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18 avr. 2011

Témoignage : l’islam un bienfait pour la société

Par Emilie Nourra de Materner avec un grand Aime


Inutile de vous dire qu’aujourd’hui en France, être musulman n’est pas une sinécure. L’islam joue le rôle d’épouvantail pour des politiques incapables de proposer des solutions concrètes aux problèmes de notre pays. Certains d’entre nous se sentent abattus et rasent les murs, pour éviter d’attirer l’attention et d’éveiller la suspicion voire le mépris de leurs concitoyens. Ne pas faire de vague, vivre sa vie, point barre. D’autres en revanchent pensent, à juste titre je crois, qu’il est impératif d’être acteur de sa propre vie, un membre actif de sa communauté et de la société dans son ensemble. S’impliquer dans le milieu associatif, générer des emplois, créer des espaces d’échanges et d’information sur la toile ou ailleurs.

Nous sommes musulmans. C’est notre croyance, ce qui nous fonde. Nous avons tous également des compétences diverses, chacun à notre niveau, à adapter selon de nos tâches quotidiennes, nos obligations. Pourquoi ne pas nous servir de ces atouts dont nous disposons pour aller au-delà de l’intra-communautaire et tenter d’apporter notre contribution à la collectivité ? Inutile de s’assimiler, d’abandonner la Sunnah lorsqu’on s’investit pour les autres, de faire bonne figure en tentant de plaire à tout prix aux non musulmans. Je vais vous faire part de mon expérience personnelle.

D’une association communautaire

Je suis convertie à l’islam depuis une dizaine d’années. Militante depuis toujours. J’ai choisi l’islam pour religion et ce choix n’a fait qu’appuyer mon désir de partage et de discussion. Mon projet (qui est également celui de toutes celles qui m’ont rejointes par la suite dès les débuts de MM en 2004) s’inscrit dans une démarche non pas d’œcuménisme naïf mais plus dans un souci d’affirmer nos valeurs tout en étant ouvert aux personnes d’autres confessions (et à celles qui n’en ont pas).

D’abord un site puis un forum qui a vu naître des conversions de quelques unes de ses membres non musulmanes au fil des années. Une association et un blog ensuite qui mettent en avant une certaine conception de la parentalité à la lumière de l’islam, tout en offrant à ses membres ou à ses lecteurs des interventions, contributions, articles de personnes non musulmanes qui ont un savoir à transmettre dans un domaine qui leur est propre.

à une association ouverte à toutes les mamans

Au début, nous nous sommes présentées uniquement comme des « Mamans Musulmanes ». En effet l’idée était de mettre à disposition de ces mères des ressources sur le net pour informer non seulement sur l’éducation en islam mais aussi sur le maternage proximal. Nous avons compris rapidement qu’il fallait élargir cet horizon et accueillir toutes les mères, même si bien entendu, il n’était pas question de mettre de côté notre foi, bien au contraire. Il s’agissait tout simplement de traiter des thèmes liés à la maternité, à la naissance, à l’écologie, à la santé sous différents angles.

Ces thèmes n’intéressent pas que les musulmans, c’est une évidence. Pour une autre mère, une maman reste une maman, quelle soit musulmane, chrétienne ou athée. Notre manière de voir les choses est un plus à mon sens, qui peut aussi montrer que nous ne sommes pas des si différents des autres.

Nous sommes vues aujourd’hui comme des personnes à part entière, au-delà du voile. Pas toujours certes, mais cela se fait petit à petit. Lorsque nous intervenons sur des sites, ou dans des réunions, nous parlons en tant de femmes, nous partageons notre vécu et notre expérience. C’est une grande victoire car nous participons activement au débat et à la société sur des questions concrètes. Nous avons des choses à dire et elles sont entendues.

Chaque musulman aujourd’hui peut et doit mettre en valeur ses qualités non seulement au profit de la communauté mais aussi de la société toute entière. La meilleure des da’awa se fait par le comportement, wa Allahou’ alem. J’aime me dire que par un sourire avenant, un échange d’idées fructueux, la personne en face de moi aura une autre idée de mes coreligionnaires. J’aime me dire que ces petites choses, si nous nous réformons et si nous montrons le meilleur de nous même pourront renverser la vapeur. Loin des révoltes, des manifestations ou des discours politiciens, être soi-même et s’affirmer dans ce que l’on a de mieux en soi, c’est je le crois la meilleure manière d’avancer, in cha Allah.


Source : ajib.fr

21 sept. 2010

Le lycée Al Kindi victime de son succès

L'établissement musulman a ouvert il y a trois ans. Avec 343 inscrits de la 6e à la terminale, il a trop d'élèves et pas assez de financements pour fonctionner en l'état

Al Kindi affiche un déficit de plus d'un million d'euros. © richard mouillaud

« Le succès est une charge économique énorme. Aujourd'hui, il faut sauver Al Kindi ! » Nazir Hakim, le président de l'association qui gère l'école musulmane, est inquiet. Le lycée décinois, qui a ouvert cette année une classe de CP de 16 élèves, accueille 343 inscrits et devrait compter ses premiers bacheliers à la fin de l'année. L'engouement est tel qu'à chaque rentrée, l'établissement reçoit un millier de dossiers d'inscription de l'agglomération lyonnaise mais aussi de Saint-Etienne, Villefranche et même Strasbourg. Un vrai succès qui n'est pas sans conséquences sur les finances d'Al Kindi. « Chaque élève coûte 3 900 euros. Il faut toujours se préoccuper de l'argent, solliciter des dons. Cela a moins été fait cette année. Pendant le Ramadan, nous avons récolté 22 000 euros, contre 156 000 l'an dernier », regrette Nazir Hakim. Résultat : le lycée affiche un déficit de 1,085 million d'euros sur un budget annuel de 1,540 million, et l'école est dos au mur. D'ailleurs, elle sera peut-être obligée de réduire ses effectifs à l'avenir. Un appel à l'aide a été lancé au sein de la communauté musulmane, mais la seule solution viable serait d'être sous contrat avec l'Etat. Celui-ci prendrait ainsi en charge les salaires des enseignants qui représentent 90 % du budget de l'établissement. Al Kindi a fait une demande de dérogation pour être sous contrat avant les cinq ans de fonctionnement demandés par l'Etat.


Source: http://veille-education.org

31 juil. 2010

La conscience musulmane de France comme réalité et comme projet (1/2)

par Rochdy Alili

Depuis que s’est constituée une population musulmane en France, de toutes origines, de divers statuts, de sensibilité religieuse multiple, il faut considérer qu’existe, ou que doit exister, ce que nous pourrions appeler une conscience musulmane de France. Le fait est clair ; il y a des musulmans en France. Ces musulmans doivent donc avoir la conscience d’être ce qu’ils sont et ils doivent avoir eu la possibilité de s’identifier comme musulmans dans le pays où ils vivent, en se reportant à tout un ensemble de critères et de références symboliques qu’ils ont pu reproduire afin d’être eux-mêmes.

C’est simple, cela coule de source et la réalité du phénomène ne fait aucun doute, ni pour les musulmans, ni pour les personnes qui se risquent à parler d’eux. Dès lors, des disciplines diverses se saisissent du fait et entendent lui donner un écho comme s’il était avéré, précis et saisissable, en tant que tel, sans difficulté conceptuelle d’aucune sorte. De ce moment, on peut évoquer les divers avatars de cette conscience musulmane, ses hésitations, les tensions qui lui sont imposées, les difficultés qu’elle rencontre, empêchée qu’elle est de s’exprimer et de proposer sa vision du monde, ou enfin ses apories face aux exigences d’une autre conscience, souvent contradictoires, à ce qu’il faut croire, des siennes propres.

Au vrai, rien de tout cela ne manque de pertinence et d’intérêt. Chaque démarche mérite le respect et apporte à la compréhension de l’être musulman dans la France d’aujourd’hui.

La conscience comme faculté de s’identifier soi-même.

Pour notre part, nous voudrions simplement ajouter à ces réflexions une interrogation un peu fondamentale et théorique qui aurait peut-être dû précéder toutes les autres, celle de savoir ce qu’est cette conscience musulmane de France, comment elle peut se constituer et si réellement elle se constitue comme une entité autonome. Ce questionnement nous amènera à considérer d’abord ce que peut être une conscience en général et ensuite à examiner, dans un survol rapide, où nous n’évoquerons que quelques aspects de la question, les conditions théoriques fondamentales de l’émergence d’une conscience d’un soi-même efficacement identifié et d’un soi-même musulman en particulier.

Sur le premier point, la définition peut être proposée rapidement et nous dirons que la conscience se définit avant toute chose comme la faculté de s’identifier soi-même en tant que réalité et entité existante : je suis quelque chose ou quelqu’un et j’ai la possibilité de savoir que je suis ce quelque chose ou ce quelqu’un.

Seulement, malgré la simplicité de la définition et le fait que tout paraisse aller de soi, le processus évoqué par cette évidence est d’une certaine complexité sociale et symbolique. Il met en jeu un ensemble de dispositifs complexes, en particuliers des dispositifs que l’on appellera culturels. Ces dispositifs fondent la possibilité que les individus et les groupes ont de s’organiser. Ils la fondent sur des modalités sociales et symboliques propres. Ils l’établissent en fonctions de critères et en accord avec des valeurs et des modèles, qui permettent et légitiment à la fois l’organisation choisie et reproduite.

En un mot, si quelqu’un a la possibilité de se dire musulman, c’est parce qu’il a pu reproduire, dans son comportement individuel et sa manière de vivre avec ses semblables, proches ou lointains, un modèle, des valeurs, des symboles, qui le conduisent à s’identifier légitimement, à ses yeux et aux yeux des autres, comme musulman. C’est de cette identification, rendue possible parce que des repères sociaux et symboliques ont pu être reproduits et reconnue comme légitime à son propre regard et aux regards de ceux qui ont fonction d’en juger, avec ou sans autorité, que procède la conscience d’un soi-même musulman de France.

La conscience musulmane comme capitalisation symbolique initiale dans la famille.

Pour analyser ce processus, la question précisément posée avant tout est donc celle de la reproduction d’un certain nombre de modes de structuration, issus des systèmes d’organisation sociale transmis aux groupes musulmans de France, dans le cadre des conditions historiques de leur migration. Pour parler très concrètement, il s’agit de savoir comment il se fait que des personnes venues du monde musulman en arrivent à demeurer en France avec la conscience d’être encore musulmanes, dans un pays où il n’apparaît guère possible de trouver ni des références symboliques, ni des instances sociales qui les conduisent à s’identifier comme musulmanes

Pour répondre à cette question, il faut considérer qu’il existe, à l’origine de tout, une reproduction biologique des individus. Ainsi des musulmans se sont installés en France, des mariages ont eu lieu, des familles musulmanes se sont constituées, avant ou après la migration, et déjà, le mode d’organisation de cette cellule initiale essentielle, reconstitue celui qui avait existé dans la société musulmane d’origine, dans la mesure bien entendu, où cela est possible dans la société française.

Il s’est donc effectué une reproduction biologique et une reconduction quasi biologique d’un mode de regroupement humain de base, constitué par la famille musulmane. Cette famille est porteuse d’un embryon de symbolique musulmane, même si cette symbolique est remise en cause par d’autres systèmes culturels dans la société englobante. Dès lors, nous sommes face à la fois à un acquis et à un ensemble de difficultés et de questionnements nouveaux.

Cet acquis est limité. Il est dans le fait que des familles, construites par des individus musulmans, ont déjà réussi, (par le simple acte de constituer un certain mode musulman de regrouper des personnes et d’envisager les relations qui les lient), à reproduire les symboliques proprement musulmanes qui les justifient et leur donnent sens.

La nécessité de relayer cette capitalisation initiale.

En revanche, les difficultés et les questionnements nouveaux sont nombreux. En effet, on s’aperçoit très vite que cette seule accumulation symbolique initiale dans la famille et par la famille, apparaît insuffisante pour permettre une prise de conscience de soi en tant que musulman et engager un processus d’identification de ce soi-même.

Elle est insuffisante parce que le caractère quasi biologique de la reproduction familiale implique une relation plus fusionnelle que rationnelle des individus avec le système de références symboliques qu’ils reçoivent dans un tel cadre. Cela étant, la prise de conscience d’une identité musulmane, à travers le seul système symbolique transmis par la famille, passe, à ce stade initial, par une expression qui ressortit à l’assertion et à la rhétorique, voire à la poésie, mais rarement à l’analyse et au prospectif.

Or, il convient, pour opérer une identification contrôlée, construite, et susceptible d’opérer les négociations nécessaires avec les identités autres, individuelles et collectives, de constituer, pour s’identifier efficacement, un système de références clair, cohérent et hiérarchisé. Seul un tel système peut conduire à la maîtrise efficace d’une conscience musulmane, pour le moment et le lieu où la question du soi-même est posée aux musulmans de France.

Nous sommes donc conduits, nécessairement, à nous interroger sur l’au-delà de la famille, l’au-delà du fusionnel et du rhétorique. Cet au-delà serait celui des relais de la reproduction symbolique et sociale de cette famille où s’effectue la phase initiale du processus d’identification et de prise de conscience. Ces relais seraient à trouver dans d’autres instances sociales, structurées par des symboliques efficaces et pourvoyeuses d’une culture musulmane maîtrisée.

L’absence d’instances symboliquement efficaces au-delà de la famille.

Or, cette culture, en tant que système symbolique collectif susceptible de relayer le noyau familial et de structurer des instances sociales où cette reconnaissance de soi pourrait se conforter et se parachever, n’a pas eu la possibilité de se reproduire en France, malgré tout ce que l’on peut dire ou essayer de faire croire. En effet, si la cellule fondamentale familiale a trouvé la possibilité de se reconduire plus ou moins, de la génération migrante à celle qui a suivi, en reconstituant une part des références culturelles musulmanes qui la fondent, il n’apparaît pas que d’autres instances sociales se soient reproduites en France en transmettant le système culturel qui leur permet de se constituer et de se valider.

Car enfin, ni des hiérarchies internes, avec élites légitimes et actives, avec division claire des tâches et des responsabilités, ni des instances de reproduction symboliques, écoles, presse indépendante et digne de ce nom, ni des instances de production et de capitalisation culturelles, n’ont pu émerger en France, autrement que de manière ponctuelle et très éphémère. Il ne s’est ainsi fondé dans notre pays, aucun ensemble musulman homogène, doté d’institutions spécifiques, avec ses hiérarchies propres, son système de transmission de valeurs, capable de s’auto justifier sur la base de structures symboliques autonomes et de reproduire le système culturel constitué par ces structures symboliques.

L’explication pourrait être à trouver dans les conditions de l’exil qui n’ont pas permis, en dehors de la famille, la reproduction d’autres modes de regroupement issus de la société musulmane d’origine et la reproduction des systèmes de symboles qui les structurent. On pourrait croire la situation liée au fait que la migration de main d’œuvre a intéressé majoritairement des populations défavorisées économiquement et culturellement et que les instances de reproduction symbolique et culturelles des sociétés musulmanes d’origine ne se sont pas reproduites en France de ce fait. C’est pour une part exact, mais il ne faut pas oublier une réalité forte qui nous confronte à un monde musulman marginalisé par l’histoire, colonisé il y a peu, englué dans une situation de sous développement éducatif et culturel, qui le rend peu apte à reconduire tous les systèmes symboliques, constitutifs de ce que l’on a pu considérer comme la culture musulmane.

Il est ainsi clair que, dans des sociétés rurales ou urbanisées superficiellement, à la suite d’exodes récents et incontrôlés, seuls les aspects populaires traditionnels de ces constructions symboliques structurent les groupes sociaux et les valident, dans une axiologie sui generis, abusivement justifiée par une pseudo tradition islamique, et souvent en contradiction avec les hiérarchies de valeurs de la société moderne développée. Mais il faut ajouter à cela la déstructuration coloniale et post coloniale des pays d’islam. Ce n’est donc pas seulement parce qu’ils sont un isolat social éloigné de leurs pays d’origine que les musulmans de France ne trouvent pas les moyens de leur propre reproduction symbolique et culturelle, au delà de l’identification familiale fusionnelle, c’est aussi parce que les sociétés des pays d’origine ont vu affaiblir ces moyens et n’ont pu les reconstituer efficacement (déculturation, pauvreté, idéologies nationales, échec des systèmes éducatifs et des idéologies modernes, force d’une tradition sclérosante, etc.)

Le paysage actuel des instances relais et médiatrices.

La famille apparaît donc, jusqu’à nouvel ordre, en tant que lieu de l’islamisation initiale, comme l’horizon limité du processus de reproduction du système culturel propre à constituer en France une identité musulmane consciente d’elle même.

Pourtant, les candidats à un rôle de relais ne manquent pas. Ils peuvent être animés d’ambitions diverses et se manifester à divers niveaux ; en tout premier lieu dans le cadre de la famille étendue et de groupes de type villageois et tribal. Là peuvent être relayées des valeurs de la première génération rurale et être imposées, par la contrainte, avec l’aval de certaines familles, les plus rétrogrades de ces valeurs, constitutives de sociétés rurales fortement endogames et machistes, et présentées comme des valeurs fondamentales de l’islam par ceux qui les défendent.

Beaucoup plus souvent, ce cadre quasi familial relaie, dans un au-delà encore très proche de la famille, ce que l’on pourrait appeler les principes d’une certaine civilité musulmane. Il s’agit là de valeurs traditionnelles des sagesses populaires, citadines, villageoises et rurales, qui constituent une symbolique sociale propre à fonder cette civilité, à la fois spécifique et universelle, tout à fait capable de s’articuler avec les formes de civilité d’autres aires culturelles. On parle peu de cet aspect des choses, il est peu visible dans la mesure où il produit de l’ordre collectif, et non de la perturbation, mais il est incontestablement présent et fortement constitutif de la personnalité musulmane, aussi bien dans les familles qu’au-delà des familles, dans des groupes sociaux relayant l’acquis initial familial, dans des confréries, des mosquées, des associations et autres.

Au-delà de ce système symbolique de références traditionnelles, débordant de peu le cadre familial, ce qui fait office d’instances relais est constitué par des groupes issus ou inspirés des pays d’origine des populations musulmanes, ou de pays prétendant à une guidance de l’islam. Ces groupes sont porteurs d’idéologies islamiques nées dans ces pays et ce sont eux qui interviennent dans le rôle de relais, après la prise de conscience initiale du soi-même musulman, lorsque ce « soi-même » apparaît fortement constitutif de son être, aux yeux de l’individu né au sein d’une famille musulmane exilée, ce qui n’est pas systématiquement le cas, il faut le rappeler. Les principaux et les plus présents de ces groupes, ne sont pas sincèrement préoccupés, en tout cas, de soutenir une stratégie de prise de conscience musulmane laïque pourtant souhaitée par la majorité des musulmans de France. Ils ne font généralement que relayer, en le légitimant comme projet ultime, et en l’institutionnalisant plus ou moins, le fusionnel et le rhétorique familial, qu’ils ne permettent guère de dépasser dans la mesure où leur discours est une rhétorique apologétique, autocentrée sur une identité conçue de manière obsidionale et affirmée parfois par les pires pratiques de l’ethnique, de l’endogamique et du machisme.


Source: www.oumma.com

12 juin 2010

Appel du 18 juin : La résistance au nazisme et les musulmans d’Europe

Par Mustapha Cherif


L’appel du 18 juin est un symbole de la France des valeurs d’honneur face à la barbarie. Son auteur, non sans paradoxe, allait comprendre plus tard l’inéluctabilité de la libération des peuples colonisés qui se battaient pour leurs droits. La résistance à l’oppression, les citoyens français de confession musulmane, qui n’ont rien à prouver, savent que c’est cette France qu’ils préfèrent et que le pays des Lumières et des droits de l’homme est une chance réciproque. Notamment au vu de pans de son Histoire, dont la Révolution de 1789, un acquis pour le monde entier. Voltaire, Diderot, Rousseau et tant d’autres figures universelles de la raison qui défendent le droit à la liberté et à la différence sont des maîtres à penser pour tous, tout comme Averroès, Avicenne et Al Farabi.

Terre d’accueil, le pays de Lamartine et de Victor Hugo qui ont écrit de beaux poèmes au sujet du Prophète, est plurielle. Une partie de ses citoyens qui se crispent aujourd’hui face aux musulmans devrait se souvenir que l’esprit du 18 juin, comme celui des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme, ont renforcé le sens des citoyens de confession musulmane à la liberté de conscience et au droit à la critique, afin que le conservatisme et la xénophobie ne l’emportent pas sur l’humanisme et la reconnaissance d’autrui. Ceux-là acceptent les critiques au sujet de comportements fermés et rigoristes des croyants. Ils comprennent que ce n’est pas islamophobe que de s’interroger sur des comportements problématiques.

Les sacrifices des aînés dans les champs de bataille

Ce sont les valeurs d’écoute, de respect mutuel et de dialogue qu’il faut privilégier. Les citoyens de confession musulmane ne désespèrent pas et savent que l’immense majorité des Français reste attachée aux valeurs de la République, celles de liberté, d’égalité et de fraternité. Ce que les citoyens musulmans refusent, ce sont les discriminations, les amalgames et la stigmatisation qui se multiplient. Ils gardent en mémoire les sacrifices de leurs aînés dans les champs de bataille. Vivre ensemble est non pas une nouvelle idéologie, mais un concept des Lumières et des valeurs abrahamiques. Personne ne doit perdre patience et chacun doit avoir le courage de garder confiance en l’autre. Tous les jours la preuve est faite que le partage, les similitudes et les convergences sont plus importants que les différences.

Durant la Seconde Guerre mondiale, des centaines de milliers de musulmans ont combattu le nazisme et beaucoup sont morts, les cimetières et carrés musulmans en France en témoignent. La Grande Mosquée de Paris était un lieu de résistance à l’occupation nazie et d’hébergement pour les juifs. En rive sud, les sociétés musulmanes ont protégé des familles juives. Les leaders des pays du Maghreb ont ouvert la voie de la justice à la population maghrébine pour sauver les juifs. Le roi Mohammed V avait protégé les juifs marocains ; les oulémas, comme Ibn Badis en Algérie, demandèrent aux musulmans de protéger les juifs algériens et leurs biens. En Europe, les citoyens de confession musulmane savent que l’amitié judéo-arabe et islamo-chrétienne est un horizon sage, qui a fait ses preuves durant des siècles. Ils ne confondent pas sionistes extrémistes et judaïsme, intégristes chrétiens et christianisme, intégristes laïcistes dogmatiques et humanisme.

Ils ne veulent pas d’une importation du conflit israélo-palestinien. Ce sont ceux qui pratiquent la politique des deux poids et deux mesures et tolèrent ou pire favorisent l’islamophobie qui l’importent. Les citoyens musulmans soutiennent objectivement la cause palestinienne et savent que, dans l’intérêt général, il faut œuvrer pour la fin de la colonisation en Palestine. Sans faire d’amalgame, sachant qu’il n’y a pas d’alternative au vivre-ensemble, sachant que de nombreux juifs dénoncent également les injustices subies par les Palestiniens et sachant enfin que les Juifs d’Europe ne sont pas des Israéliens occupants, pas plus que les musulmans d’Europe ne sont des Palestiniens poussés au désespoir. Les citoyens de confession musulmane s’opposent aux démagogues qui donnent à cette cause une lecture ethnico-religieuse, alors qu’il s’agit là d’un problème politique.

La France moderne a deux visages que l’on pourrait schématiser ainsi : Jaurès et Maurras, la France ouverte sur le monde et la France frileuse qui fige son identité et choisit la répression. Le maréchal Philippe Pétain s’est enfermé dans l’alliance avec l’Allemagne nazie au nom des « valeurs françaises » et la répression en rive sud a redoublé de férocité, juste après la Libération. Pourtant l’appel du 18 juin n’était pas seulement contre l’Allemagne, l’ennemi « héréditaire » hier de la France, mais était pour la liberté.

Où est la vraie France ? Les citoyens de confession musulmane croient à celle de la liberté, en sachant que celle de la xénophobie est minoritaire, mais portée par l’extrême droite qui déborde de ses champs et intoxique la société. La figure du musulman bouc émissaire a remplacé celle du juif. Les citoyens de confession musulmane sont choqués de tant d’accusations et de préjugés, ce qui, légitimement, doit les amener à dénoncer le moindre incident islamophobe. De plus, ils ont le droit d’exprimer aussi leur fidélité à d’autres appartenances. L’un n’empêche pas l’autre.

La lutte contre l’Allemagne nazie n’était pas une tradition nationale, mais était contre le nazisme, le racisme et l’antisémitisme. L’islamophobie d’aujourd’hui s’inscrit dans une double dérive, celle de l’opposition fabriquée entre le monde chrétien et le monde musulman qui remonte au Moyen Âge, et que l’on peut lire à travers des écrits antisémites et islamophobes, et celle de la xénophobie française qui s’est développée au XXe siècle. Cette dernière dérive s’est renforcée lorsque l’immigration est venue des colonies, comme le montre l’usage inadéquat de l’expression « seconde et troisième génération » encore usitée pour parler des citoyens de confession musulmane devenus français depuis déjà si longtemps.

Depuis la chute du Mur de Berlin et que la crise mondiale morale et économique s’est enclenchée, certains s’inventent un nouvel ennemi pour faire diversion. On peut considérer que cette nouvelle dérive réunit, d’une part, le courant « maurassien », soucieux de fermer ce qu’ils suppose être l’ethnie française, et, d’autre part, un courant laïciste et dogmatique, qui voit dans tout musulman un barbare.

Commémorer le 18 juin 1940 mérite de rappeler la communauté de destin et le fait que les citoyens ont pour tâche de s’unir contre le retour sous de nouvelles formes de la « bête immonde », des atteintes à la dignité humaine et de la xénophobie. Se souvenir que, durant la nuit coloniale, au cours du XXe siècle, en 1914-1918 et en 1940-1945, des musulmans sont morts pour la France et pour la liberté aux côtés d’autres résistants. Ce sont des repères et des liens historiques exceptionnellement forts à méditer.

Source: http://www.saphirnews.com

11 avr. 2010

Le musulman en Occident: responsabilité individuelle et collective

Par Mustapha Cherif

Une question se pose : quelle responsabilité individuelle et collective des citoyens français et européens de confession musulmane face aux défis de notre temps ? Compte tenu du fait qu’il est attendu des musulmans esprit d’interprétation, d’inventivité et de renouveau, je suis dubitatif et interrogatif au vu de comportements de certains, heureusement minoritaires, qui, par leur repli, nuisent à ce qu’ils voudraient défendre, compliquent la situation des citoyens musulmans en Europe déjà difficile et folklorisent la pratique religieuse.

Leurs excès passent à tort pour dictés par le Coran. Ils le font sans doute par naïveté, par ignorance, par inculture, par désespoir, ou parce qu’ils sont manipulés. Il faut qu’ils sachent que lorsqu’ils se replient et pratiquent le rigorisme ils provoquent les incompréhensions et alimentent la peur d’autrui. Il ne faut pas les laisser aggraver leur dissidence morale.

En se comportant ainsi, ils prêtent le flanc à la critique et apportent de l’eau au moulin des islamophobes et des xénophobes. Ces comportements et dérives − il faut le dire à haute voix et sereinement, car on nous reproche de ne pas assez les dénoncer − sont l’anti-islam et portent préjudice à l’image des musulmans.

Que faire pour ne pas seulement affirmer le désaccord de la majorité des musulmans à ces pratiques, mais surtout permettre au citoyen français européen de confession musulmane de vivre sa foi comme lui garantit la loi ? Il y a lieu de commencer à comprendre le contexte complexe et la problématique et d’en saisir les enjeux.

L’islamophobie est ancienne, elle date de quatorze siècles, depuis l’avènement de la troisième religion céleste. Cependant, en ce début du XXIe siècle, elle prend des proportions alarmantes. Le monde actuel est confronté à trois défis.
Premièrement, la désertion de la religion de la vie, marquée par une marginalisation des principes moraux, éthiques et spirituels. Deuxièmement, le recul de la démocratie, marqué par l’injustice, les inégalités et le libéralisme sauvage. Troisièmement, la remise en cause de la possibilité de penser, inhibée par la domination de la pensée unique. Ce sont les trois questions fondamentales qui se posent avec acuité : du sens, de la justice et du savoir. L’ère moderne, malgré de prodigieux acquis techniques, s’éprouve en impasse et deshumanisation et comme politique on assiste à de la répression. Tous les peuples souffrent de cette situation et sont confrontés aux incertitudes.

Le problème est faussé et se complique encore par les réactions émotionnelles, irraisonnées et aveugles face à ces défis. Les résistances irréfléchies et extrémistes libèrent des comportements et des pulsions qui sont inadmissibles, même si on doit tenir compte des injustices, des ségrégations et des politiques iniques à deux poids et deux mesures. Les comportements fermés sont amplifiés, manipulés et instrumentalisés par ceux qui ont de sordides intérêts à ghettoïser, à déformer l’image de l’islam et faire diversion aux réels problèmes, dont la prise de conscience par l’ensemble des citoyens mettrait leurs intérêts étroits en péril alors qu’ils cherchent à asseoir leur hégémonie.

Ainsi, depuis la chute du Mur de Berlin, en 1989, puis après le 11-Septembre 2001, les amalgames, la stigmatisation et la propagande du choc des civilisations occupent le terrain, masquant opportunément les injustices et les responsabilités. Cependant, tous les Européens, tous les Français, nos concitoyens, ne confondent pas fanatisme et islam, malgré les préjugés et le matraquage médiatico-politicien, qui ne sont plus l’apanage du délire des sinistres adeptes de l’extrême droite.

Il faut comprendre que les réactions aveugles, les comportements rigoristes, rétrogrades et passéistes soulèvent chez les citoyens des interrogations légitimes et des critiques fondées, alors que la cause des exclus, des opprimés ou tout simplement de ceux qui veulent vivre selon leur foi est juste.

Dans ce contexte de dialogue de sourds et d’incompréhension, vous, citoyens français de confession musulmane, ambassadeurs d’une si belle religion et témoins porteurs d’un haut sens de l’humain, avez à engager votre responsabilité individuelle et collective. Vous pouvez contribuer à mettre fin aux faux dilemmes, aux faux débats et aux impasses, dans lesquels, d’un côté, des imposteurs qui usurpent le nom de l’islam, de l’autre, des xénophobes qui contredisent les valeurs des Lumières cherchent à vous entraîner.

Pour la plupart d’entre vous nés en France, citoyens français, vous devez avec fierté assumer positivement et pleinement votre destin, votre francité qui est une chance et les valeurs qui se rattachent au pays des « droits de l’homme », pour justement œuvrer de manière intelligente à faire valoir vos droits parfois bafoués et faire comprendre à ceux qui n’ont pas encore compris que vous n’êtes pas des étranges étrangers, mais des citoyens français à part entière, même si cela n’exclut pas la pluralité des appartenances et le droit à la mémoire.

Non seulement il faut arrêter de vous enfermer dans une position de victimes, vous devez certes être fiers de votre foi, mais il faut cesser d’opposer passé et présent, origine et devenir, et arrêter de mettre l’accent sur le seul particularisme et différentialisme, dès lors que tant de dimensions et d’enjeux communs vous lient à vos concitoyens. La chance et l’épreuve sont mutuelles : votre francité est une chance et une épreuve et votre islamité est une chance et une épreuve pour tous, c’est l’occasion d’un enrichissement réciproque. De surcroît, nul n’est monolithique et imperméable si on sait l’aborder sans le heurter.

Trois conditions pour un avenir commun

Trois conditions fondamentales sont requises pour pouvoir faire avancer votre juste cause et contribuer à un avenir commun incontournable qui soit vivable.

En premier lieu, l’unité, la synergie, le rassemblement, car il y a trop de clivages, d’émiettements, de dispersions des forces engagées dans l’expression et l’épanouissement des citoyens de confession musulmane. UOIF, RMF, Fédération de la Grande Mosquée de Paris, multiples associations cultuelles, culturelles, sociales, mouvements soufis, défenseurs des droits civiques, représentants diverses de la société civile, tous ont le droit et le devoir de mettre l’accent sur la synergie, le bien-être commun et la complémentarité.

Chacun de vous doit se considérer comme trait d’union, pont et vecteur de conjonction, à l’intérieur de la communauté et de la société tout entière, pour faire reculer toutes les formes de divisions et de crispations. Notre modèle à tous est l’Homme universel, al-insane el-kamil, le Prophète (sws) miséricorde pour les mondes, qui avait pour souci de rassembler dans l’égalité, sans gommer les diversités et les singularités.

La deuxième condition pour relever les défis est celle de l’autocritique. Il n’y a aucune autre alternative pour être inventif, interpréter, être crédible, corriger les déviances. Ce qui implique de ne pas sombrer dans le désespoir ni la léthargie, mais de se maintenir dans l’éveil, d’oser le constructif et d’adopter un mode de vie à la fois raisonnable et créatif.

Il ne s’agit pas de reniement, de dénigrement ni de se flageller comme on le constate chez certains de ceux qui se disent intellectuels de culture musulmane non croyants ou qui prétendent se concocter un self-islam dans une logique faustienne.
Il ne s’agit pas de se lever tous les matins avec le souci de prouver indéfiniment sa loyauté qui va de soi, qui devrait aller de soi, aux valeurs et principes de la République, mais il s’agit de se rendre compte d’abord qu’une infime minorité, mais hélas bruyante, détruit de ses propres mains sa demeure, apporte de l’eau au moulin des détracteurs, trahissant ainsi et la lettre et l’esprit de l’islam.

Les deux mouvements dont doivent se garder tous les musulmans et les Français musulmans en particulier sont ceux de la fermeture, d’un côté, et de la dilution, de l’autre. Ceux qui sont fermés instrumentalisent la religion-refuge et craignent la liberté. Ceux qui, au contraire, méprisent la religion appellent à la dépersonnalisation et à l’abandon de la foi et privent la société de la richesse de leur différence, ils la diluent et la nient.
La critique constructive, l’autocritique, l’examen de conscience permettront de faire reculer à la fois l’apologie et le dénigrement et par là de desserrer l’étau dans lequel certains voudraient nous enfermer.

La troisième condition est celle de la nécessité de pratiquer le dialogue, le débat, la discussion. L’ignorance et la faiblesse en matière de communication sont parmi les causes de l’islamophobie et des discriminations. Face aux anathèmes, invectives et caricatures, il ne faudrait jamais répondre par la colère pourtant légitime. Peur entretenue pour les uns, colère pour les autres sont sources de désordres et de fractures. N’oublions pas que nous avons des amis solidaires et conscients, humanistes, progressistes, chrétiens, libéraux, tant de gens attachés à la justice et qui ne sont pas dupes face aux propagandes consistant à s’inventer un nouvel ennemi comme épouvantail faiseur de diversion.

Par le dialogue, disons haut et fort que nous revendiquons la sécularité, la démocratie et la pensée réfléchie, car elles sont partie intégrante de nos références spirituelles fondatrices. Nul n’a le monopole des valeurs humanistes et démocratiques. L’autonomie de l’individu, la non-confusion entre les différentes dimensions de la vie, le droit à la critique et la recherche commune du beau, du vrai et du juste sont à la base des cultures émancipatrices. Nous avons à les partager, tout en montrant par l’exemple qu’il est possible d’articuler et de conjuguer harmonieusement autonomie et être commun, individu et collectif, unité et pluralité, raison et foi, tolérance et affirmation de sa propre conviction.

C’est votre droit et votre devoir, votre apport, en tant que citoyens de confession musulmane. L’avenir du monde, de l’humanité se joue en ce moment. Vous, musulmans d’Europe, vous êtes comme une avant-garde pour aider le monde en détresse à retrouver un universel commun et une vraie vie. Vous avez le choix, face aux injustices et discriminations, soit de mal réagir, dans l’émotion et le repli, voire d’importer et d’imiter des pratiques et approches archaïques qui dénaturent et défigurent l’islam, soit de (bien) vivre de manière responsable, équilibrée, réfléchie (et mesurée) pour contribuer à retrouver de la civilisation et, partant, de contredire de manière irréfutable et éclatante les islamophobes et autres xénophobes aveugles et voués à l’échec.

Il est clair que l’immense majorité d’entre vous souhaite pratiquer le vivre-ensemble harmonieux, la foi éclairée et l’amitié avec vos concitoyens. En effet, préférez patiemment toujours l’ouverture à la fermeture pour qu’autrui découvre votre humanité. Au vu de tant de préjugés à votre égard, et le fait que tous les problèmes se posent en même temps, politiques, économiques et sociaux, cela n’est pas donné d’avance ni aisé, certes, mais l’arbre de la persévérance donnera des fruits, si chacun assume sa responsabilité individuelle et collective. À une des questions d’un de ses compagnons sur le meilleur conseil pour assumer l’épreuve de l’existence le Prophète a répété par trois fois : « Ne te mets pas en colère. »

Rappelons-nous, le Coran débute par le mot hamd, louange attitude de piété, de confiance, de reconnaissance, et finit par celui de nass, les humains : c’est à l’humanité et au partage que nous sommes appelés, dans la vigilance.

* Ce texte est tiré d’une intervention donnée par Mustapha Cherif, philosophe, professeur des universités et auteur d’ouvrages sur le vivre-ensemble et le dialogue des cultures, dans le cadre de la 27e Rencontre annuelle des musulmans de France, au Bourget, le 5 avril 2010.

Source: http://tunisitri.wordpress.com

5 avr. 2010

Identité et engagement, Les Musulmans Occidentaux dans la Sphère Publique

Par Tariq Ramadan

“Il y a double crise parce que la communauté musulmane en occident traverse également une crise d’identité. Il y a une première, deuxième et parfois même une troisième génération. Je regarde mon père et ma mère et je réalise que je suis différent. Il se peut qu’on ne parle pas la même langue, qu’on n’ait pas la même mentalité, la même culture, la même compréhension .. et même la façon de vivre nos principes religieux peut être différente”

Compte rendu de la Conférence donnée par le Professeur Tariq Ramadan à l’Université Carleton (Ottawa) le 19 Mars 2010

Dans son introduction Pr Tariq Ramadan a d’abord tenu à souligner l’importance de la nuance entre Musulmans occidentaux et Musulmans de l’Occident. L’Islam est une religion occidentale et les Musulmans occidentaux sont à la fois entièrement musulmans du point de vue religieux et entièrement occidentaux du point de vue culturel.

Il faut aussi noter qu’il existe des cultures occidentales et non pas une seule culture occidentale. Dans le cas du Canada les spécificités du Québec et du reste du Canada en sont une illustration. Les musulmans occidentaux font face à ces deux dimensions, culture et religion. L’identité est multiple.

Dans la deuxième partie de son introduction Pr Ramadan a expliqué pourquoi la question de l’identité est tellement actuelle. Pourquoi est-on si intéressé ou si dérangé par cette question ? Quelle est mon identité ? Quelle est votre identité ? La discussion sur l’identité est révélatrice de quelque chose de profond dans la réalité d’aujourd’hui. Cette quasi obsession autour de cette question de l’identité est psychologiquement symptomatique d’un sentiment de doute, d’un sentiment de menace, d’une difficulté de se définir.

Nous vivons en effet dans un monde où il devient de plus en plus difficile de se définir. Qui suis-je dans ce monde ? Les anciens repères qui nous permettaient de définir notre relation à notre environnement se sont perdus.

La globalisation des communications, les diverses cultures du monde nous menacent et nous questionnent sur notre identité. A cela s’ajoute la migration des populations qui ne cesse d’augmenter, il faut d’ailleurs rappeler que les sociétés occidentales ne peuvent survivre économiquement sans l’addition de populations venant de l’étranger. C’est un fait et une réalité.

Alors qui sommes-nous maintenant ? Nous regardons le monde à travers nos postes de télé et nous le regardons également dans nos rues. Dans nos rues les couleurs changent, les tenues vestimentaires changent, … Ces gens se disent Canadiens mais ce ne sont pas les Canadiens auxquels je suis habitué… Alors qui suis-je et comment se dessine l’avenir ?

Lors de récentes discussions avec des citoyens de Rotterdam, ceux-ci ont dit qu’ils ne se sentent plus chez eux dans cette ville, ils sont désorientés par la présence des nouveaux habitants: ce ne sont pas les personnes qu’ils connaissaient ou dont ils avaient l’habitude.

Cette discussion sur l’identité est donc empreinte de ce sentiment de menace, de ce doute à propos de soi … Nous devons en examiner les causes et essayer de construire une approche positive à cette question problématique et a-priori négative. Nous devons y faire face et non pas la refouler.

Dans la troisième partie de son introduction Pr Ramadan a souligné que nous vivons en fait une double crise. (Au passage il a aussi rappelé que d’une part le problème de l’identité ne se pose pas seulement dans les pays occidentaux, d’autre part il n’a pas que des aspects négatifs. Mis à part les frictions avec les nouveaux voisins, il y a des choses qui sont perçues positivement comme les succès sportifs au football, les apports culinaires, etc …)

Il y a double crise parce que la communauté musulmane en occident traverse également une crise d’identité. Il y a une première, deuxième et parfois même une troisième génération. Je regarde mon père et ma mère et je réalise que je suis différent. Il se peut qu’on ne parle pas la même langue, qu’on n’ait pas la même mentalité, la même culture, la même compréhension .. et même la façon de vivre nos principes religieux peut être différente.

Par leur présence en Occident les musulmans questionnent également leur identité. Qui sommes nous et comment gérer le fait d’être à la fois canadien ou européen et musulman.

Il y a donc une double crise, ces deux crises se retrouvent dans notre société, ici et maintenant.

Cette crise a une dimension psychologique. Les individus doutent d’eux mêmes et se questionnent: qui suis je, que vais je devenir et que faire de tout cela ? Et lorsqu’on traverse une crise on peut être tenté de penser que la seule façon de l’aborder c’est de manière intellectuelle ce qui n’est que partiellement correct car la crise a une dimension psychologique. En situation de crise on ne prête pas vraiment attention à ce que dit l’autre, on a plutôt tendance à entendre ce qu’on ressent dans ce que dit l’autre. Notre sens de l’écoute est perturbé en situation de crise. Il y a une atmosphère chargée d’émotions et les émotions ne favorisent pas l’écoute. Lorsque vous êtes sous pression, tendu et nerveux, vous pouvez parler mais vous écoutez moins. Parfois vous dites: je n’ai pas entendu ce que vous avez dit mais je me suis exprimé.

C’est souvent le cas aujourd’hui dans les sociétés occidentales autour de la question identitaire. Les deux côtés s’expriment mais ne s’écoutent pas.

Les musulmans sont aussi dans cette attitude réactive. Ils sont sous pression et ont du mal à percevoir la crise vécue par les autres. En Occident cette discussion est causée par la présence musulmane venue avec les immigrants. Et pourtant les migrations de populations ne sont pas chose nouvelle. Le Canada par exemple est un pays d’immigrants. Les immigrants n’y sont pas perçus comme en Europe, c’est une tradition canadienne. En Europe les immigrants sont perçus comme un gros problème. L’Europe essaie de se ”protéger” en créant des lois alors que nous savons très bien que l’Europe a besoin de ces immigrants qu’elle stigmatise. Il n’y pas d’autre choix que de trouver une solution à cela.

Les immigrants d’hier étaient perçus selon leur pays d’origine: Pakistan, Turquie, Afrique du Nord, etc … Maintenant ils sont perçus comme musulmans. L’Islam est le point commun de ces populations immigrées et l’Europe doit faire face à cette réalité transnationale. L’Europe s’est mise à projeter une variété de problèmes tels que: nous avons un problème avec l’Islam, l’Islam a un problème avec la modernité, problème d’autorité, problème de laïcité, … Entre l’Islam et l’Occident il y a des problèmes, ce n’est pas nouveau. Dans le passé les orientalistes en ont parlé et les musulmans en ont parlé également, mais de façon différente.

La discussion sur l’identité a donc aussi une dimension historique, accompagnée d’une double crise d’identités discordantes et d’attentes discordantes. Cette discussion commence avec la question: qui suis je , et de là connaître qui vous êtes, avec le potentiel que cela se transforme en un antagonisme: Nous en opposition à Eux. C’est pour cela que nous devons prendre en compte les multiples dimensions de l’identité, et ce n’est pas seulement une discussion d’ordre intellectuel. Il s’agit d’une réalité à facettes multiples. Il s’agit d’une réalité intellectuelle et spirituelle.

La définition négative et réactive de l’identité est la définition qui semble revenir en permanence. Négative parce que l’on se définit par ce que l’on n’est pas. Cette façon de se définir par différenciation n’est pas positive: je veux savoir qui vous êtes et je me définis loin de ce que vous êtes. C’est une attitude réactive, négative et sur la défensive. Elle comporte des risques:

Le risque de l’arrogance qui découle d’un esprit dogmatique. L’esprit dogmatique n’est pas restreint à l’esprit religieux, il est également présent dans les esprits rationalistes non religieux. Qu’est-ce qu’un esprit dogmatique ? C’est un esprit qui regarde les choses à travers une vision binaire. J’ai raison, et de là il n’y qu’une conclusion possible: vous avez tort. L’esprit dogmatique construit une réalité d’opposition entre Nous et Eux. On a pu voir ça dans des discussions religieuses mais aujourd’hui le dogmatisme est entré dans la discussion sur l’identité. Ceci est ”notre culture”, cela est Nous donc vous n’en faites pas partie. A titre d’exemple il y a eu un débat officiel en France qui a duré six mois et qui a porté sur l’identité nationale. Que signifie l’identité nationale ? En principe cette discussion avait pour but de rassembler mais en réalité elle a tracé les contours du Nous pour mieux situer qui est à l’intérieur et qui est à l’extérieur. Le but était de définir le nous pour désigner les gens qui n’en font pas partie.

Il y a donc cette vision binaire potentiellement dogmatique, potentiellement arrogante, arrogance dont la source n’est pas toujours un excès de confiance en soi mais aussi un état de doute. Le doute et le manque de confiance dans les discussions intellectuelles peuvent souvent conduire vers des attitudes dogmatiques.

Les Universités sont un lieu privilégié pour résister à ces émotions à la base de ces identités réactives. Nous devons confronter ces problèmes et en parler. Nous devons nous éloigner de l’identité de type négatif et réactif et construire une identité ouverte et positive, nous devons en parler et y travailler.

Avec la question de l’Islam et de la présence musulmane nous devons diffuser cette approche positive et cette pensée critique au sein de la communauté musulmane, et en venir à des choses plus profondes, plus enracinées dans nos propres traditions.

Le chemin à parcourir n’est donc pas seulement d’ordre intellectuel, c’est aussi un cheminement spirituel, non seulement pour les croyants mais également pour les athées ou non-croyants, car lorsqu’on parle d’identité, on parle de soi, on parle de soi comme sujet .

En parlant de soi le danger est l’égo qui peut se transformer en arrogance. Discuter de l’identité nécessite donc de l’humilité intellectuelle et de la modestie. Souvent la modestie est associée à l’apparence vestimentaire, mais en fait c’est aussi dans la façon de penser

L’humilité est aussi très importante dans cette discussion. Lorsque par exemple vous lisez des livres où des esprits complexes traitent de sujets très complexes qui sont difficiles à saisir, l’humilité intellectuelle est une attitude naturelle. C’est l’état d’esprit à avoir devant la question de la société plurielle. Il ne peut y avoir de société plurielle si on persiste dans la voie de l’arrogance, du dogmatisme, sans être ouvert et sans maîtriser nos émotions car ce cheminement est à la fois intellectuel et spirituel. L’humilité et la maîtrise de l’égo sont très importants, l’égo peut être une prison créée par soi même.

Dans ce cheminement où l’on essaie d’éviter le dogmatisme, l’arrogance, où on essaie de faire preuve d’humilité et de modestie intellectuelle, il y a un autre important danger à éviter: il s’agit de l’aliénation. L’aliénation est l’attitude qui consiste à se voir et à se définir à travers le regard de l’autre. Cela peut apparaître comme une approche positive mais cela revient à s’abandonner à un intermédiaire. L’aliénation c’est ne pas être un sujet mais plutôt devenir l’objet de la vision des autres. Souvent chez les musulmans on remarque une certaine confiance dans le discours mais au delà de cette apparence superficielle il y a une certaine forme d’aliénation qui consiste à se définir à la façon dont on est perçu et jugé par les autres. Pr Ramadan cite à titre d’exemple que parfois au cours d’une conférence certains musulmans observent les non-musulmans et si ceux là apprécient la conférence ils l’apprécient également. C’est cela l’aliénation, lorsque vous n’avez pas assez de confiance en vous même et vous attendez une confirmation dans le regard des autres.

Il est donc important de construire un discours qui cherche à améliorer la compréhension au lieu d’un discours qui cherche à plaire. Cette dimension relative à l’identité est profonde. C’est donc un sujet complexe où on est confronté à des dimensions intellectuelles, ainsi qu’à la psychologie et à des phénomènes tels que l’aliénation.

Alors comment aborder cela aujourd’hui lorsqu’en tant que musulmans occidentaux nous sommes amenés à parler d’identité et de quelle façon dans notre manière d’en parler peut on aider nos concitoyens à tirer le meilleur de cette discussion et de faire comprendre que notre présence est un enrichissement ? Comment faire comprendre qu’à travers notre questionnement et notre recherche de réponses nous pouvons également aider les personnes autour de nous ? C’est à nous de promouvoir une discussion positive et constructive qui sera le miroir de notre quête commune et non pas un miroir négatif de nos différences .. ce qui était le point de départ de cette conférence.

Source: http://presencemusulmane.com/

22 mars 2010

Musulmans, Musulmanes, engagez vous (2)

L' avenir et la place des musulmans en France et en Occident dépend de la capacité des musulmans à préparer la jeunesse musulmane au défit de l’avenir. Ce défit ne peut être relevé uniquement si au sein des musulmans la culture du leadership est inculquée dès le plus jeune âge. Cet état d’esprit doit promouvoir et affermir leurs ambitions afin de permettre une affirmation dans leur droit comme n’importe quel citoyen. Le leadership en islam se doit d’être à l’image de la noblesse de caractère que nous enseignent le Coran et le Prophète Muhamed (sav). Il est évident que le leadership que l’on cherche à inculquer à nos jeunes est loin de la définition classique et du stéréotype que l’on connaît en Occident. Aspirer à un statut de leadership dans la vie et surtout au travail ou à l’école n’est pas dans une fin de rendre l’individu arrogant et dédaigneux, mais bien au contraire c’est par la modestie, le sens de l’effort, du sacrifice dans le travail et la relation à autrui qu’il doit se distinguer. Être un leader pour un musulman c’est avant tout très bien connaître l’Islam et ses principes pas seulement d’un point de vue théorique mais surtout avec une pratique fondée sur la sincérité de sa relation avec Allah.

Le leadership ne s’acquiert pas par d’abjects stratagèmes qui humilient, écrasent les personnes qui sont sur votre chemin et en étant sycophante dans votre ascension sociale et hiérarchique. Le musulman dans son parcours et sa formation de la vie se réfère au comportement du Prophète (sav) et de ses Compagnons (ra) qui sont des Hommes dont le charisme a marqué à jamais les esprits et l’histoire de l’humanité. Leur leadership était basé sur la piété et les hautes valeurs morales qui faisaient d’eux des chefs hors paires. Leur leadership s’imposait naturellement par leur caractère et leur parcours propre. Il nous faut développer des méthodes pédagogiques au sein des mosquées, des associations de quartier, des nouvelles écoles musulmanes, des familles… qui permettent de privilégier une méthode interactive pour que nos jeunes identifient quel type de leader ils sont afin de parfaire leur caractère et développer leur personnalité. Des situations concrètes où le leadership est indispensable pour mener à bien une mission doivent être mises en place dans les associations, les mosquées, les activités sportives….

Il faut responsabiliser nos jeunes à travers des programmes de gestion et d’encadrement. Il faut les impliquer dans une posture de citoyen actif et concerné par sa ville et son environnement. Le but de ces programmes doit être de révéler le charisme de chacun. On doit permettre à chaque jeune musulman de ;

- Connaître ses forces, ses faiblesses, son potentiel en situation de leadership en groupe et en équipe…
- Comprendre et analyser ses comportements et ses émotions vis-à-vis des autres en se réferent au Coran et à la Sunna.
- Identifier le style de leadership le mieux adapté à sa personnalité avec pour modèle notre Prophète et ses nobles Compagnons ainsi que les illustres Leaders et Savants Musulman.
- Faire preuve d’une grande intelligence émotionnelle, d'empathie et d'une aptitude sociale élevée afin de pouvoir prendre des décisions pragmatiques.
- Conscience et maîtrise de soi.
- Représenter un modèle pour ses collaborateurs, être source d’inspiration.
- Identifier ses valeurs personnelles et les traduire en actes.
- Être créatif, à l’affût des opportunités en respectant le licite et l’illicite.
- Être prêt à prendre des risques par des actions habiles et assurées conformément à l’éthique musulmane.

Le charisme naît de l’assurance que l’on a de soi-même dans des situations délicates où le sang-froid, la prise de décision avec une capacité d’analyse et de recul font que l’on est considéré et distingué par les autres comme étant un leader. Devenir un leader c’est bâtir une vision partagée qui permet de se projeter dans l'avenir et fixer des objectifs ambitieux tout en gagnant la confiance des autres. C’est susciter l'adhésion de son équipe autour des objectifs à atteindre et garantir la cohérence de ses décisions. Il faut identifier ses valeurs personnelles et expérimenter de nouvelles approches afin de prendre des décisions équitables et trouver l'équilibre entre influence et authenticité. Il faut mettre en œuvre une communication motivante, favoriser la confiance dans les relations et aborder ouvertement les situations conflictuelles. Le leader musulman doit être en mesure de développer les complémentarités au sein de son équipe et de coacher les performances de ses collaborateurs ; en pratiquant le feedback, en fluidifiant les échanges et en misant sur l’innovation et la créativité.
Pour un jeune musulman coaché cela doit lui développer son potentiel, entreprendre des actions managériales efficaces et faire partager un haut niveau d’engagement à ses équipes. Chaque jeune doit être en mesure de sentir qu’il possède du leadership dans un domaine donné. Cela doit lui permettre de renforcer son identité et lui permettre de rayonner.

Pour terminer, le leadership en islam passe avant tout par la maîtrise de son propre égo. Être un leader, c’est être exemplaire dans son comportement et son caractère. Cette maîtrise de soi doit avoir comme unique objectif la quête de l’agrément et la satisfaction d’Allah. Maîtriser ses actes et sa conduite impliquera un respect naturel de votre entourage envers vous et surtout vous gagnerez en légitimité dans votre manière d’être et de paraître sans qu’il n’y ait de forme sans fond.

Source: http://laparoledujeunemusulman.blogspot.com

12 mars 2010

Musulman(e)s Engagez vous !

Il n’est pas habituel chez nous musulmans de retourner la plume pour constater l’usure de la pointe. Il est des hommes qui devraient réfléchir à deux fois avant de prendre un engagement. Nos actions sont déterminées et conditionnées, le plus souvent par nos émotions, sans que la raison ne soit consultée ou sollicitée.
Nombres de Frères et de Sœurs se lancent dans des projets sans mesurer le poids des responsabilités et du travail que cela implique. Trois constats simples mais que l’on peut généraliser à l’ensemble de la population active au sein de notre communauté musulmane ; Nous manquons cruellement de personne ayant le sens de la sincérité, de la responsabilité et du sacrifice.


Très peu de frères et de sœurs sortent du lot, mais sont très vite laminés par l’érosion qui est engendré par la désinvolture des personnes avec qui, ils ou elles doivent composer. L’engagement de ces « leaders » cache une réalité douloureuse que peu de gens voient ou comprennent en termes de sacrifice familial et personnel. Certes nos intentions et nos buts ne recherchent rien d’autre que l’agrément et la grâce d’Allah. Une réalité s’impose chez les musulmans dans leur engagement associatif, politique, sociale… la mollesse et la passivité sont déconcertantes dans leur attitude. Toutes les valeurs que l’Islam enseigne en terme de sincérité, d’altruisme, de responsabilité, de rigueur, de ponctualité… rien ou presque de tout cela transpire sur le terrain de l’engagement et du travail pour la communauté et la société civile.

Dépité et laminé sont sûrement les deux mots qui illustrent le mieux l’état général de ce qui se sont sacrifiés pour faire avancer les projets relatifs à la communauté musulmane et qui un moment ou un autre, ont dû tout arrêter brusquement. Travailler sur les cœurs est plus difficile que l’activité du bagnard qui doit casser et tailler les pierres dans les carrières en pleine canicule. Pour avoir été engagé dans de multiples structures associatives dans des régions et pays différents avec des musulmans, de culture et de tradition différentes, notre évolution spirituelle, intellectuelle, technologique et matérielle sont à l’image de l’hypocrisie que nous entretenons dans notre sincérité envers Allah, envers le prophète Muhammad (sav), nos proches, nos collègues et notre environnement.
Plutôt que de relever les défis qui sont devant nous, nous agissons de manière pusillanime en espèrent qu’un plus courageux fasse le sacrifice à notre place. Cette fuite en avant face à nos responsabilités a engendré des situations ubuesques où chacun croit maîtriser la situation circonstancielle dans laquelle il se trouve.

La critique est certes dure et difficile à admettre, malheureusement, c’est une réalité remarquable tous les jours sur le terrain de l’engagement social et associatif. La nonchalance, de ceux qui s’engagent pour se donner bonne conscience dans les structures musulmanes, tarit l’énergie de ceux qui s’engagent avec sincérité et dévouement. Il est important que chacun se remette en question régulièrement sur les raisons et les finalités de son engagement afin de ne pas dégrader et mettre en péril les synergies existantes que des braves frères et sœurs ont mises en place aux prix de lourd sacrifice individuel et familial.

Pourquoi la notion de ponctualité est une problématique quasi atavique de génération en génération alors même que l’Islam enseigne la rigueur, qui se traduit dans tout les actes de la vie courante en commencent par la prière qui nous oblige à avoir une conscience de tout les instants de la notion temporelle. Si Allah jure par le temps à mainte reprise dans le Coran, cela devrait nous interpeller sur le caractère sacré et précieux du temps. La communauté qui ne réalise pas l’importance du temps ne peut se relever.

Il y a un proverbe arabe que nous devrions tous méditer sérieusement : « Qui s'instruit sans agir, laboure sans semer ». Les jeunes et plus jeunes musulmans engagés doivent concrétiser leurs enseignements par une mise en pratique directe sans quoi, leur savoir ne sera rien d’autre que poussière de sable emporté par le vent. Il est grand temps, que chacun de nous prenne conscience que l’on ne pourra être efficace et utile à autrui tant que nous pataugerons dans un marasme de médiocrité. Cet apathie tient plus de notre insouciance entretenue par les distractions artificielles et éphémères que de notre capacité intellectuelle de créer des synergies dynamiques.

Nous trouvons tous le temps pour la distraction futile, mais nous sommes tous occupés lorsque le devoir de nos engagements et de nos responsabilités nous appellent. L’attitude des frères engagés avec nonchalances peut se comprendre en relisant les affirmations d’Aristote lorsqu’il dit ; «La médiocrité nous comble de tous les biens; Je veux vivre au milieu de mes concitoyens». En espérant qu’un jour les musulmans se réveillent pour enfin regarder la réalité en face, il faut persévérer dans le travail pour l’agrément d’Allah et le bien de l’humanité, car la mission première du musulman c’est de vivre dans l’adoration de Celui-ci et de venir en aide à son prochain.

La république est un espace de droit et de devoir, à nous d’être conscient que les droits sont écrits par ceux qui ont le courage de leurs ambitions et de leurs engagements. Il faut savoir que notre indolence fait de nous des soumis qui n’ont d’autre choix que de se plier au devoir de résignation. Notre futur est conditionné par notre présent, à nous de faire en sorte que ce présent soit empreint de sincérité renouvelée dans une détermination sans faille.

Source: http://laparoledujeunemusulman.blogspot.com/