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11 avr. 2012

Les pratiques de cette religion sont-elles contraires aux principes républicains? Le point en six questions.

Une jeune fille manifeste en 2004 contre la loi interdisant le port du voile à l'école. REUTERS/Charles Platiau

Les musulmans français pratiquant leur religion dans notre pays peuvent-ils être des citoyens comme les autres? Les assassinats commis au nom de l’islam par Mohamed Merah en mars 2012 ont remis la question au cœur du débat public.
Déjà pour ces seuls derniers mois, avant même que ne commence la campagne électorale, plusieurs «affaires» ont illustré les relations compliquées qu’entretiennent islam et république française: refus aux mères d’élèves portant le voile de participer aux sorties scolaires (mars 2011); interdiction des prières de rue par Claude Guéant (septembre 2011); adoption par le Sénat d’une loi controversée dont l’article 3 stipule que les assistantes maternelles accueillant des enfants à domicile ne doivent pas être voilées (janvier 2012). Enfin, en février 2012, c’est Marine Le Pen qui lance une nouvelle offensive en avançant que «l'ensemble de la viande qui est distribuée en Ile-de-France, à l'insu du consommateur, est exclusivement de la viande halal».
Ces «affaires» posent chacune à leur manière la question de la compatibilité de l’islam, ou de ses pratiques, avec la République française. L’islam menacerait-il la république?
1. Porter le voile, faire la prière dans la rue, réclamer des cantines halal, des jours fériés musulmans, des horaires de piscine séparés pour les femmes vont à l’encontre du socle républicain
FAUX. En France, les principes constitutionnels et la laïcité garantissent la liberté individuelle, la liberté de conscience, mais aussi la liberté de culte, aussi longtemps que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public. Dans ces affaires, le clignotant s’allume si des musulmans exigent que des interdits ou des préceptes religieux musulmans s’appliquent à l’ensemble de la population, voire à la seule partie qui relève de la religion musulmane. Cela ressortit alors du communautarisme, c'est-à-dire de l'existence de communautés vivant selon des règles particulières, différentes de celles applicables à tous.
Rien n’interdit que l’on serve des menus sans porc dans les cantines et, à l’exception de l’école (parce qu’il s’agit d’enfants et d’adolescents), le port du foulard est autorisé dans l’espace public. 
Ces comportements ne sont pas traditionnels dans la société française, c’est pourquoi ils peuvent être irritants pour certains. Mais ils ne sont pas illégaux. «Les prières de rue» quant à elles, résultent d'abord de l'insuffisance d’une quinzaine de mosquées dans toute la France (sur un total de 2.000 environ) mais elles constituent une entrave à la circulation.
Ce qui peut poser problème, c’est que certains de ces comportements traduisent souvent une exacerbation de la volonté d'affirmer sa différence, une revendication identitaire parallèlement à la poussée démographique des «musulmans sociologiques» qui seraient 5 millions en France (1).
2. La construction des mosquées est illégale et les autorités qui y consentent cèdent devant la pression communautariste, voire les menaces
FAUX. La construction de mosquées n’a rien d’illégal aux termes de la loi de 1905. Ce qui est interdit, c’est d’accorder des subventions publiques pour la construction d’édifices cultuels.
Le problème, c’est que la loi de 1905 interdit les subventions postérieures à la loi, mais met gracieusement à la disposition des cultes les édifices antérieurs qui sont propriété publique. Ce qui crée une inégalité de fait en faveur des cultes catholique et protestant, dans une moindre mesure juif, implantés en France depuis plusieurs siècles.
Or pour des raisons d’équité, de dignité et parfois aussi de clientélisme, les institutions publiques ont voulu que les musulmans puissent se doter de lieux de culte. Et il existe des moyens d’aider sans transgresser la loi: baux emphytéotiques, subventions à des associations à but social ou culturel, etc.
En outre, les musulmans arrivent assez aisément à se passer d’argent public. De fait, le financement des lieux de culte est déjà dans une large part le fait des communautés musulmanes elles-mêmes, par des contributions directes, par le commerce de la viande halal (il y aurait plus de 5.000 boucheries halal en France), par le recours à des donateurs français ou étrangers.
3. Les pays étrangers  ont la main sur de nombreuses institutions musulmanes au sein de la République française
VRAI. L’islam de France est encore pour une grande part un islam en France, où les pays d’origine de communautés immigrées jouent un rôle prépondérant. Le gouvernement algérien finance le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, ainsi que certains des imams qui y officient. Le roi du Maroc subventionne le rassemblement des Marocains de France, créé en 2006, et membre du Conseil français du culte musulman (CFCM). Ces deux pays contrôlent donc directement ou indirectement de nombreux imams et mosquées en France.
De Turquie, c’est le ministère des Affaires religieuses à Ankara qui sélectionne des imams, les paye et les envoie en France pour répandre une pratique religieuse «à la turque». Ceux-ci ne maîtrisent souvent pas le français et peuvent être en conflit ouvert avec les Franco-Turcs de la seconde génération vivant en France. C’est encore Ankara qui finance le représentant turc au sein du CCFM.
Les Frères musulmans égyptiens ont la main sur l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) dont l’orientation politique est donc décidée à l’extérieur de la France.
Les pays du Golfe, en particulier le Qatar tente une percée dans le contrôle de certains lieux de culte. Les soufis ont leurs confréries à l’étranger et pas en France. D’ailleurs, le gouvernement français a souvent la tentation d’utiliser ces relais pour contrôler les communautés immigrées.
Mais les musulmans de la deuxième ou de la troisième génération, ou les convertis,  ont moins de raisons d’entretenir de tels liens et peuvent être exaspérés par ces tutelles.
4. Les musulmans français constituent un vivier potentiel pour les islamistes qui prônent la charia et le djihad
VRAI ET FAUX. Les musulmans de France sont aussi divers que possible et la majorité d’entre eux sont bien intégrés dans la société française. L’islamologue Olivier Roy note qu’en prenant pour cible des militaires français musulmans, Mohamed Merah «a tué son double»:
«L'armée française compte désormais de 10% à 20% de jeunes musulmans de seconde génération dans ses rangs; ils se comptent donc en milliers, voire dizaines de milliers; le décalage est énorme avec le nombre de djihadistes, et pourtant c'est à travers l'évolution de ces derniers qu'on veut lire l'évolution de l'islam en France, et pas au travers de ceux qui trouvent leur chemin, parfois cahin-caha, vers l'intégration.»
Pacifique, l’islam peut être instrumentalisé dans un certain contexte et prêter à des lectures extrêmes.  Même si, comme Jean Daniel le rappelle dans Le Nouvel Observateur, toute religion comporte une face cachée, un aspect sombre, nocturne, comportant intolérance et violence, qui surgit à un moment ou à un autre dans l'histoire.
Signe inquiétant cependant: un sondage sur l’islam et la citoyenneté (août 2008) du CSA pour Le Monde des religions montre que les jeunes Français musulmans de moins de 30 ans sont plus nombreux que les plus âgés à penser que la charia peut être appliquée (60% contre 33%). Ce qui incite à en conclure, écrivent Bernard Godard et Sylvie Taussig dans Les musulmans de France, «soit d’une incompréhension du terme même de charia, soit d’une volonté d’en découdre avec la laïcité». Or si un groupe minoritaire veut imposer la charia en France, il est anti-républicain dans la mesure où il s'agit de règles qui ne sont pas l'expression de la volonté générale du peuple souverain, mais qui trouvent leur source dans des textes révélés, imposée de l'extérieur, et interprétés par les grands prêtres et non les juges républicains.
5. L’islam est hostile à l’égalité entre les femmes et les hommes, fondement de la République
VRAI. S’il existe bien une lecture féministe du Coran, c’est l’interprétation misogyne qui l’a emporté. En matière d’émancipation sexuelle, l’islam est plus sexiste que prude. Le Coran s’est inscrit culturellement dans des sociétés méditerranéennes profondément sexistes, qui ont fini par imposer un statut dominé des femmes comme résultant de la règle religieuse (interdiction du divorce mais répudiation, polygamie, etc.). Les femmes sont souvent élevées dans une culture de la soumission tandis que les garçons sont habitués à jouer les premiers rôles.
En France, de tels comportements perdurent au sein des familles issues de l’immigration, mais sont aussi sérieusement concurrencés par l’attraction de la société française. L’égalité à l’école (et même la sensible supériorité des filles en matière de réussite scolaire), le travail des femmes, et plus généralement l’ambiance individualiste porte à l’émancipation des femmes musulmanes autant que des autres. Paradoxalement, le port du foulard est parfois pour certaines un moyen d’émancipation (comme l’était pour les femmes du XIXe siècle le fait d’entrer dans les ordres).
6. Culturellement, l’islam est d’essence étrangère, et ne peut donc pas s’acclimater en République française
VRAI (pour l’instant). Il n’y a pas de tradition de séparation du politique et du religieux, comme le veut la laïcité française, dans la tradition de l’Oumma. Mais précisément, la situation des musulmans d’Europe et en particulier de France est tout à fait singulière et inédite: première implantation durable de communautés musulmanes minoritaires, dans des pays pluralistes. Cela explique sans doute le repli sur le noyau dur du religieux identitaire. Mais cela offre aussi une opportunité pour un réexamen doctrinal.
«Certains musulmans français ont bien tenté de couper le cordon ombilical avec l’arabité, de faire les sermons du vendredi en français. Mais la formation des imams de France en France est encore marginale», explique Abdelaziz Chaambi, membre fondateur du Collectif des musulmans de France. Egalement président de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie, Abdelaziz Chaambi reconnaît que, «dès qu’on commence à critiquer les responsables ou représentants de la communauté, on est menacé de fitna. “Tu vas aller en enfer, tu va perdre tes bonnes actions” se voit-on répondre», explique-t-il. Ce qui est en jeu, selon lui, c’est d’arriver à fournir une interprétation de l’islam adapté au contexte français, aux réalités françaises sans mettre en cause le dogme et les croyances. «A Lyon, par exemple, nous nous sommes appuyés sur des fatwas qui ont permis d’adapter l’islam à la vie quotidienne française, afin par exemple de partager la table avec des gens qui boivent de l’alcool ou qui fument du cannabis en gardant nos distances.»   
Il faudrait que les musulmans en France acceptent de mener une «adaptation», dit Abdelaziz Chaambi. Le philosophe Abdennour Bidar va, lui, beaucoup plus loin et appelle à une «autocritique» radicale. Malheureusement, écrit-il, «la culture islamique est incapable d’autocritique. Elle considère de façon paranoïaque que toute remise en cause de ses dogmes est un sacrilège. Coran, prophète, ramadan, halal, etc.: même chez des individus éduqués, cultivés, par ailleurs prêts au dialogue sur tout le reste, la moindre tentative de remise en cause sur ces totems de l'islam se heurte à une fin de non-recevoir».
La tentative d’instituer un «islam de France», avec des imams de culture française, formés en France et qui puissent adapter la pratique de l’islam au contexte culturel français a plutôt échoué pour l’instant. Elle constitue pourtant la clé de l’intégration des musulmans pratiquants au sein de la République française.
Ariane Bonzon
(1) Dans le livre de référence sur le sujet, Les musulmans en France (Pluriel, 2008), Bernard Godard et Sylvie Taussig chiffrent à 5 millions le nombre de musulmans sociologiques vivant en France. Le taux de pratique religieuse s’élèverait à 20%. Retourner à l'article

Source : http://www.slate.fr/story/53093/islam-republique

18 avr. 2011

Laïcité française : Des concours de nuit pour les étudiants juifs pratiquants…

On vient à peine de sortir du débat sur la laïcité (en réalité du débat contre l’Islam), que le gouvernement Sarkozy nous donne une leçon pratique en ce domaine. Voici les faits : sur demande de l’Élysée, quelques étudiants juifs pratiquants, candidats aux concours d’entrée à plusieurs grandes écoles (Mines, Ponts et Chaussées, Centrale, Supelec), auront le droit de passer certaines épreuves lors de séances spéciales, de nuit, et cela pour cause de calendrier religieux ! En effet, une fête juive coïncide avec les dates et heures des épreuves de ces concours. Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy, sans doute pour leur être agréable, a décidé de leur aménager ces séances de nuit qui devaient rester secrètes. Mais des fuites se sont produites, sans doute dues à des fonctionnaires républicains scandalisés par de telles pratiques, et le site Mediapart, repris entre autres par l’hebdomadaire Le Point, a divulgué cette affaire.

Une telle pratique est fondamentalement contraire aux principes de base, non seulement de la laïcité, mais aussi de l’égalité devant l’accès aux grandes écoles et à la fonction publique. Ces principes de la laïcité, qui selon certains seraient mis en danger par les musulmans, sont ici bafoués secrètement par les plus hautes instances de l’État, au profit d’une communauté qui s’est érigée en lobby dominant. C’est bien la preuve, s’il en était besoin, que le mot « laïcité » est le paravent républicain qui masque le pouvoir d’un lobby et d’un seul : le lobby sioniste. Ce dernier se sait si puissant au sein de l’État qu’il se croit tout permis.

Le fait que des candidats (« juifs pratiquants ») puissent passer des épreuves dans des conditions dérogatoires (différentes de celles des autres candidats), permettra aux recalés de porter l’affaire devant le Conseil d’État, le principe d’égalité devant les examens et concours ayant été violé. Nous leur recommandons vivement de le faire, afin d'éclater l'abcès, ce qui aura pour conséquence d’invalider toutes les épreuves ! D’ailleurs, qui garantit que les conditions appliquées durant ces sessions spéciales (surveillance, non utilisation de documents, etc.) seront identiques à celles des autres candidats ? Personne, et certainement pas ceux qui ont voulu garder secrète cette faveur accordée à une infime minorité d’étudiants, en raison d’une appartenance communautaire !

Mais, par-delà l’aspect juridique et légal, il y a l’aspect politique. Après le débat sur l’identité nationale et celui sur la laïcité, on aurait pu s’attendre à ce que le pouvoir adopte, au moins pour quelques temps, un peu de discrétion sur ces questions. Mais ce n’est pas le cas, et afin de favoriser le lobby sioniste le pouvoir n’hésite pas à violer sa propre légalité au risque de déclencher le scandale ! On peut bel et bien parler d’un lobby « sûr de lui et dominateur », qui s’est placé en France au-dessus de tout droit international, à l'instar de l’entité sioniste. La logique est en effet la même : une volonté illimitée de domination, au nom d’une élection d’origine divine.

En France, la « laïcité » est le nom derrière lequel se dissimule la religion sioniste obligatoire. Cette « laïcité » autorise n’importe qui à insulter le Christianisme ou l’Islam, sans risque de poursuites, mais condamne les antisionistes, qu'ils soient simples citoyens, associations ou artistes. Ce sionisme dissimulé derrière le mot « laïcité » règne partout, au gouvernement comme dans les programmes de l’éducation dite nationale, dans les médias comme dans les tribunaux. C’est devenu la religion officielle et obligatoire de la France, celle à laquelle il faut croire – ou pour le moins obéir – sous peine de graves ennuis ou de marginalisation.

Compte-tenu de l’affaiblissement – sans doute momentané – de la religion chrétienne en France, le sionisme ne rencontre plus aujourd’hui qu’un seul adversaire capable de lui tenir tête : l’Islam. C’est donc l’Islam qu’il faut montrer du doigt chaque jour, et tenter de l’opposer aux autres Français, précisément au nom de cette « laïcité » qui n’est en réalité que le nom républicain du pouvoir sioniste. Imaginons une seconde que des séances spéciales d’examen aient été organisées pour des étudiants musulmans. On devine le bruit qu’une telle affaire aurait fait, et cela nous aurait valu un nouveau débat sur la laïcité, c'est-à-dire sur l’Islam…

Tout en combattant l’Islam, le sionisme n’oublie pas les autres catégories de la population. Après s’être emparé de la classe politique grâce à sa puissance médiatique et financière, le lobby sioniste continue à traquer les moindres poches de résistance qu’il rencontre encore. Le calendrier des examens universitaires de la République ne lui convenant pas, il l’a donc fait modifier afin de montrer tout simplement quel calendrier s’appliquera désormais en France : le sien, celui de la République étant trop catholique à son goût.

Mais, à toute chose malheur est bon ! A présent, grâce à ce scandale, ce sont les étudiants candidats aux grandes écoles qui découvrent une réalité qui parfois leur échappait. Qu’ils retiennent bien cette leçon car, tout au long de leur vie professionnelle et citoyenne, ils auront souvent à croiser ce lobby, qui au nom de la « laïcité » est un lobby très à part…


Yahia Gouasmi
Président du Parti Anti Sioniste


Source : www.partiantisioniste.com

15 avr. 2011

Laïcité : la Turquie accuse la France de violer la liberté de culte

Répondant à une question d'un parlementaire finlandais sur le système électoral de son pays, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Edrogan, a accusé la France de violer la liberté de culte. Selon lui, "en France, il n'y a pas de respect pour la liberté de religion individuelle".

"Que ceux qui veulent juger la Turquie commencent par se regarder eux-mêmes", a-t-il ajouté. Dans son discours au Conseil de l'Europe, dont il assume la présidence tournante, le chef de l'AKP, parti islamique démocrate et pro-européen, a également évoqué la question de la laïcité. Il a rappelé que la Turquie avait été le premier pays musulman à l'avoir adoptée dans sa constitution, soulignant qu'il s'agissait "d'un héritage qui nous vient de la France".

"Il est tout à fait ironique de voir que la laïcité est aujourd'hui un élément de débat en Europe et porte atteinte à certaines libertés", a-t-il enchaîné, faisant allusion au débat sur la laïcité organisé par l'UMP le 5 avril dernier.

Le Premier ministre turc a ensuite invité Muriel Marland-Militello, députée UMP, a visité son pays pour se rendre compte de la manière dont étaient traitées les minorités religieuses. La députée l'avait auparavant accusé de ne pas les respecter.

Source : www.ladepeche.fr/

13 avr. 2011

Laïcité à géométrie variable

On savait notre gouvernement très sourcilleux quant à la laïcité dans notre beau pays, l'UMP avait même organisé une conférence Laïcité et Islam, non pas pour montrer du doigt une population bien précise, les musulmans issus de l'immigration, mais pour s'assurer du respect des fondements laïcs de la République Française et sur ce point Nicolas Sarkozy ne saurait transiger, on a des principes ou on en a pas.

Malheureusement, il semblerait que toutes les religions ne soient pas soumises à la même rigueur, le mardi 12 avril, on pouvait lire sur Mediapart un article de Laurent Mauduit affirmant que l'Élysée a demandé à ce que des épreuves parallèles aux concours de certaines grandes écoles soient organisées à destination de candidats juifs pratiquants.

Pourquoi ? Parce que les dates du concours commun Mines-Ponts, mais aussi de ceux de certaines écoles de commerce ou encore de l'ENS Cachan, se déroulent au moment de la Pâque juive, la semaine prochaine.

L'Elysée a ainsi organisé, d'après Laurent Mauduit, deux séances de nuit dans le plus grand secret pour certains étudiants juifs, bien sûr, il a fallu mettre dans la confidence quelques hauts fonctionnaires, et choqué par la procédure ce serait l'un d'eux, du ministère de l'enseignement supérieur, qui aurait alerté Mediapart.

Le Point déclare aussi avoir été prévenu la semaine dernière par une source dans le milieu des grandes écoles, source qui dénonçait les pressions qu'elle subissait pour organiser une telle session d'épreuves.

Toujours d'après Le Point, la demande émanait bien de la communauté juive, et ce serait le rabbin Haïm Korsia, aumônier général de l'armée de l'air et proche de Nicolas Sarkozy, qui aurait utilisé ses bonnes relations pour obtenir gain de cause.

Une affaire qui ne va pas manquer de rebondir, en tout cas, le débat sur la laïcité aura fait long feu, et les dispositions prises pour ces concours réservés aux élites françaises éclairent définitivement l'Etat sur ses manques de principes et aussi sur son clientélisme

Source : www.lepost.fr

10 avr. 2011

Entre laïcité coloniale et « radicalisation cumulative »

Avant même la tenue de sa « convention sur la laïcité », l’UMP a rendu public un document contenant 26 propositions « sur la laïcité dans le cadre des débats sur le projet 2012 »[1] relatif à la prochaine présidentielle. Ces 26 propositions ont été reprises par la « convention » qui s’est déroulée le 5 avril 2011 dans un hôtel parisien. Parmi ces 26 propositions, le document de l’UMP affirme que « certaines peuvent être appliquées dès maintenant » alors que « d’autres constituent la contribution de l’UMP dans la préparation du projet 2012 ».

Si les responsables de l’UMP, avec à leur tête Jean-François Copé, ont affirmé que ce débat ne visait pas à stigmatiser une religion en particulier, le document du parti majoritaire insiste sur la « spécificité » de l’islam dans le préambule à ces 26 propositions. Ce préambule affirme que la loi de 1905 « n’intégrait pas l’Islam » au moment où elle a été votée car sa rédaction date du « début du XXe siècle ».

Une laïcité coloniale pour l’islam et les musulmans

Au regard de tels propos, il est difficile d’imaginer plus crasse ignorance de l’histoire de France pour un parti qui se plait, pourtant, à donner des leçons d’« identité nationale » aux musulmans vivant dans l’hexagone. Cela est d’autant plus pathétique que l’inculte UMP affirme vouloir combattre l’ignorance, son « premier adversaire ». Comment l’UMP peut-elle prétendre sérieusement réfléchir à la « laïcité » en France alors qu’elle ne connaît même pas l’histoire de ce pays et l’histoire de la laïcité dans ce pays ?

Premièrement, l’UMP écrit l’Islam avec un « I » majuscule ce qui désigne la civilisation musulmane et non la religion musulmane qui s’écrit avec un « i » minuscule. Cette erreur orthographique n’en est pas forcément une. Cela peut signifier une volonté politique d’interdire, au nom de la laïcité, toute forme de manifestation publique non pas seulement de la religion musulmane mais aussi des expressions culturelles liées à la civilisation islamique. Si l’on considère le contenu des « débats » relatifs à l’« identité nationale » et à la « laïcité », il est tout à fait concevable que l’UMP veuille s’attaquer à l’ensemble des expressions religieuses et culturelles de la communauté musulmane afin de défendre une France « blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne », pour reprendre la définition du général de Gaulle.

Deuxièmement, l’UMP ignore que l’islam fut bien concerné par la loi sur la séparation des cultes et de l’État au début du XXe siècle. En effet, si en 1905 le nombre de musulmans vivant dans l’hexagone était relativement restreint, la France comptait en son sein des territoires où l’islam était massivement présent et où la loi de séparation des cultes et de l’État aurait pu s’appliquer si la République coloniale ne si était pas opposée. Bien que les colonisés musulmans n’y avaient pas le statut de citoyen, contrairement aux Européens et aux Juifs, l’Algérie colonisée était juridiquement divisée en trois départements français au sein desquels la loi de 1905 s’appliqua aux cultes catholique, juif et protestant [2]. Seul l’islam fut soumis à un régime d’exception coloniale.

En vertu du décret du 27 septembre 1907 portant sur l’application de la loi de 1905 en Algérie, l’administration coloniale continuait de maintenir le culte musulman sous sa subordination immédiate. Afin de contrôler l’islam, les imams, les muftis ou les qadis étaient nommés et salariés par la puissance occupante qui les contraignait à être les « voix de la France » dans les mosquées et autres lieux de culte musulman. Par cette main mise sur le culte musulman, la République coloniale orientait l’interprétation des sources de l’islam dans un sens favorable au maintient de sa domination.

Si elle n’y fait nullement référence, l’actuelle politique de l’UMP s’inscrit pourtant directement dans la filiation de cette politique coloniale d’ingérence « républicaine » au sein du culte musulman. Ainsi, s’ingérant directement dans le culte musulman, l’UMP affirme avoir toujours « favoriser le passage d’un « islam en France » à un « islam de France » ». Visiblement l’état d’exception colonial dans lequel se trouvent encore l’islam et les musulmans, ne permet même pas à l’UMP de voir que cette affirmation viole le principe laïc de non ingérence de l’État au sein des cultes. Malgré les professions de foi laïques répétées à longueur de discours, ces principes peuvent être publiquement piétinés dans un texte affirmant défendre la laïcité car les rapports entre l’islam et l’État français sont régis par une laïcité d’exception : une laïcité coloniale. Celle-ci soustrait l’islam et les musulmans au droit commun pour les soumettre à une législation particulière. Comme durant la colonisation de l’Algérie, l’islam et les musulmans constituent un corps d’exception juridique pouvant être soumis à une législation spécifique.

Les 26 propositions de l’UMP ou la mise en place d’une politique d’exception

Les 26 propositions sur la laïcité de l’UMP s’inscrivent dans le cadre de cette mise en œuvre d’une législation spécifique dont les premiers jalons ont été posés par les lois sur l’interdiction du voile dans l’enseignement public du 15 mars 2004 et sur l’interdiction de la burqa de 2010. Ces 26 propositions de l’UMP sont une étape supplémentaire dans la mise en œuvre d’une législation spécifique s’appliquant à l’islam et aux musulmans. Cette législation spécifique visera à exclure toujours d’avantage de la société française les musulmans en général et les musulmanes « ostensibles » en particulier. Évidemment, pour respecter une légalité formelle, il n’est pas dit explicitement que ces propositions sont dirigées contre les musulmans et qu’elles servent à mettre en place un système législatif spécifique.

Les 26 propositions de l’UMP se partagent en trois parties. La première partie consiste à adopter un « code de la laïcité et de la liberté religieuse ». Au niveau purement sémantique, il est intéressant de noter que la laïcité coloniale s’appliquant à l’islam reprend le terme de « code » qui n’est pas sans rappeler le « Code de l’indigénat » par exemple. L’adoption de ce « code » se ferait par le vote d’une résolution parlementaire réaffirmant « l’attachement de la représentation nationale aux principes républicains, et spécialement à ceux de laïcité et de liberté de conscience ». L’UMP prévoit aussi l’élaboration d’un « recueil exhaustif des textes » et des « jurisprudences relatifs au principe de laïcité ». Enfin, après l’élection présidentielle de 2012, l’UMP se propose de rédiger un « code de la laïcité ».

Si l’UMP ne l’affirme pas directement, cette législation est directement dirigée contre les musulmans puisque il est sous entendu dans le préambule du texte que ce sont eux qui remettent en cause les « principes républicains » - principes qui ne sont jamais clairement définis. L’attachement aux « principes républicains » signifie en fait la dénonciation de l’« ennemi intérieur » musulman qui « gangrène » la République. D’ailleurs contre cet « ennemi intérieur », l’UMP affirme vouloir renforcer la législation d’exception puisque l’intérêt principal de ces propositions est de permettre de fixer « de nouvelles règles, législatives ou réglementaires, permettant d’apporter des solutions à des questions qui n’ont pas encore été résolues par voie contentieuse ».

La deuxième partie des 26 propositions de l’UMP se compose d’une série de mesures visant à « réaffirmer le principe de laïcité » c’est-à-dire, en fait, à renforcer les lois d’exception contre les musulmans, et à mener une « action psychologique » auprès de la population contre ceux qui sont désignés comme l’« ennemi intérieur » menaçant la société française.

Laissant croire que les musulmans constitueraient un État dans l’État, l’UMP souhaite faire voter une loi interdisant « à quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s’affranchir des règles communes régissant les relations entre collectivités publiques et particuliers ». Elle veut aussi étendre « les exigences de neutralité et de laïcité des agents des services publics aux collaborateurs occasionnels du service public » et étendre « les obligations de neutralité qui s’imposent dans les structures publiques, aux structures privées des secteurs social, médico-social, ou de la petite enfance chargées d’une mission de service public ou d’intérêt général » afin de renforcer l’exclusion du monde du travail et de la société des musulmanes portant le voile.

L’UMP veut présenter de nouvelles lois pour interdire « de récuser un agent du service public à raison de son sexe ou de sa religion supposée » et « de se soustraire au programme scolaire obligatoire ». L’UMP propose aussi de voter une loi rappelant « que, dans le cadre d’un service public, les convictions religieuses, politiques ou philosophiques n’autorisent pas à invoquer un traitement spécifique de nature à mettre en cause son bon fonctionnement ». Ces nouvelles lois visent uniquement à faire croire que les musulmans ne se conformeraient pas aux règlementations communes et à renforcer la mise en œuvre d’une législation d’exception.

Au niveau de l’« action psychologique », l’UMP prévoit que, « dans le cadre du programme scolaire obligatoire, un enseignement relatif au principe de laïcité » soit dispensé. De même, elle souhaite la mise en place d’une « formation obligatoire à la laïcité de l’ensemble des agents des services publics » et le développement, « en lien avec les grands pôles universitaires », d’un « module de formation aux principes républicains et, spécialement, à la laïcité ». Ce module est plus particulièrement destiné aux « ministres du culte » désignant par là les imams qui, par définition, ignorent les lois françaises. Cette dernière mesure est un piétinement explicite des principes de la laïcité puisque normalement, dans un État laïc, celui-ci ne devrait pas intervenir dans la formation des « ministres du culte » qui est de l’unique ressort des communautés religieuses.

La troisième partie des 26 propositions de l’UMP, intitulée « pour garantir la liberté religieuse dans la République », est avant tout composée d’une série de mesures visant à exclure les musulmans et les musulmanes du monde du travail et à contrôler la communauté musulmane.

Dans le cadre des mesures visant à exclure les musulmans du monde du travail, l’UMP souhaite permettre aux entreprises d’intégrer dans leur règlement intérieur « des dispositions relatives au port de tenues et signes religieux » et « des dispositions encadrant les pratiques religieuses ». La première mesure servira notamment à exclure les musulmanes voilées des entreprises où elles pouvaient encore travailler. Afin de préparer le monde du travail à la lutte contre les musulmans, l’UMP propose aussi d’« organiser une formation spécifique pour les responsables de ressources humaines et les inspecteurs du travail » et d’« élaborer un « guide des bonnes pratiques de la liberté religieuse et du vivre ensemble dans les entreprises » ».

Le contrôle de la communauté musulmane passe par le contrôle de ses finances. Pour cela, l’UMP veut que « les fonds étrangers visant à la construction et à l’entretien de lieux de culte transitent obligatoirement par une fondation nationale » et que « la collecte des fonds auprès des fidèles en vue de la construction et de l’entretien des lieux de culte » se fasse « par le biais d’une association ». Ces mesures de contrôle financier charrient le sous-entendu nauséabond que les musulmans développeraient une économie parallèle pour financer leur culte. Au niveau, des « ministères du culte », l’UMP désire « engager une réflexion sur les moyens d’éviter que des ministres du culte aient un lien de subordination avec un État étranger ». Évidemment, cette disposition ne concerne pas les relations de l’Église catholique avec l’État du Vatican mais uniquement les « ministres du culte » musulmans et ce en dépit des lois laïques protégeant les religions des ingérences de l’État français.

Au niveau des manifestations religieuses dans l’espace public, l’UMP souhaite réaffirmer que « l’exercice du culte hors des lieux de culte est subordonné à déclaration préalable » cela afin d’entériner une pratique discriminatoire qui autorisera les processions chrétiennes mais qui interdira les « prières de rue » des musulmans démunis de lieux de culte capables de les accueillir.

« Radicalisation cumulative » de la politique islamophobe

Ces 26 propositions de l’UMP, visant à la mise en place d’une législation d’exception, s’inscrivent dans ce que l’historien Hans Mommsen appelle une spirale de « radicalisation cumulative » de la société qui aboutit à adopter un discours, une pratique et une législation toujours plus répressive contre la minorité musulmane. Cette « radicalisation cumulative » se traduit pratiquement par la mise en place d’un appareil législatif discriminatoire et par l’adoption de pratiques administratives et policières spécifiquement dirigées contre la communauté musulmane. Cela aboutit à une fuite en avant dans la répression contre la communauté musulmane.

La « radicalisation cumulative » entraîne aussi une « radicalisation discursive » de l’État et de ses appareils idéologiques avec l’appui de groupes de pression qui poussent à la mise en place d’une répression accrue contre l’islam et les musulmans. Cette « radicalisation discursive » s’exprime notamment dans les médias où les prises de parole se font en faveur d’une répression toujours plus intense contre l’islam et les musulmans. Ces discours permettent d’entériner les législations discriminatoires et de préparer le terrain à de nouvelles lois répressives.

L’accélération de cette « radicalisation cumulative » de la politique de l’UMP s’inscrit dans le cadre de son échec à mettre en œuvre les promesses électorales tenues par Nicolas Sarkozy en 2007. Que ce soit au niveau de la résolution de la crise économique, du chômage ou encore du « pouvoir d’achat » la politique économique et sociale de l’UMP est un échec total. Cet échec en matière économique et sociale ne peut être compensé que par une intensification continue des mesures dirigées contre les musulmans. La « radicalisation cumulative » de la politique de l’UMP contre les musulmans est la seule réponse que ce parti puisse donner à son électorat déçu par son incapacité à mettre en œuvre une politique économique et sociale capable de répondre à la crise du capitalisme. L’accélération de la « radicalisation » de la politique islamophobe est une manifestation de l’échec de la politique économique et sociale de l’UMP.

Face à la « radicalisation cumulative » de la politique islamophobe, les réactions restent très en deçà des problèmes de l’heure. Samedi 2 avril 2011, seule une centaine de manifestants se sont rassemblés dans les rues de Paris pour protester contre la politique islamophobe de l’UMP et l’islamophobie d’État. Les associations antiracistes, les mouvements de l’immigration ou les partis politiques n’étaient pas présents. Les associations musulmanes qui devraient pourtant être les premières à défendre la communauté musulmane contre les attaques qu’elle subie, brillent par leur absence. Elles se contentent de quelques communiqués et de vagues protestations verbales. Cette absence de réelles réponses ne peut qu’encourager l’UMP à poursuivre et à intensifier la « radicalisation » de sa politique islamophobe.

Youssef Girard

1 Cf. « Laïcité : 26 propositions pour mieux vivre ensemble ». URL : http://www.lemouvementpopulaire.fr/...

2 L’article 43 de la loi du 9 décembre 1905, que l’UMP ne connaît visiblement pas, stipulait explicitement son application en Algérie. Cf. Sellam Sadek, La France et ses musulmans, Un siècle de politique musulmane, 1895-2005, Alger, Ed. Casbah, 2007, pages 163-170


Source : http://jijel-echo.com

5 avr. 2011

Une laicité à géométire variable : le procès récurrent de l'islam

«La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage» Éric Besson

Le mardi 5 avril, l’UMP, le parti de la droite française ouvre la boite de Pandore de la laïcité et des religions. Les observateurs ne s’y trompent pas, c’est l’Islam, encore une fois, dont on examinera la compatibilité avec la laïcité. Après le procès de l’Islam vis-à-vis de l’identité, cette fois c’est la laïcité qui est convoquée. En son temps, De Gaulle avait tracé les limites de l’identité et de la religion de la France «Il ne faut pas se payer de mots! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.» Ces mots du général de Gaulle, il y a un demi siècle, résument à eux seuls toute la problématique de la condition «d’être français» Qui est en fait Français et depuis quand? En son temps, le général de Gaulle aurait répondu: «Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. L’élément décisif pour moi c’est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien.» Ces quelques phrases résument parfaitement ce que le XIXe siècle catholique n’a cessé de proclamer sur tous les tons et en toutes circonstances: la France, contrairement à ce que déclare Eric Besson, n’est pas un peuple comme les autres; le peuple élu, prédestiné des temps modernes (par opposition à l’ère biblique), le successeur insigne du peuple hébreu voire celui qui, à l’instar du peuple américain, a une «destinée manifeste» Ce destin de races supérieures théorisé par les Renan, Gobineau, et Chamberlain au XIXe siècle et qui avait fait au XXe siècle le lit du nazisme, se drape de nouveaux habits humanitaires dans ce XXIe siècle, le résultat étant le même: continuer à coloniser à distance ces races inférieures qui, de plus, sont musulmanes, en leur extorquant leur richesse pour maintenir le niveau de vie de l’homme blanc.

  • Quand les Sarkozy sont devenus français

Pour la droite, la chose est claire: est de souche celui qui est «blanc» et qui porte un nom, un prénom, à consonance européenne, pour ne pas dire chrétienne. Au XVIe siècle l’Europe, via le Portugal et l’Espagne, promulgue des lois de «limpieza de sangre» («purification du sang») contre ses propres populations juives et musulmanes. Avec cette histoire tragique, l’Europe -et la France par conséquent -s’est bâtie une identité amputée de ses Juifs et de ses Musulmans… Le XIXe siècle européen érige les Blancs en dieux. Quelle différence y a-t-il entre un Espagnol, au regard de l’intégration avec un Algérien? La différence est d’abord la langue et la culture françaises. En fait, il n’est pas important qu’un Hongrois connaisse le socle rocheux de la littérature et la culture françaises telles que par exemple, la «Ballade des pendus» de François Villon. Par contre, son avantage décisif est l’identité religieuse qui berce d’une façon invisible la société française. Ils sont «compatibles» avec le corps social français pétri par deux mille ans de cultures chrétiennes ils peuvent être français, Par contre, on peut être en France depuis un siècle, le nom et l’Islam sont des «marqueurs indélébiles.» (1) On se souvient que dans la tribune publiée dans le journal Le Monde, le 9 décembre 2009, le président s’adressait déjà aux Français musulmans! Le philosophe Jean Baubérot répond magistralement et avec humour au président Sarkozy sur ce que c’est qu’être français: «Tu as écrit une tribune dans Le Monde. En effet, tu t’adresses à tes «compatriotes musulmans», et c’est mon cas, moi Mouloud Baubérot, frère siamois de celui qui tient ce blog. Avant, par politesse, il faut que je me présente très brièvement. Ma famille provient de Constantine, ville française depuis 1834 et chef-lieu d’un département français depuis 1848. Nous sommes donc d’anciens Français. Et au siècle suivant, d’autres sont encore venus. Certains de l’Europe centrale, bien différente de notre civilisation méditerranéenne. Mais, comme tu l’écris très bien, nous sommes très «accueillants», nous autres. Alors, nous avons donc accueilli parmi eux, un certain Paul Sarkozy de Nagy-Bosca, qui fuyait l’avancée de l’Armée rouge en 1944. Nous sommes tellement «accueillants» que nous avons fait de son fils, ton frère siamois, immigré de la seconde génération, un Président de notre belle République. Comment être plus accueillants? Mais faudrait quand même pas tout confondre: entre lui et moi vois-tu, c’est moi qui accueille, et lui qui est accueilli. Ne l’oublie pas. (…) Quand les Sarkozy sont devenus Français, le ciel de Paris s’ornait d’une Grande Mosquée, avec un beau minaret. Je suis d’accord, moi Mouloud qui t’accueille, je dois te faire «l’offre de partager (mon) héritage, (mon) histoire (ma) civilisation), (mon) art de vivre». Tiens, je t’invite volontiers à venir manger un couscous avec moi. (…) Pour être concret, je vais te raconter l’histoire de France en la reliant à ma propre histoire d’ancien Français, du temps où toi, tu ne l’étais pas encore. Pendant la guerre 1914-1918, mon arrière-grand-père est mort au front, comme, malheureusement, beaucoup de Français, de diverses régions: Algérie, Savoie, ou Limousin,…Car nous avons été environ 100.000, oui, cent mille, musulmans à mourir au combat pour la France. Ma famille y était venue, à cette occasion, et elle y est restée. A Paris, la République laïque a eu une très bonne idée: construire une mosquée, avec un beau minaret bien sûr. Elle avait décidé, en 1905, de «garantir le libre exercice du culte». «Garantir», c’est plus que respecter. C’est prendre les dispositions nécessaires pour assurer son bon fonctionnement. Pourquoi passes-tu tant de temps, dans ton texte, à nous parler des minarets? (…) De plus, et je vais t’étonner Nicolas, les laïques, ils aimaient bien les minarets. Quand on a posé la 1ère pierre de la mosquée, le maréchal Lyautey a fait un très beau discours. Il a déclaré: «Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il montera vers le beau ciel de l’Ile de France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses.»(2) Dans la même veine et à l’occasion du débat de la «compatibilité de l’Islam avec la laïcité, plus d’une année plus tard un Français musulman répond à la lettre de Jean-François Copé organisateur de ce débat un autre Français de confession juive, tout deux natifs d’Algérie. «Cher Jean-François, d’abord, je dois te confier que chez moi (en France, avant que tu demandes), ce n’est pas comme ça qu’on traite ses amis. On ne fait pas un débat pour savoir comment nos amis devraient s’habiller ou s’exprimer. On ne se mêle pas de leur vie religieuse et on ne se permet pas de dire à leur fille que sa robe est trop longue. Ce serait très déplacé, tu en conviendras. On ne se sert pas de ses amis pour gagner des élections. On ne salit pas leur dignité et on ne leur porte pas préjudice, même si ça fait monter l’audimat au radio-crochet du coin…Tu dis vouloir m’aider à combattre les préjugés à mon sujet, mais c’est toi qui les alimentes à chaque fois que tu prononces les mots «Islam», «menace» et «laïcité» dans la même phrase. (…) Je ne t’ai rien demandé et je n’ai pas besoin de ton aide. Je veux juste que tu me laisses en paix. Le jour où tu auras vraiment envie d’avoir une conversation avec moi, retrouve-moi autour d’un bon repas, sans caméras si possible, comme ça tu pourras me regarder dans les yeux te dire le fond de ma pensée.(…)» «Quand tu dis que notre foi, l’Islam, est «défigurée dans l’opinion par des comportements ultraminoritaires», ce serait bien de rappeler que cette «opinion» se construit moins à partir de la réalité que du discours politique et médiatique auquel, il me semble, tu participes un peu. Plus loin dans ta lettre, tu parles de mon grand-père mais tu confonds probablement. C’est celui de Djamel qui est mort à Verdun. Le mien a combattu à Al-Alamein en Egypte, dans une guerre qui n’était pas la sienne. Du côté de maman, ils étaient plutôt vers Alger, où ils ont pu découvrir les joies de l’électricité dans les années 50. (…) Tu voudras bien m’expliquer aussi pourquoi dès que tu parles d’Islam, tu te sens obligé d’invoquer la laïcité pour dire quelque chose de pas sympa juste après. (…)Nul besoin de faire comme tous ceux qui, pour exprimer leur rejet des formes visibles de l’Islam, se drapent sous la cape de la laïcité en espérant y trouver une respectabilité à leur racisme d’autrefois. (…) C’est bien d’avoir une opinion. C’est mieux d’avoir la vérité. Or notre vérité commune est dictée par la loi de notre pays et il se trouve justement qu’en 1905 une loi a été votée pour établir le principe de laïcité que les polémistes ressassent à tort mais surtout à travers sans vraiment l’avoir lue. Et que dit-elle cette loi? Elle dit que nous sommes libres. Libres de choisir en conscience notre religion et de la vivre comme bon nous semble, sans faire de prosélytisme et sans devoir la cacher ou la nier dans la sphère publique. Libres de s’habiller comme il nous plaît, de porter une barbe ou de se couvrir la tête si on le souhaite. Libres de prendre notre place au sein de la République comme nous l’avons fait jusqu’ici en l’enrichissant de notre travail, de nos idées et de nos espoirs. Aucune instance musulmane n’a réclamé le changement de cette loi. Aucun musulman n’a demandé un privilège dont serait exclu l’un de ses concitoyens. Nous demandons, et la majorité de nos concitoyens avec nous, le strict respect de la loi de 1905. (…) Mon cher Jean- François, à trop vouloir nous aider, tu risques de nous causer du tort en faisant croire qu’il y a une spécificité islamique qu’on aurait jusque-là ignorée. Il n’en est rien. Nous sommes des citoyens comme les autres, acteurs anonymes des changements et des sacrifices que doit concéder notre pays aujourd’hui. (…) Je termine en te disant que le respect, c’est d’accepter l’autre tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit, avec ses différences. Il serait bon que tu t’en souviennes désormais, avant d’invoquer une idée de fraternité que tu piétines chaque jour.»(3)

  • Libres de choisir en conscience notre religion

Même en Alsace, l’Islam ne jouit pas des mêmes conevenances que les autres religions. On se souvient que le débat sur l’enseignement de l’Islam dans le public, au même titre que les autres religions, divise les candidats aux régionales. Dans les trois départements le judaïsme, le catholicisme, le luthéranisme et le réformisme, cultes reconnus par le Concordat de 1802, sont organisés par le droit local. En 2003, la commission Stasi recommande dans son rapport: «En Alsace-Moselle, [d’]inclure l’Islam au titre des enseignements religieux proposés et laisser ouvert le choix de suivre ou non un enseignement religieux.» Si cette proposition n’aboutit pas, celle d’interdire les symboles religieux à l’école deviendra une loi en 2004.»(4) Michel Tubiana, ancien président de la LDH, y voit un racisme assumé. Il écrit: «De plus en plus ouvertement, le racisme envahit l’espace politique. Je ne veux pas ici évoquer le Front national mais bien une partie de la droite parlementaire et, à un moindre niveau, une partie de la gauche. (…) Qui se souvient que dès juillet 2005, dans son discours aux ambassadeurs, le même Nicolas Sarkozy opposait, fût-ce pour en prévenir la guerre, «l’islam à l’Occident»? (…) Vint ensuite le glissement inévitable des étrangers à ceux qui leurs ressemblent, entendons les demi-Français. C’est ainsi que le 8 décembre 2009 Nicolas Sarkozy, sous prétexte de tolérance, fait des musulmans français des étrangers qu’il faut «accueillir» dans leur propre pays. Assignés à résidence communautaire, ils sont toujours désignés par leur origine (immigrés de la deuxième, troisième ou, bientôt, quatrième génération) ou par leur appartenance religieuse. (…) Les musulmans français ou pas sont sommés de faire leur examen de conscience et de répondre de nos peurs collectives. (…) C’est pourtant, ce que signifie le débat engagé par l’UMP, officiellement sur la laïcité, en réalité sur la compatibilité de l’Islam et de la République, contredisant par là tous les principes de la laïcité.(…)»(5)

  • La chair à canon

On dit souvent que l’implantation des Musulmans en France est récente. Les Maghrébins étaient en 2007, 5 à 6 millions. Si l’immigration massive des Nord-Africains est récente, leur présence sur le territoire métropolitain est très ancienne et remonte à l’époque romaine. Au VIIe siècle, avec la conquête de la Septimanie par les musulmans, des berbères convertis à l’Islam s’installèrent également dans ce qui deviendra la France. Par la suite, des réfugiés musulmans qui fuyaient la Reconquista espagnole, et plus tard l’Inquisition, firent souche en Languedoc-Roussillon et dans le Pays basque français, ainsi que dans le Béarn. On peut distinguer plusieurs sous-groupes. Groupes ethniques en France:Encyclopédie Wikipédia
Pour la période récente (depuis un siècle et demi) les musulmans maghrébins étaient de toutes les guerres de l’Empire français. Pour le meilleur et surtout pour le pire, Algériens, Marocains, Tunisiens étaient de la chair à canon déjà pour les guerres du Levant (1856), du Mexique, de l’attaque allemande de 1871, 1914-1918, 1939-45). La récompense de la France fut justement la construction de la Mosquée de Paris. Depuis, les tirailleurs béton ont été le socle des «Trente Glorieuses» et c’est à ces «Français dans l’épreuve» que l’on préfère les «fraîchement français» sous prétexte qu’ils ont la même foi que les Gaulois de souche…On le voit, les Musulmans n’ont pas jailli du néant. Pour la période récente, les premières émigrations ont eu lieu il a plus d’un siècle, mais les descendants, même depuis la Première Guerre mondiale se verront appeler émigrés de la nième génération. Personne n’osera dire à Bernard-Levy ou encore Jean-François Copé que leurs parents étaient des émigrés d’Algérie. Il y a un vrai problème de la représentation de l’Islam. De plus, les intellectuels dits «musulmans» font preuve d’un silence assourdissant. Ils sont bien vus par les médias et les décideurs s’ils prônent un Islam mondain sans épaisseur. A l’évidence, le salut viendra de ces Français musulmans intellectuels décomplexés et qui se battent avec les armes de l’esprit dans le respect des lois de la République. Cette République qui a laïcisé les attributs de l’Eglise: Dans les 11 jours chômés dans l’année, 9 sont à caractère religieux- Si la loi de 1905 convenait à l’époque, son aggiornamento permettrait de replacer l’Islam à sa juste place, la République devenant équidistante des religions, permettra à chaque Français quelle que soit sa religion de s’épanouir à l’ombre des lois de la République donnant ainsi la mesure de son talent. Les Musulmans de France, dans leur immense majorité, veulent vivre avec dignité leur culture. Ils connaissent les fils rouges à ne pas dépasser, ils savent ou ils doivent savoir qu’ils sont dans un vieux pays de tradition chrétienne. Pourtant, leur identité religieuse n’est nullement un frein à leur patriotisme.

  • 1.Chems Eddine Chitour: Comment être Français au XXIe siècle : http://www.legrandsoir.info/Comment-etre-Francais-au-XXIe-siecle.html
  • 2.Lettre de Mouloud Baubérot à Nicolas Sarkozy: Site Oumma.com 14 décembre 2009
  • 3.Marwan Muhammad, ingénieur, laïcité: http://www.islamophobie.net/art_read.php?ai=575
  • 4.E.Bonneau: Faut-il enseigner l’Islam à l’école en Alsace-Moselle? Rue89 |4/02/2010
  • 5.Michel Tubiana: Le racisme envahit l’espace politique. Le Monde.fr 21.03.11

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)(*) Ecole nationale polytechnique


Source : www.islamenfrance.fr

1 avr. 2011

Débat sur la laïcité : un musulman répond à Copé

par Marwan Muhammad -

J’ai lu avec grand intérêt la lettre que tu m’as adressée dans l’Express et, puisque nous sommes désormais amis, permets-moi de te tutoyer et de te dire les choses en toute franchise.

D’abord je dois te confier que chez moi (en France avant que tu demandes), ce n’est pas comme ça que l’on traite ses amis. On ne fait pas un débat pour savoir comment nos amis devraient s’habiller ou s’exprimer. On ne se mêle pas de leur vie religieuse et on ne se permet pas de dire à leur fille que sa robe est trop longue. Ce serait très déplacé, tu en conviendras.

On ne se sert pas non plus de ses amis pour gagner des élections. On ne salit pas leur dignité et on ne leur porte pas préjudice, même si ça fait monter l’audimat au radio-crochet du coin…

Tu dis vouloir m’aider à combattre les préjugés à mon sujet, mais c’est toi qui les alimentes à chaque fois que tu prononces les mots islam, menace et laïcité dans la même phrase.

Je ne t’ai rien demandé et je n’ai pas besoin de ton aide. Je veux juste que tu me laisses en paix. Le jour où tu auras vraiment envie d’avoir une conversation avec moi, retrouve moi autour d’un bon repas, sans caméras si possible, comme ça tu pourras me regarder dans les yeux te dire le fond de ma pensée. D’ici là, si vraiment tu t’ennuies et qu’il te reste de l’énergie, je peux t’indiquer un certain nombre de problèmes qui requièrent toute ton attention dans le pays : à commencer par le fait qu’il manque du travail à beaucoup de nos concitoyens et que les gens ne se parlent quasiment plus depuis que toi et ton équipe tenez le micro.

J’aimerais aussi répondre point par point à un certain nombre de remarques que tu fais dans ta lettre et qui, si l’un de nos amis la lisait, risqueraient de l’induire quelque peu en erreur.

Quand tu dis que notre foi, l’islam, est « défigurée dans l’opinion par des comportements ultraminoritaires », ce serait bien de rappeler que cette « opinion » se construit moins à partir de la réalité que du discours politique et médiatique auquel, il me semble, tu participes un peu (note ce doux euphémisme que l’amitié t’offre en privilège).

Toi qui as depuis fort longtemps renoncé à la langue de bois et à la stratégie politique, tu devrais savoir qu’il ne convient pas de dire une chose et son contraire d’une interview à la suivante. On pourrait t’accuser de tenir un double discours ce qui, par les temps qui courent, reviendrait à te bannir de la sphère publique où tu sembles t’épanouir.

Plus loin dans ta lettre, tu parles de mon grand père mais tu confonds probablement, c’est celui d’un autre qui est mort à Verdun. Le mien a combattu à Al Alamein en Egypte, dans une guerre qui n’était pas la sienne. Du côté de maman, ils étaient plutôt vers Alger, où ils ont pu découvrir les joies de l’électricité dans les années 50’. C’est vrai que tout ça fait partie du passé… mais je suis bien content que tu fasses avec moi ce devoir de mémoire qui nous rappelle d’où nous venons et ce qui nous unis, tout en nous permettant de tirer des enseignements qui nous éviterons de répéter les mêmes erreurs. Comme par exemple de stigmatiser une partie de nos concitoyens pour des objectifs politiques.

Tu voudras bien m’expliquer aussi pourquoi dès que tu parles d’islam, tu te sens obligé d’invoquer la laïcité pour dire quelque chose de pas sympa juste après. Si tu n’aimes pas les barbes et les foulards, libre à toi d’exprimer ton opinion. Nul besoin de faire comme tous ceux qui, pour légitimer leur rejet des formes visibles de l’islam, se drapent sous la cape de la laïcité en espérant y trouver une respectabilité à leur racisme d’autrefois. Je sais bien que tu n’en fais pas partie, toi qui poursuit des objectifs « emprunts de paix et de respect », mais c’est tout de même dans ton camp qu’on entend des gens parler de « croisades », de la « France [qui] doit rester la France », et du jeune musulman dont on veut « qu’il travaille, qu’il ne parle pas verlan et qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers ». Si c’est toi le chef de cette belle équipe d’esprits éclairés, je te souhaite bien du courage.

C’est bien d’avoir une opinion. C’est mieux d’avoir la vérité. Or notre vérité commune est dictée par la loi de notre pays et il se trouve justement qu’en 1905, une loi a été votée pour établir le principe de laïcité que les polémistes (contre lesquels tu fais bien de t’insurger) ressassent à tort mais surtout à travers sans vraiment l’avoir lue.

Et que dit-elle cette loi ?

Elle dit que nous sommes libres.

Libres de choisir en conscience notre religion et de la vivre comme bon nous semble, sans faire de prosélytisme et sans devoir la cacher ou la renier dans la sphère publique.

Libres de s’habiller comme il nous plait, de porter une barbe ou de se couvrir la tête si on le souhaite.

Libres de prendre notre place au sein de la république comme nous l’avons fait jusqu’ici en l’enrichissant de notre travail, de nos idées et de nos espoirs.

Aucune instance musulmane n’a réclamé le changement de cette loi. Aucun musulman n’a demandé un privilège dont serait exclu l’un de ses concitoyens. Nous demandons, et la majorité de nos concitoyens avec nous, le strict respect de la loi de 1905. Sans cadres ni contraintes supplémentaires et sans polémiques pour venir, chaque jour un peu plus, restreindre nos libertés et nos droits fondamentaux.

Mon cher Jean-François, à trop vouloir nous aider, tu risques de nous causer du tort en faisant croire qu’il y a une spécificité islamique qu’on aurait jusque là ignorée. Il n’en est rien. Nous sommes des citoyens comme les autres, acteurs anonymes des changements et des sacrifices que doit concéder notre pays aujourd’hui. Ta famille politique n’est pas étrangère à cette situation (mais bon, on ne choisit pas sa famille…). Ce serait malheureux de donner ainsi raison à ces mauvaises langues que j’entends déjà dire qu’avec des amis comme toi …on n’a pas besoin d’ennemis.

Pour ces raisons, tu comprendras que je ne souhaite pas venir à ta petite fête du 5 avril. Je préfère vous laisser laver votre linge sale en famille. Fais-moi signe quand tu auras repris tes esprits et que les choses se seront un peu calmées vers chez toi.

Je termine en te rappelant que le respect, c’est d’accepter l’autre tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit, avec ses différences. Il serait bon que tu t’en souviennes désormais, avant d’invoquer une idée de fraternité que tu piétines chaque jour.

Ton ami,

Marwan Muhammad


Source : http://oumma.com

19 mars 2010

Le Haut Conseil à l’Intégration contre la loi de 1905

Par Jean Baubérot

Ce mercredi 16 mars, Le Figaro annonçait « Douze propositions pour renforcer la laïcité », par le Haut Conseil à l’Intégration (HCI), vous savez cette merveilleuse instance, qui, en 2007, avait estimé que les Mexicains de 1859 avaient « imité » la loi de séparation de 1905, grâce à des visions prémonitoires !

Cependant, « renforcer » la laïcité dénote déjà une vision quantitativiste qui privilégie un paramètre. La laïcité étant un équilibre entre la neutralité-séparation, la liberté de conscience et l’égalité des appartenances religieuses et convictionnelles, c’est non pas à un renforcement, mais à l’articulation elle-même qu’il faut travailler.

Il est tout à fait révélateur que la charge de rédiger des propositions sur la laïcité soit dévolue au Haut Conseil à l’Intégration. Autrement dit, la laïcité est bel et bien un devoir pour les immigrés, leurs enfants, leurs petits-enfants − jusqu’à combien de générations ? −, implicitement considérés comme non intégrés.

Il faut donc les intégrer et les laïciser. Comme chacun sait : les « vieux » Français sont laïques par essence. Pas besoin de leur chercher des poux dans la tête. La vision que l’on a de la laïcité ressemble étrangement à la vision de l’identité nationale qui a présidé au fameux débat sur le sujet !

Parmi les propositions du HCI annoncées par Le Figaro, il semble y en avoir que le quotidien lui-même dit être considérées comme discriminatoires par la HALDE. Exemple : l’obligation de ne pas porter de signes dits religieux pour les parents accompagnateurs de sorties scolaires. Ce qui intègre, ce qui est laïque pour le HCI, est ce que la HALDE qualifie de discriminatoire !

Le HCI proposerait également que, « en tant que représentants de l’ensemble des citoyens, les élus ne manifestent pas [au sein des assemblées] de manière visible leur appartenance ».
Or, aux dernières régionales, des candidats d’un Parti chrétien s’étaient présentés. Christine Boutin a créé le Parti chrétien-démocrate. J’aimerais que le HCI m’explique comment un élu « chrétien » ou « chrétien-démocrate » pourra cacher son appartenance religieuse !

Mais ma demande est certainement à côté de la plaque : Christine Boutin est déjà « intégrée », le HCI ne va pas lui coller la laïcité dans les pattes. Le HCI n’a sans doute pas même pensé un quart de dixième de seconde à ce genre de problème. La laïcité du HCI est à sens unique ! À sens inique aussi !

« La loi de 1905 sépare l’espace public du privé mais ne dit rien sur l’espace civil. Elle n’avait pas anticipé la mutation de la société », affirme la journaliste du Figaro. On trouve ici une contre-vérité et une naïveté dans cette affirmation.

La contre-vérité, si elle vient de la journaliste elle-même, est en soi pardonnable : elle n’est pas forcément spécialiste. Tout au plus peut-on lui reprocher de ne pas savoir qu’elle ne sait pas. Mais si cet avis émane des membres du HCI − instance officielle qui fait des propositions sur la laïcité… −, il leur faudrait tout de même veiller à avoir un peu de savoir sur la question !

L’espace civil − qui semblerait être plutôt l’espace public de la société civile, mais pour certains, comme disait ironiquement Briand, « ce sont des mots qui peuvent écorcher les lèvres » −, bien sûr que la loi de 1905 s’y est intéressée** ! Mais pas exactement comme le HCI s’y intéresse.

Ainsi les parlementaires de 1905 ont-ils refusé les amendements qui auraient pu restreindre la liberté religieuse dans ledit « espace civil ». L’amendement qui aurait obligé les curés à porter un vêtement civil dans l’« espace civil » a été rejeté. Les arguments émis à l’époque contre la soutane ressemblent pourtant étrangement à ceux d’aujourd’hui contre les signes religieux !

Mais il n’y a pas eu que cela : sous le Concordat, les processions catholiques sur la voie publique étaient réglementées. Eh bien, la demande de maintenir ces limitations a été refusée : avec la loi de séparation, les processions religieuses sur la voie publique sont devenues libres.

Naïveté, donc, de la journaliste, qui croit sans doute que, puisque c’est le HCI qui s’occupe de la laïcité, le problème de la religion dans l’espace dit civil serait né avec l’islam (« mutation de la société »).

Eh, non ! Le problème est récurrent depuis le XVIe siècle ; il a été constant au XIXe ; et c’est la loi de 1905 qui l’a résolu dans le sens de la liberté.

Halte à la révision de la loi de 1905 !

Source: jeanbauberotlaicite.blogspirit.com

3 févr. 2010

Une Laïcité Française à Double-face

Il n’est pas lieu ici de discuter du sens ou de l’histoire du terme "laïcité", puisqu’il y a un minimum de signification partagé par tous les lecteurs, ne serait-ce que cette modeste notion de séparation des Eglises de l’Etat. Mais lorsque la laïcité devient institutionnelle, moyen de stigmatisation ou de diversions et d’infractions révélatrices de la part de l’Etat contre les musulmans, un arrêt s’impose.

Partant du fait qu’une république laïque se doit de préserver la sphère publique de toutes sortes de communautarismes, pour ne pas plonger dans un damier à cloisons étanches, et de la nécessité de permettre à tous les individus, en tant que citoyens et sans exception, de choisir leurs appartenances ou non-appartenances à tous les domaines et de pouvoir pratiquer librement leur croyance, il serait peut-être utile de souligner que depuis quelques décennies on assiste à des tentatives burlesques pour définir la laïcité et son dérapage pour l’affubler d’une suite d’épithètes à ne citer que la laïcité ouverte, plurielle, rénovée, apaisée, toilettée, pour aboutir à la fameuse laïcité positive, lancée par le Président de la République ! Inutile d’ajouter que tout cela dénote d’une certaine casuistique derrière laquelle on essaye de camoufler un retour indéniable à la présence de l’Eglise catholique dans la sphère de la République française, qu’elle n’a jamais quitté d’ailleurs, pour ne pas dire son ingérence claire et/ou masquée. C’est pourquoi citer les grandes dates semble nécessaire :

Sous la troisième République, la laïcité est devenue un moyen d’organisation de la société qui mène à la neutralité des pouvoirs spirituels et religieux par rapports aux pouvoirs politiques, administratifs ou civils, pour lutter contre l’influence du clergé, des mouvements et des partis religieux sur les champs publics. Elle est donc fondée sur le principe de séparation juridique des Eglises de l’Etat par la loi de 1905. Cette séparation a comme conséquence essentielle la neutralité de l’Etat en matière religieuse. Il n’y a donc aucune religion privilégiée, aucune hiérarchie entre les croyances. Car l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme (1789) institue la liberté religieuse et mentionne : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses". De même, la Constitution française (1791) établit la liberté des cultes et accorde des droits identiques aux religions présentes à l’époque.

Un siècle plus tard, en 1881-1882, les lois Jules Ferry instituent l’instruction laïque gratuite et obligatoire. En 1905, la loi de séparation des Eglises de l’Etat précise en l’article 2 : "La République ne reconnaît, ne finance ni ne subventionne aucun culte". En 1959, la loi Debré accorde des subventions aux écoles privées qui sont sous contrat avec l’Etat. En 1989, la loi Jospin précise dans l’article 10 "que dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression".

Cette loi a permis la réalisation d’un pas concret contre la discrimination qui existait à l’encontre des français(es) qualifiés de "seconde zone" ou de "banlieusards", et a mené à l’apparition du foulard faussement nommé "islamique" dans les écoles, car en réalité c’est une obligation morale et non religieuse, le foulard pouvant être porté par une femme de n’importe quelle appartenance religieuse, tandis que la croix ne peut être portée que par une chrétienne, et la kippa ne peut être porté que par un juif. Quelques années plus tard, le 15 mars 2004, fut forgée une loi scandaleuse et discriminatoire réglementant le port de signes religieux "ostentatoires" à l’école pour contrecarrer l’enseignement des jeunes musulmanes. C’était la première fois que la pratique d’une obligation morale de l’Islam soit attaquée en France. Ce qui fait penser instantanément à la Reconquista lorsque l’Eglise catholique a interdit toute autre religion, car dénoncer le port du voile, du foulard ou quelque soit le nom qu’on lui donne, finira par aboutir à l’interdiction de toute pratique de l’Islam...

Là on ne peut que montrer combien la République se laisse nettement inféoder par la politique vaticane, à ne citer que l’exemple de l’enseignement que cette Institution a imposé en Ouganda. De pays à grande majorité musulmane, l’Ouganda eut sa classe dirigeante chrétienne après la colonisation. De parmi les nouveaux changements imposés, l’enseignement universitaire passa de la gratuité aux frais qui dépassent de loin les moyens d’une population qui crie misère. Pour seconder et favoriser l’implantation des sujets chrétiens comme cadres dirigeants, l’église assume les frais universitaires de ses adeptes, de sorte qu’il n’y a presque pas ou de rares agrégés musulmans. Comme résultat direct, la classe dirigeante et les hauts fonctionnaires du pays sont en leur immense ou totale majorité des chrétiens. Inutile d’aborder tout ce qui s’ensuit d’une situation aussi infâme, raciste et inhumaine. Malheureusement, la France, la fille aînée de l’Eglise va dans le même sillon en empêchant les musulmanes de suivre leur enseignement à cause d’une tenue de pudeur morale, pour ne pas dire à cause d’un morceau de tissu, et continue à agir avec cet arrière fond de pays colonisateur, souffrant d’un inconscient collectif où la subjectivité se mélange aux évènements historiques révélant à quel point la France possède un long passé de lutte et de guerre contre les peuples musulmans. N’est-elle pas à l’origine des trois croisades qui se sont soldées en échecs et en des frustrations face à l’Islam et aux musulmans, à quoi s’ajoute la colonisation de l’Algérie en 1830, les colonies d’Outre-Mer et la Campagne de l’Egypte qui perdurent sous d’autres formes et d’autres appellations, ? !

Une laïcité est supposée garantir la liberté de conscience. A ce titre, elle signifie que l’Etat ne peut pas imposer une religion, pas plus qu’il ne peut l’interdire : n’étant pas antireligieuse, elle est anticléricale, c’est-à-dire opposée à la domination des religieux, - ce dont la France a amplement souffert jusqu’aux pires des abus, d’où la loi 1905 était une nécessité, décrétée par un Congrès international tenu à Paris et précédé d’une suite de Congrès internationaux pour la même cause. La présence de l’Inquisition en Europe et surtout en France dès le XIII° siècle a laissé ses mémoires sanglantes. L’Edit de Nantes (1598) qui reconnaît la liberté de choix de la religion pour les français, succéda aux massacres de la Saint Barthélemy de 1572, journée au cours de laquelle 3500 personnes ont trouvé la mort pour leur foi.

En transcendant et en définissant les conditions de la libre affirmation des croyances et de leur coexistence pacifique, la laïcité doit être un facteur essentiel de la paix civile. Cependant, les détournements successifs de la loi 1905 révèlent tout une liste d’infractions, à ne citer à titre d’exemples : les vacances scolaires en France qui sont réglées sur les fêtes religieuses du christianisme ; les jours fériés aussi ; le denier de Saint Paul ; la non remise en cause du statut particulier de l’Alsace-Lorraine et de la Moselle, où les cultes reconnus par le Concordat ont un caractère public et les ministres des cultes reçoivent un traitement de l’Etat, où l’enseignement religieux est présent aux trois niveaux primaire, secondaire et supérieure. Ce qui veut dire que ni la laïcité ni la séparation de l’église et de l’Etat ne s’appliquent dans ces départements. Pour ne rien dire de la présence du crucifix dans les écoles publiques, certaines cliniques ou hôpitaux, de l’octroi de subventions publiques et à des déductions fiscales en faveur de l’Eglise catholique et à la défiscalisation complète des curés, ou encore la mise en berne des drapeaux sur les édifices publics pour la mort du Pape Jean-Paul II, et surtout le décret du 16 avril 2009 entérinant l’accord entre la République française et le Saint-Siège (du 18.12. 2008) relatif à la reconnaissance des grades et des diplômes dans l’enseignement supérieur qui constitue une atteinte au principe de laïcité. Car selon cet accord, les diplômes délivrés par les instituts d’enseignement supérieur contrôlés par le Vatican seront reconnus en France au même titre que les diplômes délivrés par les universités publiques. L’article premier de l’accord définissant son objet entre la République française et le Vatican est très clair en parlant de réciprocité ! La toute récente infraction : le lancement du premier mensuel catholique gratuit en France intitulé L’Invisible. Son premier numéro (février 2010) a été tiré à 200 000 exemplaires, représente une nette violation de la dite laïcité. Visant à faire découvrir l’univers du christianisme (la foi, l’Eglise, la culture), L’1visible sera disponible, selon la réclame qui l’accompagne, dans des lieux de passage pour toucher le maximum de personnes (grandes surfaces, gares, aéroports mais aussi dans la rue, les boîtes aux lettres et dans les paroisses). « Dans un monde qui arrive au bout de sa logique matérialiste ne faut-il pas laisser les questions spirituelles s’inviter dans l’espace public, d’une façon simple et décomplexée ? » poursuit l’annonce qui vise la réévangélisation de la France. Acte de prosélytisme flagrant qui ne peut être réalisé sans le consentement officiel de la République. Mais la liste ne s’arrête pas là. Bien que la Constitution de 1946 définie la France comme étant une "République démocratique, sociale et laïque", le 13 juin 2006 le Conseil de Paris a voté que la place publique du parvis de Notre-Dame soit dénommée "Notre-Dame place Jean-Paul II". Le 3 septembre 2006, Delanoë, le maire de Paris, ès qualité, et les cardinaux Vingt-Trois et Lustiger, ès qualité, ensembles tous les trois ont inauguré la nouvelle place dans une cérémonies officielle, ce qui est une violation flagrante de la dite laïcité. Faut-il rappeler la longue marche obstinément déclarée de ce Jean-Paul II pour l’évangélisation du monde, y compris d’imposer le catholicisme en France avec son exclamation : "France, souviens-toi de ton baptême" ! Exclamation qui sera développée et enfoncée par son successeur avec sa fausse qualification de " racines chrétiennes de l’Europe" car les racines de l’Europe ne sont pas seulement chrétiennes car l’Islam y participa le long de huit siècles. Dans une société multiculturelle et laïque, il est absurde et irresponsable d’imposer une seule spiritualité. Et la liste des infractions continue :

Lors de son discours au Vatican, le 20 décembre 2007, Nicolas Sarkozy qui recevait son titre de Chanoine Honoraire de l’Eglise Saint-Jean-de-Latran, porta largement atteinte à la sainte laïcité en citant l’encyclique Spe Salvi sur l’espérance de Benoît XVI, puis en avouant que "l’homme qui croit, c’est l’homme qui espère, et l’intérêt de la République c’est qu’il y ait beaucoup d’homme et de femmes qui espèrent" ; que "l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur" ; que "la morale religieuse et la morale laïque sont complémentaires"… Président d’un Etat officiellement laïque, ou de la République la plus laïque au monde, il n’a pas le droit, sur le plan de la légalité constitutionnelle, d’afficher ostensiblement ses convictions personnelles, étant sensé représenter tous les français, ni de hiérarchiser ses options confessionnelles, ni de se laisser confiner dans un rang hiérarchiquement subalterne à celui du Pape ! Cela n’empêche que cet éloge déclaré du christianisme tient non seulement du prosélytisme, mais semble ignorer, en couvrant de louanges, la page noire sombre du Clergé dans son alliance avec la monarchie absolutiste et l’épopée sanglante du colonialisme.

En réponse, Benoît XVI invite les responsables politiques croyants à rendre manifeste la foi qui inspire leur action. Fort d’un passé que nul n’ignore, la mainmise de l’Eglise Romaine en France qui atteint son apogée au Moyen-âge avec le Saint-Empire Romain-Germanique qui, lorsqu’un empereur voulu se rebeller, deviendra proverbial en allant à Canossa où il fut laissé trois jours sur la neige comme signe d’humiliation. A la chute de l’Empire Romain, l’Eglise catholique s’empare de tous les pouvoirs temporels et spirituels, possède terres et richesses, mais surtout s’accapare la pensée des hommes et la dirige avec un obscurantisme tenace, soutenu par l’Index (catalogue des livres interdis), promulgué par le Concile de Trente en 1563 et qui ne sera annulé qu’en 1965, oui, en mille neuf cent soixante cinq, et par la condamnation des droits de l’homme en 1864 avec le Syllabus. Il faudra attendre jusqu’à la Renaissance pour que des voix osent commencer à s’élever.

Cependant, le défi le plus éclatant du Pape fut sa fameuse conférence à Ratisbonne, une conférence qui vise à la reconquête de l’Europe, menacée dit-il, de l’Islam et de l’éloignement du religieux, oubliant que l’Islam a été diabolisé à l’échelle internationale par la politique étasunienne qu’il appuie intensément. En ayant recours à un énoncé qui manque de véracité, datant du XIV° siècle et écrit de mémoire en une époque de prosélytisme chrétien, pour servir d’un vrai réquisitoire anti-musulmans, il accrédite la diabolisation de l’Islam, mettant en relief Terreur, Terrorisme et Terroristes, et se lance en même temps à célébrer les vertus du christianisme élevé sur la raison ! Fuite de mémoire ou manque de connaissances ? Il est décevant de voir le Chef de l’Eglise, menant sous sa baguette plus d’un milliard et demi d’adeptes, qui ignore les cruautés et les oppressions meurtrières commises par son Institution. Lorsqu’on passe en revu tant de siècles de massacres, ayant éliminé des millions de personnes par un christianisme sanguinaire, autoritaire et obscurantiste, puis le voir qualifié de "mariant le meilleur de la raison au meilleur de la foi", on ne peut que voir clairement la visée d’une telle attitude, le véritable but de cette conférence : lancer une nouvelle croisade contre l’Islam et la rechristianisation de l’Europe, à commencer la France, la fille aînée, en drapant le catholicisme de tous les honneurs de la raison.

C’est à une vraie croisade européenne et mondiale contre l’Islam que le Vatican s’évertue et se comporte. Il suffit de penser à tous les Congrès, Colloques et Synodes, entrepris surtout après Vatican II et son inébranlable volonté d’évangéliser le monde, pour consolider son impitoyable mainmise, à ne citer que le Synode de l’Afrique, en 2009, et celui du Moyen-Orient prévu pour le mois d’octobre prochain.

Face à tant de haine façonnée et imposée avec préméditation, face à cette volonté de fer d’éradiquer l’Islam et les musulmans, sous prétexte de sa "menace", on ne peut que souligner d’abord que l’Occident chrétien ne s’est pas éloigné de sa religion à cause de l’Islam, mais parce qu’il a découvert depuis le siècle des Lumières, et bien avant, toutes les manipulations et les contrefaçons qui ont façonné ce christianisme imposé au fil de l’épée. Découverte qui va s’accentuant de la part de ses propres adeptes à commencer par les pères de l’Eglise.

En essayant de voir ou de trouver la raison de cette "menace", de tant de haine ou d’animosité, on ne peut que présenter cet Islam en quelques phrases et mettre en relief ses composantes pour voir si vraiment il est formé de Terreur et de Terrorisme :

L’Islam est la seule religion parmi les monothéismes à rester intact, tel qu’il fut Révélé. C’est une Religion intégrale, qui ne connaît point de dogmatisme irrationnel, qui traite de tout ce qui concerne la société humaine, comprenant des directives cultuelles, sociales, économiques, politiques et militaires. L’Islam est une Religion et un Système social, intrinsèquement liés en une juste mesure ; une légifération Divine générale et un mode de vie, qui mettent l’accent sur des principes fondamentaux, immuables, qui régissent la vie de l’homme dans ses deux secteurs : le spirituel et le matériel. C’est une mouvance à l’intérieur d’un règlement stable, autour d’un pivot stable : Le Qur’ân. Cette stabilité vient du fait que ces règlements ne changent point avec le changement des "aspects" de la vie réaliste ou des positions pratiques, car tous ces changements demeurent régis par les valeurs stables, immuables, des règles dont la stabilité est l’essence même de l’Oeuvre Divine. C’est juste le contraire de "fixité".

Il représente en fait une alternative à la grande déception que vit l’Occident chrétien. Car l’Islam et le seul parmi toutes les religions qui a la caractéristique de gérer les relations entre les individus eux-mêmes dans une société, sans distinctions entre les croyances qui la composent. Il reconnaît le libre arbitre individuel, et chaque musulman qui a en mains le Texte qui lui montre le bien et le mal, le licite et l’illicite, n’a de comptes à rendre à personne d’autre qu’à Dieu, c’est pourquoi la pudeur est une qualité essentielle de l’Islam, la pudeur sous toutes ses formes et toutes ses applications.

Est-il lieu d’ajouter un mot à la République française : un peu de pudeur fille aînée de l’Eglise, "au lieu d’attiser la haine et les préjugés antimusulmans, comme dit le New York Times le 27.1.2010, au lieu de surenchérie et de jeter de l’huile sur le feu, applique tes préceptes acquis au prix du sang et de la vie de milliers de tes militants, applique à juste titre la Liberté, L’égalité et la Fraternité parmi tous tes citoyens sans la moindre discrimination. C’est alors seulement que ta laïcité sera une, intégrale et respectable.

Source: http://www.liberation-opprimés.net