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6 déc. 2010

LES SOCIÉTÉS MUSULMANES FACE AUX DÉFIS DE LA SCIENCE Une crise systémique de créativité

96,1% de la production scientifique est concentrée au niveau des grands acteurs de l’économie mondiale. L’Unesco vient de publier le rapport sur la science qu’elle établit tous les cinq ans et qui est extrêmement instructif dans un monde dominé par «le rôle croissant de la connaissance dans l’économie globale» pour reprendre le titre même du premier chapitre.
En termes de part relative, pour l’année 2008, la répartition globale est la suivante: pays de l’Ocde (76,4%), Chine (10,6%), Inde (3,7%), Russie (2,7%) et Brésil (2,7%). Soit au total, 96,1% de la production qui est concentrée au niveau de ces grands acteurs de l’économie mondiale; le «reste» ne représentant que 3,9%. En ce qui concerne les pays musulmans, les données fournies par le rapport concernant la production scientifique - sciences naturelles et physiques et mathématiques - sont très intéressantes à analyser: Turquie - par ailleurs, membre de l’Ocde - (1,8%), Monde arabe (1,4%), Iran (1,1%), un ensemble Pakistan/Afghanistan/Bangladesh/Indonésie/Malaisie (0,7%), soit au total 5% de la production scientifique mondiale.
Deux autres ensembles appartenant partiellement à l’aire culturelle de l’Islam, ne contribuent de leur côté, que très faiblement à la production scientifique mondiale: l’Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud, pour 0,6% et les pays de la Communauté des Etats indépendants d’Asie centrale pour 0,2%.
En partant de l’hypothèse qu’une partie de la production scientifique de ces deux ensembles est générée dans le contexte de pays musulmans, je retiendrai sur les 0,8% concernés, 0,3%. Ce qui permet de formuler l’hypothèse qu’au final, en 2008, sensiblement 5,3% de la production scientifique mondiale (986.099 publications recensées) est assurée dans des pays musulmans, soit environ 52.300 publications; 1,4% du total des publications, soit 13 574 publications, l’étant dans les pays arabes, saisis comme tels dans le rapport.
Ces données doivent être rapportées à la population des ensembles concernés. Pour ce qui concerne les pays musulmans, la part relative de 5,3% de la production scientifique mondiale doit être rapportée à une population d’environ 1,350 milliard, soit de l’ordre de 20% de la population mondiale, telle qu’estimée dans le rapport à un total de 6,670 milliards pour 2007.
Il est entendu que ces données ne concernent pas l’ensemble des musulmans dans le monde dont la population estimée à 1,600 milliard, représentait, à la même période, 24% de la population mondiale. En tout état de cause, l’information la plus significative à retenir est celle des contributions relatives: en ce qui concerne les pays musulmans, 20% de la population mondiale ne contribue qu’à hauteur de 5,3% de la production scientifique mondiale; soit 3,77 fois moins eu égard à la population. En ce qui concerne les pays arabes: 4,9% de la population mondiale (329,2 millions, d’après le rapport) ne contribue qu’à hauteur de 1,4% de la production scientifique mondiale; soit 3,50 fois moins eu égard à la population et correspondant à un «décalage» très proche de celui enregistré pour l’ensemble des pays musulmans.
La comparaison avec les performances d’autres régions du monde est très édifiante. Ainsi, l’impact total de l’ensemble des pays musulmans (52 300 publications) se situe entre celui des deux pays de la Péninsule ibérique réunis, Espagne et Portugal, avec 42.845 publications ou bien celui de l’Italie avec 45.273 et celui de la France avec 57.133. Celui de tous les pays arabes (13.574) est pratiquement équivalent à celui de la Belgique (13.773), légèrement supérieur à celui d’Israël (10.069) et nettement inférieur à celui de la Suède (16.068) ou de la Suisse (18.156).
En termes de nombre de publications par million d’habitants, les pays musulmans se situent à 38,74 et les pays arabes à 41,23; la moyenne mondiale étant à 147,82. A titre indicatif, la performance de la Suisse est de 2388,95, d’Israël de 1459,28, du Canada de 1323,37, des Etats-Unis de 1022,75, de la Corée du Sud de 682,94, du Japon de 585,70 et du Brésil de 139,31. La Turquie avec 243,66 publications par million d’habitants et l’Iran avec 150,47 se situent au-dessus de la moyenne mondiale de 147,82. Ce qui est également le cas pour les pays arabes suivants: Emirats arabes unis (147,2), Qatar (152,2), Jordanie (157,1), Tunisie (196,2) et Koweït (222,5). Ceci dit, les seuils les plus élevés atteints par les pays musulmans indiquent clairement qu’ils demeurent modestes et encore très éloignés de ceux réalisés par les pays les plus avancés dans le monde. Ainsi, un document de la Banque islamique de développement établissait, en 2008, le lucide constat suivant: «Les 57 pays à population majoritairement musulmane ont sensiblement 23% de la population mondiale, mais moins d’1% des scientifiques qui produisent moins de 5% de la science et font à peine 0,1% des découvertes originales mondiales liées à la recherche chaque année.» Dans un autre document de la BID, la première phrase est la suivante: «Les deux problèmes les plus importants auxquels doivent, à l’heure actuelle, faire face les pays musulmans sont: la mondialisation et l’émergence de l’économie basée sur la connaissance.»
Mais, par-delà la seule dimension économique, le défi pour toutes les sociétés musulmanes - en dernière analyse, de nature ontologique - est de démontrer leurs capacités effectives à se transformer en des espaces favorables à l’épanouissement de la créativité humaine, comme condition indispensable de toute production scientifique significative.
Dans cette perspective, les sociétés musulmanes devront nécessairement mener un immense et courageux effort collectif d’introspection afin, d’une part, de clairement établir les raisons, nécessairement internes - excluant donc les éternelles recherches de boucs émissaires - qui les ont conduites aux impasses actuelles et, d’autre part, tout aussi clairement, de définir les nouvelles politiques qui leur permettront de participer activement à la production de connaissances, biens et services qui, chaque jour un peu plus, bouleversent notre monde.
De ce point de vue, une reformulation complète des problématiques culturelles actuellement dominantes, apparaît comme un passage obligé dans lequel le problème majeur qui se posera, est incontestablement, celui d’un effort totalement renouvelé de (re)lecture de tout le patrimoine intellectuel islamique. L’effort à conduire devra aller dans le sens d’un dépassement des approches réductrices qui, aujourd’hui, prévalent et qui, fondamentalement, reposent sur deux postulats de base, profondément liés entre eux et procédant de dichotomies simplificatrices.
La première dichotomie, «nous et les autres», procède d’une lecture essentialiste du patrimoine intellectuel de la civilisation islamique, posant que l’on est en présence, «face» à celui de «l’Occident», de deux réalités bien distinctes et cloisonnées, correspondant à deux logiques d’accumulation intellectuelle parallèles, n’ayant entretenu aucun lien, l’une avec l’autre. Or, ce n’est pas du tout le cas, tant les échanges, tout au long de l’histoire, ont été importants, notamment avec «l’Occident» lorsque des philosophes musulmans, sans complexe aucun, ont commenté et se sont inspiré de l’oeuvre de philosophes «étrangers», tels que Platon pour Al-Farabi et Aristote pour Ibn Rochd.
En sens inverse, l’oeuvre de ces deux philosophes - notamment celle d’Ibn Rochd, au point qu’on parlera «d’averroïsme latin - irriguera toute la philosophie européenne du Moyen Age, alimentant directement les fondements intellectuels de la Renaissance européenne, alors en pleine gestation.
La seconde, «aspects matériels et aspects intellectuels», procède fondamentalement de la même vision que la précédente et postule que l’échange avec la culture «occidentale» doit être conçu comme obéissant au principe de base suivant: sous l’empire de la nécessité, bénéficier de tous ses biens matériels, en tant que produits «neutres» de la science et de la technologie et ce, tout en rejetant systématiquement sa production intellectuelle, considérée comme «non-neutre», au motif qu’elle procède de logiques intellectuelles «étrangères» et, en tant que telles, condamnables.
Or, les liens entre les logiques intellectuelles ayant généré les deux types de produit, matériel et intellectuel, sont extrêmement étroits car l’extraordinaire développement de la science et de la technologie en «Occident» - fournisseur de la matérialité aujourd’hui si recherchée - n’aurait jamais été possible sans une longue et riche accumulation intellectuelle.
A laquelle l’aire culturelle de l’Islam a contribué par l’intermédiaire de deux filières, aussi décisive l’une que l’autre: l’une philosophique et l’autre scientifique, toutes deux porteuses de logiques fondamentales de rationalité. C’est bien pourquoi, aujourd’hui, rejeter purement et simplement tout apport «occidental» c’est d’abord nous amputer d’une partie de nous-mêmes.
L’analyse de l’expérience historique d’autres aires culturelles non-européennes - essentiellement asiatiques: japonaise, indienne, chinoise, coréenne - aujourd’hui à la pointe des processus mondiaux de créativité, à commencer par ceux de la science, montre bien que, partout, les voies de la Renaissance ont impliqué - grâce à une (re)lecture du patrimoine intellectuel, seule garante de l’endogénéité de la démarche menée - une profonde remise en cause de soi, nécessairement accompagnée d’une réelle ouverture sur le reste du monde.
Dans cette perspective, les analyses de deux grands philosophes maghrébins - malheureusement décédés cette année - Mohamed Abed Al Jabiri et Mohammed Arkoun, sont absolument essentielles et nous fournissent un éclairage très précieux pour la compréhension des enjeux et défis qui structurent l’oeuvre de rénovation nécessaire.
Les sociétés musulmanes ne doivent oublier ni que le tout premier mot de la révélation coranique - «Lis» - a été une injonction claire en faveur du savoir, ni que le Prophète Mohamed, (Qsssl), dans ses «hadiths», à plusieurs reprises, a fortement encouragé la recherche de ce même savoir; «jusqu’en Chine», dans l’un des plus célèbres. Alors que demeure encore vivace dans la conscience collective - souvent sur le mode mythique d’un âge d’or à retrouver - le souvenir d’une très longue tradition d’ouverture intellectuelle et de production scientifique qui a marqué des siècles de contribution au savoir universel, il est permis d’espérer que l’aire culturelle de l’Islam - autant par l’évaluation critique de sa propre expérience que par son ouverture sur les autres cultures - saura se ressaisir afin d’emprunter l’unique voie aujourd’hui possible: apporter sa propre contribution à la créativité contemporaine. Seule en mesure de lui éviter une autre trajectoire possible, celle du déclin.

Source: www.lexpressiondz.com

1 mars 2010

Ce que nous attendons de la science

Par Fethullah Gülen

Puisque la vie « réelle » n'est possible que grâce à la connaissance, ceux qui négligent l'apprentissage et l'enseignement sont considérés comme « morts » même s'ils sont encore en vie, car nous avons été créés pour apprendre et pour communiquer ce que nous avons appris à autrui.

* * *

Les bonnes décisions sont dépendantes d'un esprit sain et d'une pensée saine. Comme la science et la connaissance illuminent et développent l'esprit, ceux qui sont dépourvus de science et de connaissance ne peuvent parvenir aux bonnes décisions et sont toujours exposés à la tromperie et à l'égarement.

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Ceux qui sont véritablement humains continuent d'apprendre, d'enseigner et d'inspirer les autres. Il est difficile de considérer ceux qui sont ignorants et qui n'ont aucun désir d'apprendre comme véritablement humains. On peut aussi se demander si une personne éduquée qui ne cherche pas à se renouveler et à se réformer, et ainsi à être un exemple pour les autres, est véritablement humaine.

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La science et la connaissance doivent chercher à dévoiler la nature des hommes et des femmes et les mystères de la création. Toute connaissance, scientifique ou non, n'est pas de la vraie connaissance si elle ne fait pas la lumière sur les mystères de la nature humaine et les recoins sombres de l'existence.

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Le statut et le mérite acquis grâce à la science et à la connaissance sont plus élevés et plus durables que le statut et le mérite acquis par d'autres moyens. C'est vrai pour deux raisons : la connaissance va réjouir ses possesseurs quand ils atteindront l'autre monde, avec le plaisir des positions acquises quand on est dans ce monde. De plus, elle va protéger ses possesseurs de la mauvaise moralité dans ce monde et les aider à acquérir de nombreuses vertus.

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Les parents doivent nourrir l'esprit de leurs enfants avec la connaissance et la science avant qu'ils ne deviennent occupés avec des affaires inutiles. Les âmes dépourvues de vérité et de connaissance sont des champs dans lesquels toutes sortes de pensées maléfiques se développent et sont cultivées.

* * *

Le but de l'apprentissage est de faire de la connaissance un guide pour votre vie, d'illuminer le chemin menant à la perfection humaine. Toute connaissance qui ne remplit pas ces fonctions est un fardeau pour l'élève, et toute science qui n'est pas tournée vers des objectifs sublimes n'est que de la tromperie.

* * *

La science consiste à percevoir la réalité de la science,
La science consiste à connaître le soi ;
Si donc tu ne te connais pas toi-même,
Je me demande quelle éducation tu as reçue.

* * *

Le langage approprié est une source intarissable de bénédiction pour l'élève. Ceux qui possèdent une telle source sont toujours recherchés, comme une source d'eau fraîche, et mènent les gens vers ce qui est bien. Une connaissance constituée de théories vides et de morceaux d'érudition non digérés, qui éveille les soupçons dans les esprits et assombrit les coeurs, est comme un « amas de détritus » autour duquel se débattent les âmes désespérées et désorientées.

* * *

Bien que la science et toutes les branches de la connaissance soient profitables à quasiment tout le monde, il est impossible de les acquérir toutes, car la durée de vie et les ressources des hommes sont limitées. Par conséquent, n'apprenez et n'utilisez que ce qui vous profite à vous et à l'humanité en général. Ne gaspillez pas votre vie.

* * *

Les vrais scientifiques fondent leurs études et leurs recherches sur de vrais rapports, des expositions correctes et des expérimentations scientifiques. En conséquence, ils ont la tranquillité d'esprit et résolvent leurs problèmes avec facilité. Cependant, ceux qui ne connaissent pas la vérité sont constamment ballottés en changeant de buts et de méthodes, et sont ainsi toujours désenchantés.

* * *

Les gens sont estimés et appréciés en proportion de la profondeur et du contenu de leur connaissance. La connaissance de ceux qui répandent les ragots et les paroles futiles n'est rien de plus que des ragots et des paroles futiles. En revanche, très importante est la valeur de ceux qui utilisent leur connaissance comme un prisme pour percevoir les choses et les évènements, comme une lumière pour illuminer l' « espace » jusqu'aux points les plus sombres, et pour atteindre les vérités les plus transcendantes.

Source: fr.fgulen.com

12 févr. 2010

Les glaives de l’esprit (2/2)

On s’est interrogé lors de la première partie sur la source de la passion des livres chez les arabes au Xème siècle que Sigride Hunke considéra parmi les évènements les plus étonnants de l’histoire des civilisations.

Nous allons au cours de cet exposé essayer d’apporter quelques éléments de réponse à cette question.

La tradition islamique insiste sur la recherche de la connaissance, un mot qui revient à plus de 800 reprises dans le Coran. A cela s’ajoute une somme importante de références faites par le Coran aux phénomènes célestes et à la question de la création de l’univers.

Toutes ces références traduisent clairement une formule simple : « Plus tu sais, mieux tu crois ».

Cependant ceci ne semble pas expliquer directement la passion des livres chez les musulmans de l’époque. En revanche la raison idéologique la plus profonde de cette passion est me semble-t-il traduite par ce hadith du prophète sur lui bénédiction et Salut: « Nul d’entre vous n’atteindra les hauts degrés de la foi que si sa passion soit conforme à mon message ».

لا يؤمن احدكم حتى يكون هواه تبعا لما جئت به

Ce hadith traduit l’aspect « civilisateur » du message de l’Islam capable de transformer les passions des hommes en forces motrices du développement de la cité…

Etant donné que la science est parmi les bases du message de l’Islam, on peut dégager d’après ce hadith une nouvelle formule : « plus tu crois, plus tu aimes la science ».

En reliant cette formule avec la formule précédente (« Plus tu sais, mieux tu crois »), on peut comprendre le cheminement intellectuel (et spirituel) des musulmans de l’époque:

SAVOIR —->AUGMENTER SA FOI —-> AIMER LE SAVOIR —->SAVOIR


En outre, d’autres raisons ont bien contribué à cette passion :

* La langue arabe qui s’est forgée et qui s’est imposée comme un instrument de communication internationale : ce qui a facilité l’échange intellectuel et la transmission du savoir;

*Une société multiculturelle et de droits : ce qui a permis aux non musulmans et aux non arabes de contribuer à cette richesse intellectuelle surtout par la traduction des ouvrages perses, grecs et latins.

* Une volonté politique : qui s’est manifesté par l’encouragement des savants et des traducteurs et par la création des bibliothèques et des foyers scientifiques.

En conclusion, on pourrait estimer que les sources de la passion des livres chez les arabes du Xème siècle sont nombreuses et que leur étude est très importante non pas seulement pour la valorisation de notre patrimoine mais aussi car elle nous permet de nous rendre compte des causes profondes de la paresse intellectuelle qui nous envahit depuis quelques siècles.

Les glaives de l’esprit (1/2)

Tout au long de l’histoire, la passion prédominante des hommes était celle de posséder les biens matériels et de gouverner. Mais pendant l’age d’or de la civilisation islamique (9ème et 10ème siècle), une nouvelle passion est apparu et s’est propagée telle une course automobile : la passion des livres. Le niveau économique et social ne se mesurait plus par la fortune et le pouvoir qu’on détient mais en fonction des livres qu’on possède. Les bibliothèques sortaient de la terre comme des champignons. On comptait au Caire une centaine de bibliothèques contenant pas moins de 2 millions de volumes.

Cette passion fut partagée par toutes les classes sociales.

D’abord les hommes au pouvoir étaient parmi les plus fous des livres : le prince fatimide Al-Assis possédait six millions de volumes. Un certain vizir ne partait jamais en voyage sans emmener avec lui trente charges de chameaux uniquement constituées de livres.

Alors qu’on déposséda généralement le vaincu de ses richesses matérielles et de ses armes, les califes arabes de l’époque se sont intéressés plutôt aux richesses et aux armes intellectuelles : Harun al-Rachid, après la conquête d’Ankara n’exigea rien de plus que la livraison de tous les manuscrits grecs anciens.

Les plus passionnés étaient sans doute les intellectuels qui ont bien profité de ces richesses et de la multiplication des foyers scientifiques qui a crée une réelle émulation entre les différents groupes de savants et développant entre eux des liens multiples (échanges de lettres et de livres, visites, coopération autour d’un projet). L’époque a connu par conséquent l’apparition d’une génération de scientifiques polyvalents qu’on qualifierait d’encyclopédistes tel Ibn Sina, Al Kindi et Ibn Hazm, Abou Bakr al razi, al Tabari, Al Farabi, Jâbir Ibn Hayyan …

On peut affirmer d’après ce qui a été rapporté (et qu’on a du mal à imaginer) que le moins chanceux parmi aurait lu des milliers de livres. Par exemple, le fameux médecin de Kairouan Ibn Al Jazar se vit dans l’obligation de refuser l’offre du sultan de Boukhara de venir à sa cour parce qu’il a fallu 400 chameaux pour transporter l’ensemble de sa bibliothèque !

Les amateurs de livres ne constituaient pas une petite élite car on en trouva parmi les gens de toutes les classes. Tout homme instruit qu’il soit commerçant ou charbonnier, Cadi ou Muezzin fréquentait les librairies. Sigride Hunke(1) rapporte que la bibliothèque moyenne d’un particulier contient plus d’ouvrages à elle seule que toutes les bibliothèques de l’occident réunies !

On peut s’interroger maintenant sur la source de cette passion pour un peuple qui n’avait pas à l’époque d’héritage scientifique et culturel énorme par rapport à celui des romains, des perses et des grecs…

A suivre

(1)Orientaliste allemande née en 1913.Elle a écrit un ouvrage très intéressant sur l’apport de la civilisation islamique intitulé « le Soleil d’Allah brille sur l’Occident »