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15 avr. 2011

Pourquoi le voile pose-t-il problème?

Au-delà des clichés et sans apologie aucune, peut-on envisager le voile islamique sous un autre angle? Entretien avec Silvia Naef, professeur à l’unité d’Arabe de l’Université de Genève, spécialiste de la culture des mondes arabes et musulmans, qui effectue actuellement des recherches sur le voile et ses symboliques.

© Ed Yourdon /  flickr


Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre recherche actuelle sur le voile?

Je n’ai pas voulu m’intéresser au problème du voile du côté musulman, son obligation par le Coran, qui est d’ailleurs très discutable. J’ai plutôt voulu me pencher, et c’est une réflexion, toujours en cours, sur cette fixation occidentale par rapport aux femmes musulmanes et à leur voile. C’est au XIXe siècle que l’ont peut trouver l’origine de cette fascination. Cela se trouve d’abord dans des récits de femmes occidentales qui voyagent en Orient, et qui plaignent les musulmanes obligées, selon elles, de porter un voile.

C’est évidemment tout à fait paradoxal quand on pense aux conditions de la femme en Europe à cette époque-là. De manière plus générale, dans l’optique 'Edward Saïd' d’un Orient créé par l’Occident, c’est tout l’orientalisme du XIXe siècle qui va s’intéresser à ces femmes voilées, cachées, et dont on va faire tantôt un symbole d’oppression, tantôt un objet de tous les fantasmes. Mis à part ce côté plutôt artistique, il existe une autre piste, anthropologique cette fois, qui doit être explorée: c’est celle de la domination. Car, ne l’oublions pas, le XIXe siècle est l’époque de toutes les conquêtes coloniales. Et qui dit conquête dit soumission.

De ce fait, les hommes, cela se voit dans toutes les guerres depuis l’enlèvement des Sabines à Rome, se servent des femmes pour humilier l’adversaire en se les appropriant brutalement. C’est un acte symbolique très fort. Or, on voit qu’au XIXe siècle, l’Orient musulman, justement, refuse de donner ses femmes. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si, plus tard, les Français obligeront les femmes à retirer leur foulard en Algérie, quelque soit par ailleurs les motifs sécuritaires invoqués. C’est parce que cet Orient qui a pourtant été conquis, refuse en effet de donner symboliquement ses femmes, et cela dérange fortement les Occidentaux.

Le fantasme de la femme dévoilée

C’est aussi pour cela que le fantasme de la femme dévoilée (visibles dans les tableaux d’Ingres par exemple) dans des bains turcs est si présent. C’est une manière de contourner ce refus. Ce problème symbolique est très important. Grâce au voile, les musulmans soustraient les femmes à la vue des occupants, et diminuent ainsi leur pouvoir de domination. C’est une sorte d’acte de résistance. Aujourd’hui, on constate que le voile islamique est plus que jamais une fixation de la part des Occidentaux.

Il y a selon moi différents types de questions et différentes manières de les aborder. Tout d’abord, très simplement, il existe des citoyens qui refusent la présence musulmane en Europe, et pour qui le port du voile constitue une provocation, une agression, et un acte de revendication insupportable. Il existe également toute une génération de féministes, qui ont dû se battre contre une multitude d’oppressions, dont certaines provenant du christianisme, et pour qui le voile islamique renvoie à ces combats si chèrement gagnés.

On voit également beaucoup de partis ou de groupes, notamment d’extrême-droite, pour qui le droit des femmes n’est absolument pas une priorité dans leur propre pays, mais qui sont à la tête du combat contre le voile sous prétexte de l’égalité homme/femme. Cette manière de se concentrer sur le voile des musulmanes sans s’intéresser aux problèmes des femmes de son pays se retrouve d’ailleurs déjà au XIXème siècle, et perdure largement aujourd’hui.

Le désir de posséder

On se concentre sur ces "pauvres femmes oppressées", forcées de se couvrir le visage et le corps, mais on oublie de se pencher sur toutes les inégalités qui subsistent encore aujourd’hui en Europe par exemple. Je pense enfin que le désir de posséder, symboliquement ou non, les femmes de pays plus pauvres, plus faibles, existe toujours aujourd’hui, et que les frustrations qui résultent de ce voile qui cache et soustrait les femmes des pays orientaux expliquent en partie cette focalisation sur le voile.

Enfin, il est important de le souligner, pour qui s’intéresse un tant soit peu à la condition des femmes dans les pays musulmans, le voile n’est pas un problème prioritaire. Cette obsession de vouloir faire retirer le voile aux femmes est d’ailleurs très souvent mal comprise par les principales intéressées, pour qui le foulard, hijab, niqab etc., constitue d’abord un acte de pudeur. C’est un peu comme si l’on demandait du jour au lendemain aux femmes occidentales de se balader dans la rue les seins nus.

La pudeur se conçoit de manières différentes selon les cultures et les sociétés, et le voile islamique est ancré depuis des siècles comme faisant partie de la légitime pudeur des femmes dans le monde arabo-musulman. Il semble donc intéressant de se pencher d’abord sur nos propres histoires, nos propres interprétations, pour comprendre un peu mieux le regard que l’on porte sur l’autre, en l’occurrence sur la femme musulmane voilée.


Source : www.lemondedesreligions.fr

16 sept. 2010

Un manga pour soutenir la culture et la langue arabe

Après The 99, du dessinateur koweïtien Naif al-Mutawa inspiré des 99 vertus de Dieu selon l'Islam mais transposées dans un univers comics, c'est au tour des manga de servir de vecteur à la culture du Moyen-Orient.

C'est un ancien consultant informatique qui s'est reconverti dans le manga en créant une oeuvre dont le titre pourrait être traduit par L'anneau d'or. Le but étant de proposer des divertissements pour les enfants afin qu'ils ne se détournent pas de leur culture et de leur langue.


L'histoire évoque les aventures d'un jeune sultan de 15 ans et d'un oiseau robot qui porte un anneau d'or. Et le tout est écrit en arabe classique, une langue que les enfants ont tendance à juger ennuyeuse car ils ne la rencontrent qu'à l'école ou dans les flashs d'information.

Relancer la jeunesse

L'auteur Qais Sedki explique : « J'ai toujours étais fasciné par la culture japonaise, pas seulement la pop culture mais la façon d'être des Japonais, leur éthique du travail, leurs arts, leur technologie, leur histoire. Les manga et l'animation sont aussi de la partie. Dans les Émirats arabes unis, ma génération a grandi avec tout ça. Du coup, nous sommes bien habitués pas seulement à l'esthétique mais aussi aux bizarreries en manga qui sont vraiment japonaises ».

Pour adopter un style manga, Qais Sedki est entré en contact avec le duo de mangaka connu sous le nom de plume Akira Himekawa (qui a notamment travaillé sur une deuxième version d'Astro Boy et sur The Legend of Zelda). Qais Sedki affirme : « Elles ont pris une part très importante dans ce projet ».

Connecter l'arabe classique aux enfants

Un projet qui a obtenu la reconnaissance des critiques et du public. En effet, le premier tome a reçu le prix du livre jeunesse Sheikh Zayed 2010. L'auteur assure aussi recevoir par mal de courrier où des parents se réjouissent de voir leurs enfants prendre un livre en main sans que ce soit une obligation.

Qais Sedki, espère que son titre deviendra une longue série et prévoit un deuxième tome pour le début 2011. Par contre, il n'envisage pour l'instant pas d'adaptation en série animée : « Je n'ai pas très envie d'avoir un tel format vraiment tôt, parce qu'une autre chose vraiment importante pour moi est que je souhaite rapprocher les enfants de la lecture en arabe. [...] L'arabe classique n'a pas eu beaucoup de chances de se connecter aux enfants et je veux changer cela ».

Source: www.actualitte.com

3 sept. 2010

Qantara, un agenda aux couleurs de l'islam

Soufiane Iquioussen et Lionel de Jaham ont mis sur le marché l’agenda appelé Qantara, qu’ils souhaitent ériger en vecteur de partage culturel.

L’idée marketing paraît si évidente qu’on se demande pourquoi personne n’y avait pensé avant. Qantara signifie « pont » en arabe. Le terme a été choisi par deux jeunes Français pour lancer une nouvelle ligne de papeterie unique en France à destination des écoliers, lycéens et étudiants. L’objectif est de mieux refléter la diversité culturelle de l’Hexagone en intégrant dans des agendas, à prix raisonnable (6,90 euros), les dates des principales fêtes musulmanes.

Des proverbes arabo-musulmans sont également cités, et l'étymologie des mots arabes utilisés est expliquée. Autant d’informations qui font de l’agenda un véritable petit objet de vulgarisation et d’initiation culturelle.

Autres exemplaires de l'agenda 2010-2011 de Qantara.

© D.R.

Fruit d’une double culture

Les deux entrepreneurs témoignent de cette réelle volonté de partage culturel. D'origine marocaine et de confession musulmane, Soufiane Iquioussen est à l'origine du projet. « C’est l’héritage métissé que j’ai reçu, entre les précieux enseignements transmis par mon père et ma culture française, qui a donné naissance à Qantara. Je pense sincèrement que sans cette double culture, jamais Qantara n’aurait pu voir le jour ! », dit ce fils d'imam âgé de 25 ans.

Son associé, c’est Lionel de Jaham, un Parisien d’origine antillaise. « Le monde créole est un carrefour entre les populations et les cultures. Très logiquement, j’ai gardé intacte ma curiosité pour les traditions et la diversité », explique ce catholique de 47 ans. Il ajoute : « Peut-on s'étonner de voir une percée de la religion musulmane dans notre vie de tous les jours quand on sait qu'il y a 5 à 6 millions de musulmans en France ? »

Le graphisme aide aussi à s’imprégner de culture islamique. On y trouve de la calligraphie arabe, des motifs mauresques colorés, qui se déclinent aussi sur les classeurs et pochettes de la gamme. Les deux entrepreneurs insistent sur le dialogue des cultures, parlant de leur agenda comme « d'un objet à portée universelle ».


Source: www.jeuneafrique.com

3 août 2010

5e édition des Veillées du ramadan

Situé au coeur du quartier cosmopolite de la Goutte d’Or, l’Institut des Cultures d’Islam -ICI-, acteur insolite et désormais incontournable de la scène parisienne, vous invite à participer, en partenariat avec le British Council, du jeudi 2 au samedi 11 septembre 2010 à la 5e édition des VEILLEES DU RAMADAN.

Cette année, immersion dans l’Islam européen ! L’Institut des Cultures d’Islam innove et marque sa volonté de promouvoir la création et le décloisonnement des pratiques culturelles, philosophiques et scientifiques, en invitant des artistes confirmés et des jeunes talents de la scène contemporaine. Pendant dix jours, de 15h00 à 1h30, iftar, débats, concerts, performances de danse, expositions, installations, projections de films, soirées théâtre, ateliers jeune public, espace librairie et visites de quartier seront proposés.

ENTREE LIBRE ET GRATUITE à l’ICI pour les spectacles, expositions, ateliers et débats.

Repas (iftar) : 10 euros par personne, réservation conseillée.

Venez à l’avance, les places sont limitées ! www.veillees-ramadan.com

La thématique 2010 : « Islams d’Europes »

Avec trente-deux millions de musulmans dont quinze au sein de l’Union européenne, l’Islam est, depuis des siècles, partie intégrante de l’histoire européenne. C’est dans cet esprit que l’ICI souhaite renforcer l’échange et le partage entre musulmans et non musulmans, afin de lever les a priori mais aussi de montrer comment l’Islam a continuellement inspiré les artistes européens et nourri la culture/les cultures européennes, d’un point de vue tant artistique que sociologique.

Des créations et des spectacles en exclusivité pour les Veillées du Ramadan !

L’Institut des Cultures d’Islam est aussi et surtout un lieu de création contemporaine. Le 19 Rue Léon sera ainsi revisité à l’occasion de ces Veillées par les soins de célèbres artistes contemporains. François Morellet, principal représentant de l’abstraction géométrique aujourd’hui, dont l’oeuvre s’inspire notamment de l’Alhambra (monument espagnol majeur de l’architecture islamique), proposera une installation inédite. Hassan Hajjaj, photographe et designer, au confluent de plusieurs cultures, connu pour sa signature artistique ’pop-orientale’ (bar Andy Wahloo, album de Hindi Zahra...), transformera l’un des espaces de l’ICI en véritable lounge, avec une programmation assurée par le label électro Hammerbass. Par ailleurs, l’une des salles d’exposition accueillera les photographies de l’islam italien de Nicolo Degiorgis, parrainé pour l’occasion par le célèbre photographe anglais Martin Parr.

Côté création culinaire, l’ICI nous propose de (re-)découvrir chaque soir à la tombée de la nuit, le traditionnel iftar, repas de rupture du jeûne typique du ramadan. Les spécialités culinaires musulmanes des quatre coins de l’Europe seront revisitées par une équipe de cuisiniers de talent, en lien avec le thème du jour, pour la plus grande joie de nos papilles !

Du côté des spectacles, l’ICI vous réserve de très belles surprises pour cette édition, avec des concerts exceptionnels et des créations inédites : Transglobal Underground avec la participation de Natacha Atlas, Fedayi Pacha, une carte blanche à Titi Robin et ses invités parmi lesquels Jeanne Cherhal et Jean-Claude Carrière, Abed Azrié, Ibn Arabi (ensemble spirituel de Sarajevo), un spectacle de Flamenco, une performance de danse contemporaine (Wasla de Hela Fattoumi), une pièce de théâtre (De Majnoun Layla au Fou d’Elsa), des projections en avant-première de films turcs, allemands, espagnols autour de la thématique...

NOUVEAUTE 2010 : un cycle de débats quotidien avec de nombreuses personnalités

Autre nouveauté de cette 5e édition, l’Institut des Cultures d’Islam organise un cycle de débats très novateur, baptisé « Restons Eveillés ! ». Il a pour vocation de nourrir des échanges et d’approfondir la question de l’Islam en Europe avec des invités de renom : universitaires, philosophes, sociologues, personnalités politiques, journalistes, acteurs du monde de l’art, artistes... Le public est également convié à participer activement et à échanger avec les intervenants, qui viennent de France et d’autres pays européens. Le thème de chaque débat sera en relation avec le spectacle proposé précédemment, toujours dans le cadre de l’Islam européen : « L’Islam dans l’espace médiatique », « l’Islam dans l’art d’aujourd’hui », « Islam, Europe et Mondialisation »...

Parmi les invités confirmés : Alain Gresh, directeur adjoint au Monde Diplomatique, Rokhaya Diallo, présidente des Indivisibles et fondatrice des Ya Bon Awards, Ziauddin Sardar, écrivain, Martin Rose, directeur du programme « Our Shared Europe » du British Council, Hammou Bouakkaz, adjoint du Maire de Paris, Bruno Guiderdoni, astrophysicien, Emmanuel Todd, essayiste, Patrick Haenni, islamologue, Thierry Paquot, philosophe, Nacira-Gueni-Suleimas, sociologue...

Tous les artistes invités participeront aussi aux débats.

Pendant ces 10 jours d’une programmation riche et intense, place au plaisir du partage, de l’échange et de la convivialité !

PROGRAMME COMPLET ET RESSOURCES PRESSE :

- Le site www.veillees-ramadan.com


Source: www.afrik.com


21 avr. 2010

Pour une éducation au pluralisme

Par Souleymane Bachir Diagne

Qu'est-ce que le pluralisme ? On dira avec les dictionnaires (le mot n’apparaît pas dans les dictionnaires français avant le premier tiers du XXe siècle) que c’est la reconnaissance et l’acceptation du fait qu’il existe plusieurs modes de pensée, d’opinions…, qu’il y a, en particulier, plusieurs religions ou plusieurs manières de comprendre une religion qui, toutes, sont valides.

Il n’est, bien sûr, pas facile d’adhérer avec sincérité à l’idée que d’autres manières d’entendre la religion sont tout aussi valides que celle en laquelle on se reconnaît.

Avant d'explorer la difficulté que cela présente, on s’avisera utilement qu’être pluraliste n’est pas dire qu’il n’existe pas de vérité qui vaille universellement ; c’est dire que la vérité se réfracte de manière plurielle en des lectures qui, toutes, la manifestent.

Par conséquent, l’antipluralisme est non pas l’universalisme, mais le monisme : l’affirmation, vite fanatique et violente, qu’il y a une lecture hors de laquelle il n’y a que diverses manières de tomber dans le contresens, dans l’hérésie ou dans l’infidélité.

Regardons ces distinctions quelque peu abstraites à la lumière d’un exemple. Une tradition dite des soixante-treize sectes rapporte que le Prophète de l’islam a annoncé que sa communauté – la umma islamique – finirait dans la division en soixante-treize sectes (soixante-douze, selon une autre version du même hadith), dont une seule serait sauvée. Quelle secte sera sauvée est donc bien la question qu’il est urgent de se poser. Et il est probablement naturel que chacun pense qu’il s’agit de la sienne. Eh bien, on peut soutenir que celle d’entre les soixante-treize qui sera sauvée est la soixante-quatorzième, et l’appeler celle des « pluralistes » pour ainsi l’opposer à celle des « puristes ».

Le paradoxe qu’il y aurait à parler d’une soixante-quatorzième secte n’est qu’apparent. Ceux qui sont naturellement inscrits, en général suivant la tradition où ils sont accidentellement nés, dans une des sectes – ils seront ainsi chiites, sunnites, ismaéliens, zaydites, etc. – peuvent s’éduquer à comprendre que la pluralité n’est pas le signe de la déviation d’un sens authentique que l’on croit détenir soi-même dans sa pureté originelle.

Pour cela, ils pourront utilement se rappeler ce que le Coran dit de l’attitude d’exclusion des autres lectures et celle d’enfermement dans sa propre « pureté » supposée, laquelle, souvent, conduit à la violence contre le pluriel, le différent. « Ne soyez pas parmi ceux qui ont divisé leur religion, sont devenus des sectes, chaque parti exultant de ce qu’il détenait », dit ainsi le verset 32 de la sourate 30 ; tandis que le verset 49 de la sourate 4 précise : « N’as-tu pas vu ceux-là qui se déclarent purs ? Mais c’est Dieu qui purifie qui Il veut. »

La soixante-quatorzième secte sera donc celle de ceux qui, tout en appartenant pleinement à la leur, se seront éduqués à une conception non sectaire, c’est-à-dire non exclusiviste, de la vérité.

Difficile ? Rien ne l’est davantage quand il s’agit de foi. C’est justement pour cette raison qu’elle doit aussi s’éclairer d’une éducation au pluralisme, qui, au-delà de la querelle des sectes, embrasse toutes les religions et l’irreligion même. Une telle éducation est tâche nécessaire à la compréhension de ce que veut dire faire la paix avec soi, avec Dieu et avec les humains. N’est-ce pas ce que signifie « islam » ?


* Souleymane Bachir Diagne est professeur de philosophie et d’études francophones à Columbia University (New York). Il est l’auteur d’Islam et société ouverte, la fidélité et le mouvement dans la pensée de Muhammad Iqbal (Maisonneuve et Larose, 2001) et de Comment philosopher en islam ? (Éd. du Panama, 2008).

Source: www.saphirnews.com

7 déc. 2009

La spécificité de la civilisation islamique


Chaque culture a sa nature, ses spécificités et ses racines. La littérature populaire peut être révélatrice de quelque unes de ces caractéristiques.

En examinant l’histoire de deux symboles de la littérature arabe et occidentale, on peut se rendre compte des différences fondamentales entre ces deux cultures.

Deux personnages, se sont trouvés seuls, isolés du monde humain, et face à ce vide cosmique, ils ont agit différemment. Il s’agit de Robinson Crusoé et Hay Ibn Yakdhan.

Le personnage de Foé remplit son emploi du temps en construisant des outils lui permettant de survivre et de vivre plus confortablement. Tout son intérêt était tourné vers le monde des choses. Le personnage d’Ibn Tufail passe son temps à méditer et à réfléchir sur des questions existentielles et sur les phénomènes qui se passent dans son environnement.

On peut élaborer à partir de ces deux exemples le constat suivant: la civilisation islamique est une civilisation d’idées alors que la civilisation occidentale est une civilisation de choses. La 1ère est née suite à une révélation, une idée, l’autre est née suite à une révolution technique, industrielle.

Nous allons essayer de montrer dans cet exposé la centralité de l’idée dans la culture islamique.

L’environnement culturel pendant l’ère préislamique dans la péninsule arabe était riche. La poésie était très évoluée et avait une certaine influence sur l’individu de l’époque. Cependant, cette richesse culturelle n’a pas crée une civilisation. Bien au contraire, elle n’a cessé de créer les subdivisions au sein des tribus arabe. La raison est à mon avis que cet univers culturel se concentrait sur les choses et les idoles. Le poète de l’époque n’avait pas d’autre message à transmettre que pour glorifier un bien-aimé ou flatter un homme au pouvoir. Ainsi, l’univers des idées est resté inerte, jusqu’au jour ou dans une grotte, une voix a déclenché sa naissance: « lis, lis au nom de ton seigneur qui t’a crée… »

C’est la révélation du coran qui a crée un nouvel univers : l’univers des idées. Cet univers était centré autour d’une idée maîtresse : l’unicité de dieu. « tawhid ».

La dynamique qu’a crée la révélation du coran dans le monde des idées s’explique ainsi : le croyant n’est pas appelé seulement à travers le coran à croire à cette idée, mais il doit l’imprimer dans son cœur et sa conscience par la méditation et la réflexion afin qu’elle puisse transformer le sens de sa vie. Cette réflexion porte sur les 3 axes suivants : l’homme, l’espace et le temps. Les références coraniques sont nombreuses, on va se contenter ici de citer quelques unes :

“Dans leurs récits il y a certes une leçon pour les gens doués d’intelligence. Ce n’est point là un récit fabriqué. C’est au contraire la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, un exposé détaillé de toute chose, un guide et une miséricorde pour des gens qui croient.” (1)

“N’ont-ils pas médité en eux-mêmes ? Dieu n’a créé les cieux et la terre et ce qui est entre eux, qu’à juste raison et pour un terme fixé. Beaucoup de gens cependant ne croient pas en la rencontre de leur Seigneur.” (2)

“Certes la création des cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue en mer chargé de choses profitables aux gens, dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel, par laquelle Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toute espèce, dans la variation des vents, et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, en tout cela il y a des signes, pour un peuple qui raisonne.” (3)

“Cela ne leur a-t-il pas servi de direction, que Nous ayons fait périr avant eux tant de générations dans les demeures desquelles ils marchent maintenant? Voilà bien là des leçons pour les doués d’intelligence.” (4)

Une idée née et entretenue suite à une réflexion permanente autour de ces trois axes a pu transformer brutalement les passions des croyants de l’époque du prophète sur lui bénédiction et salut. Le monde des choses ne représente plus rien par rapport à la grandeur de l’idée qu’ils défendent. Allahou akbar « allah est le plus grand » avait un sens profond dans leurs cœurs.

C’est la force de cette idée qui a permis à un compagnon du prophète , Bilel Ibn Rebeh, soumis à d’atroces tortures de défier de son index, en le levant témoignant de l’unicité de Dieu, toute la Djahiliya. Elle a permis aussi à un autre compagnon de refuser l’offre de l’empereur de Rome de se convertir au christianisme, à l’encontre de la moitié de son royaume.

Les idées étaient si imprimées dans les coeurs qu’elles mettaient leur note sacrée dans toutes les idées exprimées, dans toutes les attitudes, dans tous lieux aboutissant à des changements sociaux radicaux dans la 1ère société islamique : celle de Médine.

Les tribus arabes longuement déchirées par les guerres les plus sanglantes, se sont réunies autour de l’idée islamique. Ils ont oublié toutes leurs rivalités lorsqu’ils ont répondu au message de l’islam.

La hiérarchie sociale basée sur la richesse et le pouvoir a été remplacée par une société ou la richesse matérielle et le pouvoir représentent des devoirs supplémentaires et non pas des faveurs.

Les discriminations raciales et ethniques ont soudainement disparu : « Il n’y a pas de différence entre un arabe et un non arabe ni entre un blanc et un noir si ce n’est par la piété. »(5)

Après la mort du prophète sur lui bénédiction et Satut, le message de l’islam a été transmis de génération en génération et l’idée fondatrice du tawhid était restée imprimée dans les cœurs des musulmans pendant un certain temps. D’ailleurs, les musulmans ne se sont pas contentés de consommer les connaissances religieuses qu’on leur a transmises. Ils n’ont pas hésité pour comprendre l’essence du message de l’islam de créer de nouvelles sciences religieuses: la jurisprudence, l’exégèse du coran, la science du hadith…

L’apogée de la civilisation musulmane a été atteinte grâce à une génération d’hommes qui ont su imprimer l’idée du tawhid dans leurs cœurs et l’exprimer de la meilleur des façons : par la science.

Le mystique à travers son expérience personnelle transmet son propre cheminement vers la connaissance et l’amour de son créateur. Le philosophe transmet son cheminement intellectuel vers la vérité. L’historien transmet les enseignements des histoires des autres peuples offrant une réflexion par rapport au temporel. L’astronome, le géographe transmettent leurs recherches et réflexions par rapport à l’espace confirmant l’unicité divine.

Cette harmonie dans le monde des idées a duré quelques siècles, après lesquelles l’idée fondatrice a commencé à s’effacer des cœurs et les musulmans se sont contentés de consommer les travaux de leurs prédécesseurs, ce qui a conduit à une décadence progressive de cette civilisation.

On a vu l’univers culturel se réduire au 19ème siècle à des Zaouïas, des magiciens, des chefs religieux. C’est le retour au monde des choses et des idoles qui a marqué le maximum de décadence du monde musulman et son retour au stade pré civilisé.

Bien que l’ère des Zaouïas soit dépassée aujourd’hui, l’idée de l’unicité divine “tawhid” n’est pas encore bien imprimée dans les cœurs des musulmans. Le musulman se trouve déchiré entre deux mondes : le musulman pratiquant qui fait ses prières à la mosquée et sort de là pour devenir le musulman pratique plongé dans un autre univers….

Références:

(1) Sourate Joseph verset 111

(2) Sourate les romains verset 8

(3) Sourate La vache verset 164

(4) Sourate Taha verset 20

(5) Hadith rapporté par Ahmad