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26 mars 2011

Les Musulmans d’Europe et la question de la laïcité

par Mohamed Tahar Bensaada

La question de la citoyenneté et de la laïcité en Europe constitue aujourd’hui un enjeu de société majeur par les problèmes qu’elle met en évidence mais aussi par les malentendus et les instrumentalisations politiques et médiatiques dont elle fait l’objet. Il faut savoir que c’est une question qui divise le mouvement social et notamment les syndicats et les partis démocratiques et progressistes

Il est nécessaire de ressortir les spécificités de la question telle qu’elle se pose aujourd’hui en Europe. En effet, dans les pays du Maghreb, la religion continue d’être instrumentalisée par les pouvoirs en place à des fins politiques, ce qui explique aussi bien la surenchère des courants politiques se réclamant de l’Islam que la revendication d’une séparation des sphères religieuse et politique émanant d’une partie de l’opposition dite démocratique.

En Europe, en revanche la laïcité se présente historiquement avec un contenu politique spécifique qui varie suivant les pays. En France, par exemple, la laïcité s’est imposée à la faveur d’un combat en vue d’arracher l’espace public à la mainmise de l’Eglise non sans une certaine dérive sectaire qui en fait pratiquement une nouvelle Religion exclusive.

En Belgique, la laïcité trouve son origine dans des conditions similaires de lutte contre le monopole de l’Eglise mais contrairement à la France, elle est restée synonyme de neutralité religieuse de l’Etat de droit démocratique devant lequel tous les citoyens se doivent d’être égaux, par-delà la différence de leurs convictions religieuses et philosophiques. En d’autres termes, la laïcité signifie intégration de tous sur un pied d’égalité au sein de l’espace public et non exclusion de telle ou telle catégorie sociale en raison de son appartenance religieuse ou philosophique.

Or, aujourd’hui, au nom de cette même laïcité, des voix s’élèvent pour réglementer l’intégration des personnes issues de l’immigration maghrébine à l’espace public sous le prétexte de la lutte contre l’intégrisme religieux. C’est le cas notamment des voix qui s’élèvent pour interdire l’accès à l’école publique des jeunes filles portant le foulard. L’interférence de cette question de société, déjà sensible en elle-même, avec des considérations géopolitiques et internationales, finit par donner une dimension exagérée au problème, contribuant ainsi à instaurer un climat de méfiance réciproque entre les communautés.

Rappel du contexte sociopolitique

La question de la citoyenneté et de la laïcité en Europe se pose dans un contexte sociopolitique précis. La société démocratique européenne est fondée sur un certain nombre de principes et d’acquis historiques consacrés par la Constitution et les lois. Cependant, la démocratie est toujours à consolider et à approfondir, d’où le combat pour une plus grande égalité des chances repris et institutionnalisé par les pouvoirs publics.

Ce combat concerne plus particulièrement les catégories sociales marginalisées et discriminées. L’immigration maghrébine appartient historiquement, dans son écrasante majorité, au monde du travail. A ce titre, elle a subi les contrecoups de la récession économique et de la crise de l’Etat social. La logique dominante de la reproduction sociale n’a pas ménagé la jeunesse issue de l’immigration maghrébine.

Si une partie de cette jeunesse a trouvé dans l’instruction un moyen de promotion sociale malgré les difficultés et les discriminations, la grande majorité peine à trouver une place dans une société où les acquis de l’Etat social sont chaque jour grignotés au nom de l’activation et de la flexibilité du travail et de l’emploi. En plus de tous les problèmes vécus par les jeunes issus des milieux défavorisés, les jeunes issus de l’immigration maghrébine vivent des situations d’exclusion sociale liées à leur appartenance « ethnique ».

L’aspiration légitime à la promotion sociale de ces jeunes se confond logiquement avec la lutte pour l’égalité des chances. C’est une lutte en vue de concrétiser leur aspiration à la citoyenneté. En effet, que serait la citoyenneté si tous les jeunes n’ont pas des chances égales dans le système d’éducation, de formation et d’emploi ?

Accès à la citoyenneté, identité culturelle et laïcité

L’homme ne vit pas que de pain. La promotion sociale ne saurait se concevoir en dehors de la promotion culturelle et de l’épanouissement personnel. L’identité sociale est un phénomène complexe. Le jeune issu de l’immigration maghrébine est souvent fils ou fille d’ouvrier. Mais cet ouvrier a des racines, des traditions, un imaginaire, bref une culture. Que cette culture ait un lien plus ou moins fort avec la religion musulmane ne change rien à la question.

Dans leur aspiration démocratique à la promotion sociale, une partie des jeunes issus de l’immigration maghrébine sont appelés à mobiliser des ressources symboliques pour se reconstruire, pour résister, pour se renforcer. Ce processus psychologique et social n’est pas simple. Il peut être interprété comme une volonté de s’isoler du reste de la société. Mais il peut constituer, au contraire, un appel à une meilleure prise en compte, par la société, de la situation particulière de ces jeunes.

La plupart des sociétés démocratiques européennes sont des sociétés multiculturelles. La laïcité signifie ici que les citoyens de culture différente ont un accès égal à l’espace public dès lors que la liberté des uns n’empiète pas sur la liberté des autres. L’Etat démocratique n’a pas à uniformiser culturellement l’espace public.

Il a pour mission de protéger la liberté de tous. A ce titre, les citoyens musulmans ne réclament ni plus ni moins de liberté que les autres citoyens. Cependant, la superposition des aspects sociaux et culturels dans le chef de la minorité discriminée est source de malentendus. L’identité historique d’un Etat qui se présente pourtant comme un Etat laïc, ajoutée aux carences des politiques publiques en matière d’intégration sociale, renvoient malheureusement aux jeunes issus de l’immigration maghrébine l’image brouillée d’un Etat pas aussi « neutre » et « laïc » qu’il le prétend.

Contre ce malentendu, il ne faut cesser de rappeler que la laïcité, bien comprise, n’oppose pas citoyenneté et identité culturelle. Au contraire, dans une société multiculturelle et multiconfessionnelle comme la société européenne, seul un Etat vraiment laïc peut garantir une égale liberté à tout le monde. Seul un Etat vraiment laïc peut lutter contre les discriminations dont sont l’objet les jeunes issus de l’immigration musulmane. Seul un Etat vraiment laïc peut garantir l’accès de tous à la citoyenneté.

Si les minorités culturelles discriminées ont intérêt à un Etat de droit soucieux de la liberté et des droits de tous les citoyens sans exclusive, la question importante qui mérite toute notre attention devrait être : que faire lorsque certaines manifestations d’une identité culturelle et religieuse (mal digérée) entrent en contradiction avec des principes consacrés de l’Etat de droit ? Exemple : lorsqu’au nom de la religion musulmane, on cherche à justifier l’inégalité de la femme. Le problème se pose dans la communauté musulmane en Europe.

L’ignorer revient pratiquement à donner une prime aux courants xénophobes et racistes qui cherchent à instrumentaliser pareilles déviations, au demeurant minoritaires, pour cultiver la peur et la haine. L’islamophobie actuelle se sert des discours et des pratiques rétrogrades, machistes et anti-démocratiques de certains groupes se réclamant d’un Islam dogmatique. S’ils venaient à se développer, ces discours et ces pratiques accentueraient l’isolement et l’exclusion de la communauté musulmane en Europe. A ce titre, ils doivent être combattus intellectuellement et politiquement mais sans tomber dans l’amalgame facile de ceux qui confondent religiosité et idéologie politique.

Concurrence des valeurs et unité du mouvement social

Parce qu’il correspond à un mouvement historique complexe, ce qu’on a coutume d’appeler le « renouveau du religieux » divise le mouvement social et plus particulièrement syndicats et partis progressistes. Pour certains, il s’agit d’un mouvement populaire en quête de reconnaissance et d’égalité qu’il convient de comprendre et de soutenir lorsqu’il est en butte à l’exclusion et à la répression.

Pour d’autres, il s’agit d’un mouvement intégriste et réactionnaire auquel il s’agit d’opposer une politique de fermeté au nom d’une conception restrictive de la laïcité. Sans entrer dans une évaluation détaillée qui varierait suivant les situations concrètes envisagées, on peut dire que si pareille question divise à ce point le mouvement social, c’est que le phénomène abordé est peut être complexe et contient en son sein différents niveaux et manifestations qu’il convient de déconstruire pour éviter les amalgames.

Un mouvement social ne peut se construire sans référence à des valeurs fondatrices. Comme ces dernières sont multiples et peuvent être diversement interprétées, il est parfois nécessaire de construire une échelle de priorités. Ceux qui mettent l’accent sur la liberté comme valeur fondamentale argumenteront en faveur de la liberté des citoyens de vivre leur culture et leur religion comme ils l’entendent tant qu’ils ne violent pas la liberté des autres. En revanche, ceux qui mettent l’accent sur le progrès comme valeur fondamentale auront tendance à limiter la liberté des citoyens à ce qu’ils considèrent être compatible avec la conception qu’ils se font du progrès et d’une laïcité historiquement et idéologiquement connotée.

Le débat entre les tenants de ces deux positions traverse le mouvement social. Si le débat doit continuer, la satisfaction de revendications sociales et démocratiques urgentes ne peut attendre. Il est donc nécessaire de préserver et de renforcer le mouvement social contre les divisions qui pourraient l’affaiblir. Si en général, toutes les valeurs démocratiques se valent, dans la pratique, il faut parfois faire des choix. Dans le cadre d’un Etat de droit, la valeur liberté est la moins sujette à interprétation infinie parce qu’elle est la plus aisément traduisible en termes juridiques contrairement à la valeur progrès qui se prête à plus de plasticité philosophique et politique.

En référence à la Déclaration universelle des droits de l’homme, à la Convention européenne de protection et de sauvegarde des droits de l’homme, à la constitution et aux lois votées par les instituions démocratiques élues, les mouvements démocratiques et progressistes ainsi que les associations musulmanes qui oeuvrent pour l’égalité des droits devront privilégier, à chaque fois, les libertés et les droits concrets des groupes et des personnes qui luttent contre la discrimination et l’exclusion sous toutes leurs formes et pour l’accès à une citoyenneté pleine et entière.

Parallèlement à cela, et tout en réaffirmant leur système de valeurs philosophiques morales et éthiques, les associations musulmanes doivent ouvrir un dialogue constructif avec toutes les composantes du mouvement social européen en vue d’enrichir concrètement les idéaux démocratiques et progressistes dont l’horizon historique a besoin d’être élargi sous peine de rester au mieux un vœu pieu et au pire un discours idéologique légitimant une volonté de puissance.


Source : www.oumma.com

17 oct. 2010

Pour Angela Merkel, le modèle multiculturel allemand a «totalement échoué»


La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé samedi que le modèle d'une Allemagne multiculturelle, où cohabiteraient harmonieusement différentes cultures, avait "totalement échoué", alors que le débat sur l'immigration s'enflamme en Allemagne.

L'Allemagne manque de main d'œuvre qualifiée et ne peut pas se passer d'immigrants, mais ceux-ci doivent s'intégrer et adopter la culture et les valeurs allemandes, a-t-elle insisté dans un discours devant les Jeunesses de sa formation conservatrice.

Le credo "Multikulti" (multiculturel) --"Nous vivons maintenant côte à côte et nous nous en réjouissons" - a échoué, selon elle. "Cette approche a échoué, totalement échoué", a martelé la chancelière devant le congrès des jeunes de son parti CDU et de son pendant bavarois CSU, à Potsdam près de Berlin.

Appel du pied à l'aile conservatrice

Le débat sur l'immigration divise l'Allemagne depuis la publication d'un pamphlet d'un haut fonctionnaire, Thilo Sarrazin, qui sous le titre "L'Allemagne se défait", affirme que son pays "s'abrutit" sous le poids des immigrés musulmans.

La classe politique a condamné ses thèses mais selon les sondages une majorité des Allemands les approuvent. Une étude publiée cette semaine montre même que plus de 50% d'entre eux tolèrent mal les musulmans. Plus de 35% estiment que l'Allemagne est "submergée" par les étrangers et 10% que l'Allemagne devrait être dirigée "d'une main ferme" par un "Führer".

Angela Merkel semblait ainsi ménager l'aile libérale de sa formation et l'aile conservatrice, incarnée par le chef de la CSU, Horst Seehofer. Ce dernier avait déjà lancé vendredi devant le même public: "Nous nous engageons pour la culture de référence allemande et contre le multiculturel. Le Multikulti est mort".

Un discours "démesuré, hypocrite et hystérique"

Tout en affirmant que l'Allemagne restait un pays ouvert au monde, Angela Merkel a estimé: "Nous n'avons pas besoin d'une immigration qui pèse sur notre système social". Cependant, le pays ne pourra faire l'économie de spécialistes étrangers même s'il forme des chômeurs allemands, a estimé la chancelière.

Selon le président de la chambre de commerce et d'industrie allemande (DIHK), Hans Heinrich Driftmann, il manque à l'économie allemande environ 400.000 ingénieurs et personnels diplômés. "Cela nous coûte environ 1% de croissance", a-t-il estimé dans le journal Welt am Sonntag à paraître dimanche, en plaidant pour une immigration qualifiée.

Horst Seehofer avait fait scandale une semaine plus tôt en déclarant que son pays n'avait "plus besoin d'immigrants de pays aux cultures différentes, comme les Turcs et les Arabes", car s'intégrer "est au final plus difficile" pour eux.

Le chef du Conseil central des juifs d'Allemagne, Stephan Kramer, a estimé samedi que le discours tenu par Horst Seehofer était "carrément irresponsable" et le débat sur l'intégration des immigrés "démesuré, hypocrite et hystérique".


Source: www.liberation.fr

4 sept. 2010

La place de l'islam dans la ville, sujet de conversation pour une rupture de jeûne

PAR BARBARA FIRCOWICZ

Il est un peu plus de 20 h 30. L'heure est enfin venue de rompre le jeûne pour les musulmans présents dans la salle Richard-Lejeune de Roubaix. Avant cela, en toute discrétion, des hommes prennent place sur la scène de la salle des fêtes, tirent les rideaux noirs pour ne pas se donner en spectacle, et prient tranquillement. Ils se courbent et s'agenouillent, en choeur. Pas un bruit, ni même un murmure ne filtre. Pour un peu on n'aurait rien remarqué. Car, dans la salle, les invités, la municipalité et Roubaix Espérance, sont déjà là et discutent à bâtons rompus. Deux mondes cohabitent en paix, sans se gêner, sans s'indisposer. Un fait qui en dit plus sur les intentions que les discours convenus.

Né il y a deux mois, le collectif des institutions musulmanes de Roubaix avait « besoin de célébrer cette rupture du jeûne, de la partager avec l'ensemble de la municipalité », explique son actuel président Rachid Sahri. Nécessité d'enterrer la hache de guerre, même si tous se refusent à employer ce terme. Nécessité de réaffirmer qu'il n'y a pas d'antinomie à être musulman et citoyen. « Qu'il n'y a pas de défiance », précise également le maire René Vandierendonck.

Car la genèse du collectif remonte au mois de février au moment de la polémique autour du « Quick halal », de la « maladresse reconnue » du maire qui s'était opposé à ce qu'il estimait du communautarisme alors qu'il ne voulait « que défendre une liberté de choix à Roubaix ». Cet épisode a créé « un déclic », selon Rachid Sahri. Les jeunes ravis qu'on leur propose un « Quick halal » ont pris de plein fouet la réflexion de l'élu. Ils y ont entendu une absence de reconnaissance, un déni d'existence. « Nous avons condamné les propos , se souvient Rachi Sahri. L'onde de choc s'est étendue à pratiquement toute la communauté. La nécessité d'avoir une instance représentant la communauté » est devenue une évidence. Le collectif s'est alors constitué avec pour seul but de « répondre aux questions citoyennes ». Chaque institution reste indépendante dans le domaine spirituel. Un rapide coup d'oeil à la table disposée en U dans la salle des fêtes permet d'ailleurs de saisir cet espace, au sens littéral comme figuré, qui sépare les cinq mosquées. Mais dorénavant elles parlent d'une même voix avec la municipalité. « Quick halal aura au moins servi à ça », s'est réjoui le maire en s'adressant à la quarantaine de personnes présentes.

« Il nous a entendus et nous a vus, constate une nouvelle fois Rachid Sahri. C'est important car aujourd'hui, on a des générations de jeunes qui se reconnaissent pleinement citoyens ». Faire l'impasse sur tous ces Roubaisiens eut été une erreur. Tous le savent.

Source: http://www.lavoixdunord.fr

2 sept. 2010

CIVIL RIGHTS - Les musulmans américains ne “veulent pas être invisibles” (”Mother Jones”)

“Nous ne sommes pas invisibles”, c’est le cri que pousse une femme musulmane dans le magazine de gauche américain Mother Jones, devant l’instrumentalisation du projet d’ouverture d’une mosquée dans le bas Manhattan, que ses opposants ont baptisée “mosquée de la terreur”.

L’auteure commence par rappeler certaines vérités oubliées, selon elle, par certains Américains : les musulmans “ne sont pas un ensemble monolithique tout entier tourné vers la destruction du christianisme”, explique-t-elle. “Les musulmans sont issus d’ethnies et de nationalités diverses. Ils sont Arabes, Indonésiens, Iraniens, Canadiens et Américains. Ils conversent en une myriade de langages dont l’ourdou, le russe, le turc, le français et l’anglais. Comme de nombreux Américains, beaucoup de musulmans pleurent la tragédie en cours à Gaza, et tout comme beaucoup d’Américains, certains s’en moquent totalement. Certains sont aussi croyants que les chrétiens allant à la messe tous les dimanches, d’autres ne font pas la différence entre La Mecque et McDonald’s.”

“Je n’irai pas m’asseoir au fond du bus”

Militante démocrate, elle se souvient surtout d’avoir été en contact direct, en faisant du porte-à-porte dans l’Ohio, avec des personnes ouvertement islamophobes qui accusaient Barack Obama d’être musulman. Selon eux, il s’agissait d’une condition suffisante pour ne pas voter pour lui. A l’époque, explique-t-elle, elle n’avait pipé mot. Jamais elle n’avait dit être elle-même musulmane. Encore moins avait-elle attaqué l’idée qu’être musulman ne constituait pas une tare pour un président américain. Elle n’avait pas osé et à l’époque, le camp démocrate avait clairement demandé à ses troupes de ne pas entrer dans ce débat. “Il fallait seulement insister sur le fait que Barack Obama allait régulièrement à l’église”, raconte-t-elle.

Aujourd’hui, à la lumière de la stigmatisation vécue par les musulmans, elle regrette de n’avoir jamais parlé : “Si je pouvais reprendre du début et retourner en Ohio, j’ignorerais les consignes de la campagne pour Obama. Je m’élèverais contre la désinformation dont étaient victimes (ces personnes) et je leur dirais que je suis musulmane. Pas une “musulmane modérée”, pas une “bonne musulmane occidentalisée”, mais une muslmane comme Mahmoud Darwish, come Shirin Ebadi ou Mohamed Ali, comme certains chauffeurs de taxi de New York ou des banquiers de Wall Street. Mais je suis aussi une Américaine, née en Californie avec aucun autre pays d’attache. Comme mes coreligionnaires, j’aime mon pays et j’y ai des racines bien attachées. Crachez-moi dessus et sur ma foi si ça vous chante, mais notre Constitution m’a donné une place. Je n’irai pas m’asseoir au fond du bus.”


Source: ttp://bigbrowser.blog.lemonde.fr

11 août 2010

Dounia Bouzar, anthropologue et auteure de La République et la burqa, les services publics face à l’islam manipulé (Albin Michel), décrypte la progression de la pratique du jeûne, un des cinq piliers de l’Islam. Selon un sondage IFOP d’août 2009, 70 % des quelque 5 millions de musulmans de France pratiquent aujourd’hui le ramadan, contre 60% en 1989.

Dounia Bouzar

Comment expliquer que le jeûne soit de plus en plus respecté en France?
C’est une accumulation de raisons religieuses, sociales, psychologiques. La plus importante est le fait que la génération de musulmans qui a grandi en France se sent chez elle. Ils vivent ici, ce sont des Français de confession musulmane. Leurs parents étaient discrets et cherchaient à mettre leur religion en veilleuse pour ne pas choquer leurs hôtes. Eux s’organisent pour pratiquer ouvertement. C’est une preuve de leur intégration même si c’est vécu par certains comme un refus d’intégration. Il y a d’ailleurs un gros malentendu à ce sujet.

N’y a-t-il pas aussi une forme de repli identitaire?
Plus les musulmans seront montrés du doigt, dans la rue ou dans les discours fascisants des politiques qui les considèrent comme des étrangers, d’une autre culture, plus ils vont s’accrocher à leur liberté de conscience. Et même à l’afficher pour la défendre, à mettre en avant leurs pratiques. Ils refusent l’idée qu’il faudrait ne plus être musulman pour être civilisé, pour être un vrai Français.

Le ramadan est tout de même une épreuve…
On montre qu’on est capable d’accepter la frustration, qu’on ne vit pas tant que ça accroché à la société de consommation où l’argent fait la loi. Le ramadan permet de prendre du recul. Cela plaît aux jeunes qui ont besoin de rituels pour devenir adultes. Il leur donne du sens.


Source: www.lejdd.fr