L'Allemagne s'approche du dénouement dans "l'affaire Sarrazin". Le directoire de la Bundesbank, la banque centrale allemande, a demandé jeudi "à l'unanimité" l'éviction de Thilo Sarrazin, un de ses membres, pour des propos jugés racistes et antisémites. La décision finale de limoger Sarrazin, arrivé au directoire de la "Buba" en 2009 et dont le mandat s'achève en 2014, revient désormais au président fédéral, Christian Wulff. Celui-ci a annoncé dans un communiqué qu'il allait "examiner" la requête de la Bundesbank. C'est la première fois qu'une telle procédure est engagée par cette institution prestigieuse en Allemagne, créée en 1958 et très jalouse de son indépendance.
Christian Wulff avait jugé, mercredi soir, qu'il fallait éviter "que la discussion ne nuise à l'Allemagne, notamment sur le plan international". De son côté la chancelière Angela Merkel, qui n'a aucun pouvoir d'intervention sur la Bundesbank, a fait part de son "grand respect" pour la décision prise par les banquiers centraux. Auparavant le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, s'était dit "consterné" par les thèses défendues par Sarrazin. La Bundesbank était déjà intervenue l'an dernier en le privant d'une grande partie de ses prérogatives après des propos controversés sur les étrangers.
"L'Allemagne court à sa perte"
"L'affaire Sarrazin" fait grand bruit en Allemagne depuis la publication d'un livre pamphlet, "L'Allemagne court à sa perte", dans lequel le banquier central, membre du Parti social-démocrate (SPD), dénonce l'absence de volonté d'intégration des musulmans en Allemagne. Dans un pays où vivent entre 3,8 et 4,3 millions de musulmans, en majorité turcs, Sarrazin a essuyé des critiques très violentes, notamment de la part de responsables politiques de tous bords. Mais il est également soutenu par une partie de la population, qui adhère à ses thèses. Le chef du SPD, Sigmar Gabriel, a reconnu mercredi qu'il avait reçu un grand nombre de messages de soutien à Thilo Sarrazin ces derniers jours de la part de la base du parti. Sigmar Gabriel veut néanmoins exclure le provocateur. Selon un sondage de la chaîne de télévision N-24, 51 % des Allemands seraient opposés à son renvoi de la Bundesbank.
Thilo Sarrazin, qui avait déjà fait scandale l'an dernier par ses attaques contre les Turcs et les Arabes, est accueilli à bras ouverts dans les médias où il s'épanche notamment sur les immigrés musulmans qui, selon lui, coûtent plus cher en prestations sociales qu'ils n'ont rapporté à l'Allemagne. Il assure, en outre, que l'échec de l'intégration des étrangers ne concerne que les musulmans et dénonce une société "de plus en plus bête" en raison notamment du taux de natalité élevé des immigrés musulmans. Provocateur, Sarrazin, 65 ans, a franchi la ligne rouge en affirmant le week-end dernier qu'il existait un gène particulier commun à tous les Juifs, comme à tous les Basques.
De la chancelière Angela Merkel aux responsables des communautés juive et turque, les réactions ne se sont pas fait attendre, sur fond de débat politique récurrent sur les quelque 7,3 millions d'étrangers qui vivent légalement en Allemagne. A la différence d'autres pays européens, l'Allemagne a jusqu'ici peu été touchée par des mouvements populistes ou islamophobes. Et le parti néo-nazi NPD n'a jamais obtenu le moindre siège de député au Bundestag, la chambre basse du Parlement, même s'il dispose d'une audience certaine dans plusieurs régions d'ex-RDA. D'aucuns estiment néanmoins que Thilo Sarrazin met le doigt là où ça fait mal. Il énonce "des vérités amères", a jugé Necla Kelek, une sociologue réputée d'origine turque et auteur notamment d'un livre sur les mariages forcés. "Aucun des détracteurs (de Thilo Sarrazin) n'a jusqu'à présent réagi sur le contenu" de ses propos, a-t-elle relevé.
Source: www.lepoint.fr
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