peurs de la population suisse chrétienne, de leur côté, les membres de la communauté musulmane de Langenthal ont tout aussi peur. Ils sont majoritairement albanais de Macédoine, explique leur porte-parole Mutalip Karaademi, lui-même originaire de cette région.
Il déplore ce triste paradoxe qui veut que des musulmans européens, qui ont eux-mêmes vécu sous la terreur, soient mis dans le même panier que des terroristes arabes.

«En ex-Yougoslavie, il n'y avait aucune liberté de religion. L'imam devait obligatoirement être membre du Parti communiste. La guerre des Balkans des années 1990 a été spécialement dure pour les musulmans», explique-t-il.

«Et quand nous nous sommes venus nous réfugier en Suisse, pays démocratique qui garantit la liberté de culte, voilà que nous sommes de nouveau pris pour cible par la propagande politique.»

En outre, un Albanais n’est pas automatiquement musulman, ajoute-t-il. «Mais nous avons le sentiment de former une même communauté culturelle, même si les Albanais se répartissent entre trois religions, car c’est normal pour nous de vivre ensemble». Et cela vaut aussi pour les Suisses.


«Jusqu’au Tribunal fédéral»

Cependant Langenthal est encore très loin d'une solution, relève Daniel Kettiger, conseiller juridique de la communauté religieuse. Il estime qu’il était évident dès le départ que les adversaires du minaret poursuivraient la lutte jusqu'au Tribunal fédéral, soit jusqu'à la dernière instance judiciaire.

Mais le juriste est convaincu que l’interdiction des minarets n’a aucune chance à long terme, car «ce sera la Cour européenne des droits de l'homme qui aura le dernier mot».

Tout autre son de cloche du côté des partisans du mémorial: Walter Wobmann lui aussi invoque la cour de Strasbourg, qui seraient bien inspirée «de ne pas condamner la décision claire d’un Etat souverain».

Si une interdiction des minarets était considérée comme une violation des droits humains, on pourrait se demander si le Coran dans son ensemble n’en est pas une: «il faudrait aussi juger sur lapidations, mariages forcés, châtiments corporels sur des femmes et des enfants», a lancé le député au public.


Source: swissinfo.ch

24 sept. 2010

Une nouvelle affaire de minarets en Suisse


Par Haykem Ezzeddine

Bref retour en arrière. Le 29 novembre 2009 le peuple suisse a voté à une majorité de 57.5% pour l’interdiction de construction de nouveaux minarets. Une initiative portée par l’extrême droite populiste incarnée par l’Union démocratique du centre (Udc) qui surfe sur la vague de l’islamophobie. L’affaire des deux otages suisses détenus par la Libye a lourdement pesé sur cette votation (voir notre article du 2 mai 2010). Faut-il rappeler que seules quatre villes en Suisse possèdent un minaret (Genève, Zurich, Winterthour et Wanger)? Cinq mois avant le vote du 29 novembre 2009, un centre musulman dans la ville de Langenthal rattachée au canton de Berne a reçu un permis de construction pour un minaret et une coupole.

Une procédure de recours rejetée
La procédure de recours de plusieurs habitants de Langenthal regroupés au sein du comité “Stopp Minarett” vient d’être une fois de plus rejetée cette semaine par les autorités se basant sur une décision prise bien avant que le peuple suisse ne se prononce sur l’interdiction par les urnes de toute édification de nouveaux minarets.
Incompréhension et nouvelle polémique de la même extrême droite qui étale son mécontentement dans les médias. Nous avons interrogé à ce sujet l’ex-porte- parole de la mosquée de Genève, l’actuel directeur de la Fondation de l’Entre Connaissance, Hafid Ouardiri, très actif dans les milieux intellectuels genevois et qui est derrière le recours devant la cour de Strasbourg contre l’initiative anti-minaret. Et voici ce qu’il nous a déclaré: «Cette réponse positive est bienvenue... Ce qui est malheureux c’est que les opposants vont de nouveau rallumer la polémique et les hostilités alors que la Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg n’a pas encore statué sur les requêtes qu’elle a déclaré recevable. En Suisse, il y a de la place pour toutes les expressions culturelles et religieuses. J’espère que les musulmans de Langenthal traduiront cette autorisation en un minaret d’une esthétique et d’une discrétion artistique qui ferait changer d’avis les opposants tant elle se fondrait dans l’environnement.»
Un souhait que tous les musulmans suisses aimeraient voir concrétiser. Mais les opposants n’ont pas dit leur dernier mot. Affaire à suivre.

Source: http://kapitalis.com/

4 sept. 2010

L’érection d’un nouveau minaret en Suisse

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L’artiste JR, adepte des placardages muraux plus ou moins clandestins (un peu dans la lignée d’Ernest Pignon-Ernest) est connu pour son projet Face2Face sur le Mur de séparation construit par Israël en Palestine occupée (ci-dessous) et, récemment, pour ses portraits de femmes sur les quais de Paris (”Women are Heroes”). Il annonçait cet été à Arles son projet, en collaboration avec le Musée de l’Elysée à Lausanne, de placarder dans la ville voisine de Vevey des images de la collection du Musée : sortir les photos des archives, les montrer aux passants. Ça posait quelques problèmes de droit d’auteur, mais c’est fait, à l’occasion du Festival des Arts Visuels de Vevey (jusqu’au 26 septembre, mais les affiches resteront en place, je présume).

img_8593.1283587947.jpgJe n’y suis pas allé, mais l’image est frappante : comme chacun sait, la Suisse vient, par référendum, d’interdire la construction de nouveaux minarets, et JR, par un des pieds de nez dont il est coutumier, en a érigé un de 40 mètres de haut au centre de Vevey. C’est une photographie de Lehnert & Landrock, deux photographes suisses actifs en Tunisie et Egypte au début du XXème siècle.

Chapeau !


Source: http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr

24 juin 2010

Le Conseil de l'Europe contre l'interdiction totale du voile intégral et contre le vote suisse sur les minarets

Par le vote, ce mercredi 23 juin, à Strasbourg, d'une résolution sur la lutte contre l'islamisme et l'islamophobie, le Conseil de l'Europe recommande aux 47 États membres concernés, dont la France, de ne pas recourir à l'interdiction du voile intégral, et enjoint la Suisse à annuler le vote sur les minarets. Ils constituent, selon les parlementaires, un délit flagrant de discrimination agencée par des débats politiques stériles.


« L'interdiction générale du port de la burqa et du niqab dénierait aux femmes qui le souhaitent librement le droit de couvrir leur visage », affirme une résolution adoptée à Strasbourg, par 108 voix, dont celles des Français, et 4 abstentions.

L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe s'est prononcée, mercredi 23 juin, contre l'interdiction du voile intégral comme l'envisagent certains gouvernements européens, dont la France et la Belgique. Au grand dam des parlementaires – de droite surtout – qui en avaient fait leur cheval de bataille comme un certain André Gerin ou un Éric Besson, qui comptent faire examiner le projet de loi d'interdiction en séance publique à partir du 6 juillet prochain et au Sénat le 7 septembre.

Interdire le voile intégral serait contre-productif

Ce projet de loi, estiment les parlementaires européens dans le texte voté, serait contre-productif, il « pousserait les familles et la communauté à faire pression sur les femmes pour qu'elles restent chez elles et se limitent à entretenir des contacts avec des femmes », tout en précisant « qu'aucune femme ne devrait être contrainte de porter une tenue religieuse ». Le texte ajoute que l'interdiction ne peut se justifier que « pour des raisons de sécurité ou lorsque les fonctions publiques ou professionnelles d'une personne lui imposent de faire preuve de neutralité religieuse ou de montrer son visage ».

Un texte tout à fait conforme à l'avis consultatif du Conseil d'État, qui avait émis des réserves quant à l'interdiction générale du voile intégral dans l'espace public.

Un vote pas raisonnable

Les parlementaires se sont également prononcés, lors de cette séance dédiée à une réflexion sur « l'Islam, l'islamisme et l'islamophobie en Europe », en faveur d'une annulation du vote contre la construction de minarets en Suisse, jugé discriminatoire envers les communautés musulmanes.
La construction des minarets, jugent les parlementaires, ne devrait être soumise qu'aux règles « de sécurité publique et d'urbanisme ».

Dans le même sens, l'Assemblée dit déplorer qu'« un nombre croissant de partis politiques en Europe exploitent et attisent la peur de l'islam en menant des campagnes politiques qui privilégient une vision simpliste et des clichés négatifs à propos des musulmans » et se dit également « préoccupée (…) par le risque d'une utilisation abusive des votes, initiatives et référendum populaires pour légitimer des restrictions des droits à la liberté de religion et d'expression ».

« Les musulmans sont chez eux en Europe, où ils sont présents depuis des siècles, comme l'indique l’Assemblée dans sa Recommandation 1162 (1991) », rappelle le Conseil de l'Europe. « Pourtant, l’intolérance vis-à-vis de l’islam et des musulmans va croissant et nos sociétés se déchirent dans des polémiques s’y rapportant », souligne Mogens Jensen, rapporteur de la commission parlementaire sur « L'Islam, l'islamisme et l'islamophobie en Europe ». Pour lui, les dernières élections qui ont eu lieu en Europe montrent une poussée des mouvements populistes s’appuyant sur ces sentiments négatifs envers l’islam.

« Cette situation est préoccupante », s'inquiète-t-il devant les parlementaires. Et de rappeler : « Souvenons-nous de ce qui s’est passé sous Hitler, souvenons-nous de la persécution dont la religion catholique fut l’objet sous Staline. Tout cela peut paraître bien lointain et l’on a du mal à imaginer que des événements similaires se produisent à l’époque contemporaine. Mais Srebrenica , c’était il y a seulement quinze ans. »

Islamophobie et islamisme sont liés

La résolution née de la commission parlementaire sur « L'Islam, l'islamisme et l'islamophobie en Europe », débattue depuis le début de l'année 2010 a donc été votée mercredi 23 Juin au Conseil de l'Europe, à Strasbourg. Menée par le socialiste danois Mogens Jensen, elle préconise le dialogue et l'éducation interreligieuse dans les universités pour lutter efficacement contre l'islamophobie et l'islamisme, cette « forme d'extrémisme politique pratiqué sous couvert de religion », partant du principe que ces deux concepts se renforcent mutuellement.

Reste à savoir désormais si le gouvernement français prendra acte de cette résolution, ou s'il ne la leur renverra pas à la figure, comme il l'a déjà fait avec les Sages.


Lire le rapport L’islam, l’islamisme et l’islamophobie en Europe de la commission Commission de la culture, de la science et de l’éducation du Conseil de l'Europe.
Lire la teneur des débats à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe sur la question de l'islam, l'islamisme et l'islamophobie.

Source: www.saphirnews.com

15 mai 2010

Ombre sur la burqa et le minaret

Par Hani Ramadan

Le regard que beaucoup d’Occidentaux portent sur l’islam repose incontestablement sur de grossiers préjugés. J’aime cette image que donnait un journaliste égyptien pour illustrer le thème de l’islamophobie:

«Imaginez un homme qui n’aurait jamais vu son ombre. Il se trouve sur une scène devant un immense écran blanc. A ses pieds, des projecteurs viennent soudainement l’éblouir. Il se retourne, et que voit-il? Son ombre agrandie une dizaine de fois. Sa frayeur est si grande qu’il s’agite. Et son ombre s’agite aussi, si bien que sa frayeur augmente, et ainsi de suite.»

Pourquoi certains Suisses ont-ils rejeté les minarets? Parce qu’ils y ont vu le symbole d’une conquête politico-religieuse. Ce que, précisément, le minaret n’est pas.

Pourquoi quatre-vingt-neuf députés argoviens ont-ils voté une motion visant l’interdiction du voile intégral dans l’espace public? Argument principal: «La burqa est un symbole du pouvoir de l’homme sur la femme.» Ce que, précisément, le voile intégral n’est pas.

Les femmes qui portent volontairement le voile intégral – et parfois contre la volonté de leur entourage masculin – sont les premières victimes de ces confusions. La liberté, ce n’est pas de se conformer à la vision que les uns ont de la liberté aux dépens des autres. Ce doit être la liberté pour tous selon la conviction de chacun, dans les limites du bien commun. Contraindre une femme à se découvrir, contrairement à sa foi, est une infamie.

Voile intégral ou minaret, on charge ces signes visibles d’une interprétation subjective courante, puis on s’en prend à ce que l’on a compris. En d’autres termes, on rejette ce que l’on projette sur l’autre. Cette projection peut même se transformer en provocation: on a vu les Jeunes UDC diffuser un samedi matin l’appel à la prière par haut-parleur autour de la mosquée genevoise dotée de l’un des quatre minarets de Suisse! Comble du ridicule dans le registre des gesticulations : les initiateurs en sont venus à provoquer eux-mêmes les troubles dont les musulmans seraient coupables !

On tourne en rond, sans se rendre compte que l’on tombe dans des formes de ségrégations religieuses injustes. On finit par admettre des formes de ségrégations injustes. Il en va ainsi lorsque l’on fait une différence entre le clocher et le minaret, et Amnesty International a rappelé qu’interdire la burqa est discriminatoire.

C’est d’ailleurs contraire à l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme: «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté (…) de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.»

Or le port du voile est une prescription religieuse inscrite dans les sources de l’islam. Le Coran affirme: «Et dis aux croyantes (…) qu’elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines.» (Coran, 24; 31)

Le terme khimâr désigne le tissu qui couvre la tête. Une interprétation minoritaire, certes, mais qui existe bien dans la tradition islamique, indique que le voile doit cacher également le visage.

Nous penchons quant à nous vers l’exégèse la plus reconnue, corroborée par une parole du Prophète qui précise en effet le sens du verset: «A partir du moment où elle a ses règles, il ne convient pas que l’on voie de la femme autre chose que ceci.» Le Prophète désigna son visage et ses mains.

Quoi qu’il en soit, ces deux interprétations font bien partie de la pratique islamique, enseignée dans l’ensemble du monde musulman.


Source: http://haniramadan.blog.tdg.ch/

22 mars 2010

Chamonix Magazine : Du surf sur un minaret ?

On ignore si cette publicité est un canular ou une véritable opération de communication mais elle en tout cas relayée par plusieurs sites internets.

Cette publicité pour OXBOW, la luxueuse marque de « fringues » anti-froid, fait émerger d’un paysage féérique un… minaret !

La Suisse est seulement à 35 km et je sais que les hauts-savoyards pratiquent souvent la moquerie sévère à l’adresse de leurs voisins. On peut penser que c’est une réponse « politique » déguisée au récent vote-refus des minarets en Suisse. C’est une interprétation toute personnelle…

Ce « Chamonix magazine », est distribué généreusement aux touristes au bureau du tourisme et dans les hôtels…



Source: www.islamenfrance.fr

23 déc. 2009

Un nouveau Mur en Europe ?

Par Nabil Ennasri

La votation en faveur de l’interdiction des minarets en Suisse préfigure des années difficiles pour les communautés musulmanes d’Occident. Les conséquences de ce référendum dépassent largement les frontières de la confédération helvétique et l’Europe commence à se poser des questions quant à l’avenir de la présence des musulmans sur son territoire. Sans vouloir tomber dans un affolement irrationnel, il n’est pas vain de penser que le séisme suisse sera suivi de répliques brutales.

L’onde de choc provoqué par le référendum du dimanche 29 novembre 2009 vient de faire entrer l’Europe dans une période d’incertitudes, de crispations et de graves tensions dans la manière d’appréhender la question de l’islam. Plusieurs raisons convergent qui font craindre que l’avenir de la deuxième religion européenne n’est pas reluisant tout comme l’est le devenir du vivre-ensemble et de la paix sociale.

Il y a d’abord les faits qui sont déjà suffisamment graves pour tirer la sonnette d’alarme. Dans un pays où la communauté musulmane pratiquante est quasiment l’une des plus faibles d’Europe (selon les estimations, il y aurait 400 000 musulmans en Suisse dont seulement 50 000 pratiquants pour une population de 7,5 millions d’habitants), et dans un contexte ou l’islam n’a jamais posé problème, il y a de quoi s’interroger sur le résultat de cette consultation populaire.

Les raisons du rejet massif n’est sans doute pas à chercher dans le problème que poserait les 4 minarets existants sur le sol helvétique mais bien plus dans la peur, les amalgames et cette forme de racisme diffus qui semble gangrener une grande partie de l’Europe et qui vient de sévir dangereusement de l’autre côté des Alpes. En cela, le cas suisse est un cas d’école qui inquiète car rien ne semblait prédire cette malheureuse – et éclatante - victoire de l’intolérance. Le pire, c’est que si cette même consultation devait avoir lieu dans d’autres pays européens, il est quasiment sûr que le résultat serait similaire.

C’est inquiétant et il nous faut prendre la mesure du bouleversement tectonique qui vient de frapper le continent européen. Car le vote suisse a agit comme un détonateur. Partout, la parole s’est libérée et on a rarement vu autant de commentaires et de prises de position enflammées depuis ce “Dimanche noir“. L’effervescence sur internet est à son comble et les sites de plusieurs journaux européens, tout comme le site identitenationale.fr, ont été saturés de messages. Du Der Spiegel à El Mundo, en passant par les sites de la presse française, le message est presque unanime : l’hostilité à la religion musulmane progresse. Le vote suisse a ainsi permis au refoulé de se manifester et c’est peu dire que certaines prises de position relèvent du scandale.

En France, c’est le président de la République qui a allumé la mèche en proclamant « que les gens, en Suisse comme en France, ne veulent pas que leur pays change, qu’il soit dénaturé. Ils veulent garder leur identité ». D’autres élus de la majorité n’ont pas tardé à lui emboîté le pas et même à déraper davantage. Du porte parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, en passant par Xavier Bertrand et jusqu’à Christine Boutin, les propos à l’emporte-pièce se sont succédés, la palme revenant à André Valentin, maire UMP de la commune de Gussainville, qui n’a pas hésité à affirmer : "Il est temps qu’on réagisse, on va se faire bouffer". "Par qui ?" lui demande un journaliste. "Y en a déjà 10 millions", "10 millions que l’on paye à rien foutre (1)... On connaissait la lepénisation des esprits, voilà maintenant arrivé le temps de la xénophobie des propos.

Les partis populistes ne s’y sont pas trompés et n’ont plus qu’à se frotter les mains devant cette excitation collective. Leur sombre démarche est finalement prometteuse puisqu’ils viennent de réaliser la prouesse de placer l’incompatibilité de l’islam avec les valeurs européennes au cœur du débat public européen. Oskar Freysinger, un des principaux artisans de l’interdiction des minarets en Suisse, le constate fièrement en déclarant que le vote du dimanche 29 novembre ouvrait de « nouvelles perspectives » autour de « l’islam qui va devenir l’un des sujets numéro un pour l’Occident dans les cinquantes prochaines années ».

En proie à un désenchantement idéologique, taraudée par des questions identitaires, mise à mal par une mondialisation qui bouscule les frontières, menacée dans son existence par une démographie qui n’assure même pas, dans nombre de ses pays, le renouvellement des générations, l’Europe va mal. Ce désarroi se voit renforcé par une crise économique violente qui, outre ses effets ravageurs sur le champ social, consacre son déclin sur la scène internationale.

L’irruption de l’islam dans ce contexte finit d’accréditer l’idée que le vieux continent est fatalement voué à disparaître et que sans une réaction énergique des “européens de souche“, cette fin n’est plus qu’une question de temps. En période de crise et de résurgence identitaire, ce discours simpliste est attractif, notamment en période électorale. De l’UDC en Suisse à Nicolas Sarkozy en France comme ailleurs sur le continent la formule fait mouche : on préfère lancer des polémiques sur l’identité nationale, la burqa ou les “mariages gris“ plutôt que de régler les problèmes de fond tels le chômage, le logement ou les discriminations.

Cette évolution est dangereuse. Car derrière l’islamisme ou l’intégrisme qu’on prétend combattre c’est en réalité la présence de plus en plus visible des musulmans qui pose problème et qui devient insupportable. L’Europe se voit touchée dans ce qu’elle a de plus cher et de plus profond : son histoire, son identité, son héritage, son patrimoine que l’arrivée massive des musulmans ces trente dernières années remet en question. Dans des sociétés très largement sécularisées, façonnées par la culture chrétienne mais où les églises se vident, il y a comme un malaise à voir se multiplier les lieux de culte musulman, symbole d’un islam conquérant et allogène. Toute la question des prochaines décennies est de savoir si ce malaise se résorbera progressivement ou si cette situation débouchera sur une confrontation que d’aucuns prédisent comme inéluctable

. A cet égard, la responsabilité des acteurs publics est fondamentale et ces derniers portent une lourde responsabilité dans le climat délétère qui s’installe aujourd’hui. La parole sereine, modérée et apaisante qu’on souhaiterait voir sortir de la bouche des hommes politiques, des leaders d’opinion ou des journalistes a laissé la place à un discours simpliste aux relents racistes. En panne de projet social alternatif, ces derniers ont préféré surfer sur les thématiques chères à l’extrême-droite qui dominent désormais le débat public. Des Pays-Bas à l’Italie en passant par la Belgique, l’Autriche ou la France, le constat est le même : les débats sont biaisés et les manipulations grossières alternent avec les récupérations bassement électoralistes.

Ce n’est pas de cette manière que les choses avanceront dans le bon sens. Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins et soit l’Europe s’assume et admet de voir l’islam comme faisant partie intégrante de son identité, soit on s’oriente vers une exacerbation des tensions avec pour résultat à moyen terme de potentielles explosions aux effets dévastateurs. Dans son dernier ouvrage, l’universitaire Tariq Ramadan relève qu’il ne faudra pas moins de deux générations avant de voir les choses s‘améliorer. Le problème c’est qu’avant de voir cet apaisement s’accomplir, on risque de passer par une période de fortes turbulences.

Pour prévenir ces possibles dérapages, les musulmans d’Occident ont également leur rôle à jouer. Il leur appartient de normaliser leur présence, d’assumer totalement leur identité européenne, de ne pas se perdre dans des débats futiles et de proposer un véritable projet qui puisse donner du sens à leur présence. Leur responsabilité dans la situation actuelle n’est pas à minimiser et si l’on veut construire un avenir meilleur pour les futures générations, il nous appartient de sortir de la marginalité et de prendre à bras le corps les défis du XXIe siècle dont nous sommes trop souvent absents.

Le lourd climat qui vient de s’abattre sur l’Europe n’est pas à sous-estimer. Après la destruction du Mur de Berlin dont on vient à peine de célébrer la commémoration, un autre Mur, plus insidieux et peut-être plus dangereux émerge dans les consciences. Celui de l’incompréhension, de la peur et de la méfiance réciproque. Comme l’a courageusement rappelé Daniel Cohn-Bendit récemment, il faut tout faire pour s’y opposer. En gardant en mémoire que la tentation fascisante a toujours commencé par l’exclusion de “l’Autre“. Avec les résultats que l’on connait.

Note :

Les Suisses auraient-ils voté tout haut ce que les Français pensent tout bas ?, Le Monde, 2 décembre 2009

Source: www.oumma.com