PAR Laszlo Molnar
La condamnation à mort par lapidation de Sakineh Mohammadi Ashtiani, une Iranienne de 43 ans, n’émeut pas vraiment Hani Ramadan. Le directeur du Centre islamique de Genève veut «replacer cette affaire dans son contexte». Selon lui, «la condamnation à la lapidation a un but avant tout dissuasif». En revanche, «avec une bombe lâchée sur une ville musulmane, en Irak ou en Afghanistan, nous ne sommes pas dans le registre de la dissuasion, mais de la réalité des faits».
L’intellectuel rappelle que «cette femme a été condamnée pour adultère et meurtre». Or «la peine de lapidation est très difficile à obtenir, car pour prononcer cette sentence, le juge a besoin de quatre témoins oculaires dignes de foi. Condition quasi impossible à réaliser.» M. Ramadan en conclut qu’«il faut être prudent avant de porter un jugement sur cette affaire, et qu’il importe de connaître quelle est la nature des faits».
Attaquer Téhéran pour cette condamnation est par conséquent un acte politique, estime le Genevois. «C’est un prétexte pour agresser l’Iran», explique-t-il. «Il est vrai que l’image d’une femme écrasée par des pierres nous est insupportable, alors que le bombardement des innocents par dizaines de milliers reste pour nous une pure abstraction, surtout s’il s’agit de musulmans», souligne M. Ramadan.
Avis différent
Tous les musulmans de Suisse ne partagent pas l’avis du patron du Centre islamique. Hafid Ouardiri, ancien porte-parole de la mosquée de Genève, qui dirige actuellement la Fondation de l’Entre-Connaissance, active dans le dialogue interreligieux, déclare que «les dirigeants musulmans doivent certes appliquer la charia – qui n’est pas une loi barbare comme certains veulent nous le faire croire. Mais en commençant par respecter eux-mêmes les préceptes de clémence et de miséricorde de l’islam».
Selon lui, «la charia est abusée» et des dirigeants ont instrumentalisé la religion pour mieux asseoir leur pouvoir «sur des populations qui ont une mauvaise connaissance de l’islam, même dans des pays musulmans». Pour preuve, il signale que «contrairement à la Bible, la lapidation comme punition n’est jamais évoquée par le Coran».
Le directeur de la mosquée de Lausanne, Hajj Mouhammad Kaba, confirme qu’il s’agit «d’une tradition», mais que cette coutume est admissible dans la jurisprudence islamique. L’homme de loi, qui a étudié le droit à l’Université de Lausanne, souligne cependant que cette condamnation est presque impossible à mener à son terme uniquement avec des témoins. D’autres experts signalent aussi que la sentence de lapidation n’est généralement obtenue qu’après des aveux de culpabilité faits par l’accusé. Des aveux que Mme Ashtiani a bien formulés à la télévision publique, «mais ils ont été extorqués par la force», dénoncent l’avocat de l’Iranienne et une ancienne codétenue.
C’est pour cette raison que M. Ouardiri considère cette peine comme «barbare», et «ne servant pas l’islam». Il lutte d’ailleurs pour sauver Mme Ashtiani, «mais pas par l’intermédiaire de la presse, car il faut absolument éviter d’humilier l’Iran si nous voulons qu’il nous écoute. Des ONG et des associations musulmanes, capables d’une démarche vraiment discrète et diplomatique sont les mieux placées pour intercéder auprès de Téhéran», conclut-il.
Source: www.lematin.ch
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