Premier août, premières chaleurs, premier jour de ramadan. La Mosquée de Paris, en dehors des heures de prières, est encore vide : quelques visiteurs et, à l'ombre, deux imams. Ils sont en pleine discussion et expriment leur enthousiasme. "On est nord-africains, on est venu en France et on pratique tant que possible comme chez nous", déclare M. Rais, professeur de civilisation musulmane. Les deux imams sont venus d'Algérie pour pallier la demande spéciale d'imams tarawih pour le ramadan.
Chaque soir, la Mosquée de Paris "triple", voire "quadruple", le nombre de ses fidèles. Près de 2 000 personnes viendraient, selon le responsable de communication. Les musulmans viennent prier lors de la veillée religieuse qui suit la rupture du jeûne. Celle-ci obéit à un rituel particulier qui consiste en une récitation psalmodiée du Coran, le tarawih.
Prier par terre
La Mosquée de Paris ne manque pas de place, ni de moyens pour accueillir la foule de musulmans supplémentaire. Les fidèles s'investissent également en apportant leur propre tapis. Car la capacité de la salle de prière est vite saturée pendant cette période. Ceux qui ne trouvent pas de place dans l'une des deux salles de prières sont libres de s'installer dans les patios et cours vacantes de la mosquée. Quelques minutes plus tôt, un imam de Gentilly affirmait : "on pourrait même prier sur la Lune."
A l'autre bout de Paris, dans le quartier de la Goutte d'Or, ni cour, ni patio mais un garage reconverti en mosquée. C'est le lieu de culte de Khalid Ibn Walid : si petit que les fidèles installent leurs tapis sur le trottoir. En pleine après-midi, chacun vient comme il peut. Certains apportent leur tapis, d'autres se contentent de tapis de salons reconvertis en tapis de prière.
"Grand nettoyage spirituel"
Le culte achevé, les hommes se retrouvent et se saluent. Il n'y a pas de femmes. Toujours faute de place, celles qui veulent prier en communauté iront au Bourget ou à Montreuil.
Il est 15 heures et le soleil cogne. Mais peu importe. Ils sont tous ravis de voir débuter le ramadan. Pour les musulmans, ce mois de jeûne est l'occasion de se retrouver en famille mais aussi d'effectuer un "grand nettoyage spirituel". Ahmed, conseiller d'éducation en Algérie est venu en France pour comparer les pratiques des musulmans français avec celles des Algériens. Il s'étonne de voir les pratiquants manquer de place au point de s'installer dans la rue pour prier. Selon lui, pratiquer les rites du ramadan en France est difficile : "la rue est pleine de tentation, les gens y mangent à n'importe quelle heure de la journée". Un autre ajoute : "certains d'entre nous prennent les tenues vestimentaires des Parisiennes pour des provocations."
Abstinence ou abondance
Ils en profitent pour rappeler les principes fondamentaux du ramadan. Le Siyam (le jeûne) représente l'abstinence de tous les interdits : mensonge, transactions trompeuses, mauvaises habitudes etc. "Le jeûne est une éducation de l'âme, une purification par l'alimentation", explique Nasser, un fidèle d'une vingtaine d'années. Malgré son jeune âge, il reconnaît que cet esprit a tendance à disparaître au profit d'une vision consumériste : "Ils essaient de faire du ramadan une fête axée sur la nourriture. Il ne faut pas croire ce qu'on voit à la télé. L'abondance de nourriture n'est pas l'objectif de la rupture du jeûne. On ne fait pas que manger pendant le ramadan."
Après sa prière M'Barek se joint à la conversation. Il revient tout juste de Casablanca (Maroc). "A l'étranger c'est devenu un phénomène de consommation. J'ai vu apparaître 3 à 4 jours avant le début du ramadan dans les rues de Casa des affiches promotionnelles pour des repas de rupture du jeûne. Avec des prix conséquents allant jusqu'à 300 dirham (près de 27 euros) "
Les musulmans de France échappent peut-être à la tendance. Si un commerçant de la rue Marx-Dormoy nous affirme qu'il multiplie ses commandes par dix lors du ramadan, il maintient que fruits et légumes secs (nécessaires à la rupture du jeûne) sont les plus consommé.
Source : www.metrofrance.com
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