Par Alexandra Geneste
La montée de l’islamophobie aux Etats-Unis, faits et chiffres à l’appui, devient un sujet de préoccupation majeure. Alarmés, des responsables religieux chrétiens, musulmans et juifs ont demandé au secrétaire d’Etat à la Justice, Eric Holder, de proclamer que tous les actes antimusulmans seraient poursuivis sans relâche. Le projet du pasteur de Floride Terry Jones, qui a menacé de brûler 200 exemplaires du Coran pour glorifier le souvenir des victimes des attentats en pleine célébration de la fin du jeûne du ramadan, n’a bien sûr pas contribué à calmer le jeu. L’évangéliste, qui ne sort jamais sans un Colt à la ceinture, a pourtant tout d’un illuminé et son petit groupe intégriste ne compte qu’une cinquantaine de paroissiens.
Alors, quoi? Balayées, les valeurs américaines de liberté de culte et de respect des minorités religieuses? La crise économique aurait-elle à ce point rendu l’Amérique amère et xénophobe? Celle-là même qui, il y a deux ans, élisait son premier président noir? Le malaise provoqué par une récession sans précédent et un taux de chômage frôlant les 10% ne peut, selon les analystes, expliquer à lui seul ce mouvement hostile à l’islam. Seule certitude, le contexte politique, à deux mois des élections de mi-mandat, contribue à exacerber le débat.
Tout est parti au printemps d’une querelle de quartier. A peine le conseil municipal de New York avait-il validé le projet de construction d’un centre musulman près de Ground Zero, que la polémique était lancée. L’affaire a été récupérée par une poignée de conservateurs, dont l’égérie du mouvement populiste Tea Party, Sarah Palin, qui n’ont eu de cesse de s’insurger contre la « profanation » d’un lieu qu’ils jugent « sacré ». Aujourd’hui, 72 % des Américains estiment que ce centre culturel, qui comprendra une mosquée, serait une insulte à la mémoire des 2.752 victimes.
Obama accusé de "flatter l’islam radical"
Les républicains ne pouvaient trouver plus belle aubaine. S’il est un sujet autour duquel subsiste un sentiment d’unité nationale aux Etats-Unis, c’est bien celui des attentats du 11-Septembre. Et le silence de Barack Obama sur l’affaire durant plusieurs semaines était du pain bénit. Tout comme le cafouillage dans le message qu’il a délivré ensuite sur le sujet. Après avoir défendu le projet au nom de la liberté de religion, le président américain a fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de se prononcer sur son bien-fondé. Le républicain Newt Gingrich, candidat potentiel à la présidence, n’a pas hésité à accuser Barack Obama de "flatter l’islam radical". Un mois plus tard, en plein tollé sur le projet d’autodafé du Coran, le président démocrate est pour le coup très présent, dénonçant un projet "destructeur" et encourageant les pontes de son administration à intervenir sur le sujet.
Selon les sondages, 24% des Américains croient aujourd’hui que leur président est musulman, contre 11% en mars 2009. La Maison-Blanche a dû réaffirmer cet été que le chef de l’Etat était chrétien et priait chaque jour. Mieux, selon Newsweek, 52% des républicains pensent que le président américain souscrit aux "objectifs des fondamentalistes souhaitant imposer la charia dans le monde". La rhétorique xénophobe des ultraconservateurs a porté ses fruits.
La "chasse aux sorcières"
Le Huffington Post va jusqu’à parler d’un retour au maccarthysme. A l’époque, les ressortissants soviétiques étaient accusés d’être des "espions", rappelle le site ; aujourd’hui, les musulmans sont des "terroristes". Ces derniers mois ont d’ailleurs été marqués par une "chasse aux sorcières" d’une rare violence: explosion d’un engin artisanal dans un centre islamique en Floride ; tentative d’incendie contre une mosquée au Texas ; incendie du futur site d’une mosquée dans le Tennessee ; agression au couteau d’un chauffeur de taxi à New York. Le suspect, un étudiant de 21 ans, a été inculpé de tentative de meurtre et crime de haine. Il revenait d’un séjour de cinq semaines en Afghanistan, où il avait intégré un peloton militaire américain dans le cadre d’un projet de documentaire. Dans une ville où 10% de la population est musulmane, cet incident raciste, combiné à la polémique sur la mosquée de Ground Zero, a provoqué un climat de peur et de haine peu habituel.
L’an dernier, 60% des Américains estimaient que les musulmans étaient plus exposés à la discrimination que les mormons, les athées ou les juifs. Aujourd’hui, selon un sondage du Washington Post, ils ne sont plus que 37% à avoir une opinion favorable de l’islam, contre 49% (67% côté républicains) qui se disent hostiles à cette religion. Un tiers de la population pense que l’islam est plus susceptible qu’aucune autre religion d’encourager la violence et que les musulmans ne devraient pas être autorisés à prétendre à la Maison-Blanche.
Source: www.lejdd.fr
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire